Expression exacte :
Littérature générale du XXe Siècle
Mario SOLDATI

LES DEUX VILLES

Le docteur Bonansea finissait alors de déboucher une bouteille de Moët & Chandon et versait le champagne dans les flûtes. On trinquait.

La signora Calandra levait le couvercle, constellé de brillants et de petits saphirs, de sa montre-bracelet.

- Mamma mia, qu'il est tard! [...] Je n'aurai pas le temps de finir mon champagne. Et boire trop vite fait mal, n'est-ce pas, docteur? [...]

Elle buvait encore une gorgée, puis se tournant vers Emilio

- Ecoutez, Viotti, excusez ma franchise. Mais cela m'horripile de gaspiller du champagne d'origine, au prix qu'il coûte. Finissez-le, vous voulez bien ?

En lui remettant son verre, elle regardait le jeune homme, de dessous ses lourdes paupières, avec une oeillade traîtresse [...].

- Voyons, Viotti, qu'est-ce que je dis ? Buvez toute la bouteille. Finissezla à dîner, que diable!

Ce n'était pas générosité: le champagne doit être bu immédiatement, une fois débouché, Emilio le savait. [...]


Gina accompagna sa maîtresse et le docteur jusqu'à l'auto, puis rentra. Emilio, déjà assis à table, lui indiqua la bouteille de champagne
- Finissez-la avec la cuisinière. [...] C'est du champagne français 1, du bon, à cinquante lires la bouteille. Ne viens pas me raconter que tu n'aimes pas le champagne.
1965

Traduit de l'italien.


1. Pléonasme.