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Ce faisant, on s'attachera à faire le partage entre la réalité des faits, pour autant qu'elle peut être perçue, et la légende, souvent belle et attachante, qui a contribué à créer l'aura du champagne. Il serait tentant de faire remonter la viticulture
champenoise à la préhistoire puisque des feuilles de vigne fossiles
ont été trouvées à Sézanne dans des tufs du tertiaire. Mais cette vitis
sezannensis a été chassée d'Europe par la grande glaciation
du riss, il y a environ 100 000 ans (195).
Elle était, de surplus, inapte à la vinification, ainsi qu'en témoignent
aujourd'hui sur le continent américain des vignes qui lui sont apparentées
(175).
C'est bien à la période historique qu'est apparue en France la vitis
vinifiera, espèce à laquelle appartiennent les cépages actuels
de la Champagne. La datation de son implantation dans cette province
soulève cependant des difficultés. Certains ont dit, sans aucune preuve,
qu'elle y existait déjà à l'arrivée des Romains. D'autres, pour affirmer
qu'il n'en était rien, ont tiré argument de ce que Jules César n'en
a pas parlé dans ses Commentaires, écrits en l'an 52 avant
Jésus-Christ, en oubliant qu'il n'y a mentionné les ressources locales
que pour le ravitaillement en blé et en bétail qu'elles pouvaient lui
procurer pour ses opérations militaires. Plusieurs auteurs, se copiant
les uns les autres, ont prétendu que Pline l'Ancien aurait écrit dans
les années 70 après Jésus-Christ, dans son Histoire naturelle, livre
XIV, chapitre VI : Les autres vins de la Gaule, recommandés pour
la table des rois, ne sont-ils pas ceux de la campagne de Reims qu'on
appelle vins d'Ay. C'est une pure invention. Le chapitre en cause
est essentiellement consacré aux vins, mais rien de tel ne s'y trouve,
pas plus que dans le reste de l'ouvrage qui, en fait de vins gaulois,
mentionne seulement, et brièvement, ceux de la Narbonnaise. On a aussi
voulu prouver que la viticulture existait en Champagne dès le début
de l'époque gallo-romaine en arguant des vases et coupes trouvés au
cours de fouilles archéologiques. On peut simplement en déduire que
les Gaulois et les Romains des «forces d'occupation» s'en servaient
pour boire les breuvages de l'époque, c'est-à-dire la cervoise (bière
d'orge ou de blé), l'hydromel coupé d'eau, du vin provenant d'Italie
ou de la Gaule méridionale, ou tout simplement de l'eau.
Et que penser des affirmations selon lesquelles l'empereur Probus et ses légions ont joué un rôle déterminant dans l'implantation du vignoble en Champagne ? Il est exact que pendant son court règne, c'est-à-dire entre 276 et 282 de notre ère, Probus a favorisé la plantation de vignobles. Voici ce qu'en dit l'historien romain Aurelius Victor : Comme Hannibal avait couvert de plantations d'oliviers la plus grande partie de l'Afrique grâce au travail de ses légions, dont il considérait le repos préjudiciable à l'Etat et à leurs généraux, de la même manière Probus fit couvrir de vignes la Gaule, la Pannonie et les collines de Mésie (22). Mais l'historien romain Eutrope précise que Probus a recouru à la main d'ouvre militaire pour planter de vignes le Mont Almus, près de Sirmium, et le Mont d'Or en Mésie supérieure (203), autrement dit dans des régions qui sont, à l'heure actuelle, respectivement yougoslave et bulgare. Rien n'indique donc que Probus, ainsi qu'il a parfois été écrit, ait voulu prendre le contre-pied de l'édit de Domitien, vieux de près de 200 ans et qui, nous l'avons vu, n'avait pas été appliqué. Et rien ne peut nous faire penser que la Champagne ait bénéficié de «plantations militaires» qui, compte tenu des nécessités de l'approvisionnement en plants de vigne, ne pouvaient se faire sur une grande échelle que dans des régions de vignobles déjà en rapport. C'est pourquoi il est peu probable que ce soit en l'honneur de Probus, comme on l'a prétendu, qu'a été érigée la Porte Mars, monument gallo-romain dont s'enorgueillit la ville de Reims. Il est plus vraisemblable qu'elle fut élevée beaucoup plus tôt, dans les dernières années du premier siècle avant Jésus-Christ, sur ordre d'Agrippa qui l'aurait dédiée à Jules César (241). Reims était la capitale des Rèmes, alliés indéfectibles des Romains, et s'appelait alors Durocortorum. Elle fut la métropole de la province romaine de Belgique, avant de devenir celle de la Belgique seconde. Noud routier de première importance, quatre voies romaines y prenaient naissance. L'une d'elles conduisait à Bavay (14 km à l'ouest de Maubeuge), en empruntant la Porte Mars. Quoi qu'il en soit, comme le démontre
Roger Dion qui fait autorité en la matière, s'il est certain que la
culture de la vigne a été importée en Gaule méridionale dès le début
du VIe siècle avant Jésus-Christ par les colons grecs de
Marseille, ce n'est qu'au IIIe siècle de notre ère que se
créèrent les vignobles de Bourgogne et de Moselle, d'où la vigne aurait
gagné, à la fin du siècle et au IVe, la partie septentrionale
de la Gaule, et donc la Champagne (175),
Mennesson notant en 1806, dans L'Observateur rural de la Marne,
qu'en Champagne les érudits fixent assez généralement cette
origine au commencement du cinquième siècle.
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