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Luc Bérimont
LE BRUIT DES AMOURS ET DES GUERRES
Au printemps
de 1940, une petite unité française au cours de la retraite.
Au coeur du
pays de Cocagne, la faim et la soif importaient peu. Ils comprirent leur
erreur dès la matinée du lendemain, quand ils constatèrent
que tout avait été enlevé par le torrent des militaires
et des civils qui les précédaient. Il n'y avait plus un
poulet, plus un lapin, [...] Seulement - et partout dans les caves - des
millions de bouteilles de champagne.
«
C'est très bien ainsi. [...] dit Leblond. Foin des breuvages quelconques,
des vins vulgaires : nous ferons notre ordinaire du meilleur! La défaite
au champagne, c'est plus que je n'osais souhaiter. »
Ils ne savaient
pas combien le vin pétillant, agité au long des kilomètres,
tiédi dans un camion pétaradant, peut se changer en fiel.
Quand un passager altéré essayait de déboucher une
bouteille, le contenu giclait jusqu'au toit. Le fond chaud [...1 était
rejeté avec dégoût.
C'est pourtant
à cette source suspecte qu'ils durent s'abreuver de longs jours.
Les avant-gardes allemandes talonnaient leur fuite. [...] Le loisir de
trouver de l'eau [...] leur était rarement consenti. Ils vivaient
de conserves froides et de champagne remué à bonne température.
Non seulement, ils en buvaient, mais ils s'en lavaient le visage lorsque
la barbe piquante, qu'ils ne rasaient plus, semblait par trop pesante.
1966
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