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'est
donc bien le champagne, avec sa mousse argentée, qui apporte l'aisance
au vigneron et la fortune au négociant. À la fin du XIXe
siècle, il est la chance du département de la Marne et le meilleur ambassadeur
de la France. Il a vu passer en cent ans sa production annuelle de 300
000 bouteilles à 25 millions. Comment peut s'expliquer, commercialement
parlant, cette réussite prodigieuse ? Tout d'abord, parce qu'elle est la résultante logique des facteurs qui viennent d'être examinés, à savoir le dynamisme de deux professions, le progrès technique d'où découlent la qualité et la maîtrise des prix, le succès en France et à l'étranger d'une image d'une grande force d'appel. Ensuite, parce qu'elle a profité d'une conjoncture qui, avec des hauts et des bas, lui a été extrêmement favorable. Mettant à profit la liberté du commerce instaurée par la Révolution, la France connaît en effet, comme le reste du monde civilisé, un mouvement général d'essor économique, un enrichissement produisant des possibilités nouvelles d'achat auxquelles accède un champ élargi de consommateurs. Un produit comme le champagne ne peut qu'en bénéficier. Toutefois, au cours du XIX e siècle, les différentes périodes ne connaissent pas toutes la même euphorie et les crises ne manquent pas. Les guerres de l'Empire, succédant à celles de la Révolution, rendent précaires les transactions et l'acheminement des produits. Le commerce des vins, écrit Mennesson, par une suite naturelle de la longue guerre de la Révolution, manque de débouchés pour l'exportation et par un effet non moins nécessaire de l'extrême rareté du numéraire en manque également pour la vente de l'intérieur, tandis que le cultivateur propriétaire voit diminuer ses moyens et augmenter ses dépenses dans une égale proportion (406). Mme Clicquot reçoit d'Angleterre, en 1800, une lettre de M. Bohne, qui se plaint de la défaveur des circonstances qui a diminué le nombre des consommateurs en objets de luxe (81). Cette gêne est encore accrue, à partir de 1806, par le Blocus continental, qui interdit l'entrée de tous les ports du continent européen aux navires anglais. Parallèlement, la guerre s'intensifie, entraînant une conscription de plus en plus exigeante, une charge fiscale de plus en plus contraignante. De Lubeck, M. Bohne, dans une lettre écrite en 1810, constate la stagnation affreuse des affaires, dont sont responsables, dit-il, les décrets de notre Empereur sur les denrées coloniales et les manufactures anglaises; selon lui il n'y a plus aucun trafic par mer à cause de la flotte anglaise, à laquelle succèdent les glaces. À Vienne, la noblesse ne peut payer les marchands car leurs blés sont invendus depuis trois ans, les cours s'effondrent. Après la peste et la famine, le papier monnaie est le plus terrible fléau, écrit-il en terminant (81). Néanmoins, l'énergie des négociants est telle qu'ils réussissent à surmonter les difficultés. En 1804, voici ce qu'écrit Pierre Failly : Jamais il ne s'est fait autant d'expéditions de vins mousseux que ce printemps et il s'en faut beaucoup qu'ils soient diminués de prix malgré les charges de la guerre, le peu de sûreté des mers et le défaut de consommation en Angleterre. Il s'en fait un écoulement prodigieux dans tous les pays du Nord et les croisières anglaises n'empêchent pas d'en expédier pour les pays d'outre-mer et même pour l'Angleterre. Les assurances coûtent seulement un peu plus cher 111 (A26). Pierre Failly a en effet de quoi se réjouir, car il bénéficie de la montée des prix qui va durer jusqu'en 1811 et dont les négociants tirent profit dans leur commerce en France et avec certains pays d'Europe. Des propriétaires champenois constatent que tout le temps que la Belgique a été réunie à la France, les vins s'y sont vendus, ainsi que dans les états de l'Allemagne voisins du Rhin, à des prix toujours assez élevés (477). Les séquelles des guerres napoléoniennes et la réaction politique qui suit le retour de la monarchie entraînent en Champagne quelques difficultés, aggravées par un caprice de la nature qui fait qu'en 1816 on ne récolte ni blé ni raisin. La disette réapparaît et déclenche des émeutes de la faim. À partir de 1817 s'amorce une baisse des prix industriels, qui gêne d'ailleurs davantage les lainiers de Reims que les négociants en champagne. Ceux-ci éprouvent cependant des difficultés du fait du poids excessif de la taxation du produit et des barrières douanières. On affirme, en le déplorant, que traités en ennemis à la frontière, repoussés par les douanes étrangères, soumis dans l'intérieur aux poursuites inquisitoriales et nécessairement vexatoires des contributions indirectes, les vins ne peuvent arriver qu'à travers mille obstacles au consommateur qui les réclame (477). On admet néanmoins que ce sont surtout les producteurs de vin rouge qui souffrent de cet état de choses et que les vins blancs mousseux de Champagne que le monde entier recherche, qui n'ont point de rivaux, qui ne redoutent aucune concurrence, peuvent encore arriver jusqu'au consommateur (477). Quoi qu'il en soit, grâce à l'activité des négociants, la production du champagne et son commerce se développent de façon particulièrement brillante sous Charles X et Louis XVIII. Avec la Révolution de 1830, la bourgeoisie s'empare du pouvoir. Le monde des affaires est né. Profitant d'une longue période de paix, à peine troublée par quelques conflits localisés et se déroulant à l'extérieur du territoire national, l'entreprise capitaliste va progresser à pas de géant. Ainsi en est-il du champagne. La crise économique de 1846 est durement ressentie dans sa province d'origine, où elle se traduit par un retour de la misère que l'on croyait disparue définitivement, mais grâce à la force acquise de son développement, il tire son épingle du jeu, contrairement aux autres vins de France dont les ventes chutent sévèrement. Le négoce champenois s'inquiète en 1848 du retour de la République. Il est vite rassuré car dès la fin de l'été le redressement économique est sensible. En 1850, le prince Louis-Napoléon Bonaparte est élu à la présidence et la confiance revient définitivement, encore affermie par le triomphe des conservateurs aux élections du 13 mai 1849. Devenu empereur, Napoléon III s'efforce de mettre en pratique ses idées économiques basées sur le libre-échange, système dans lequel un produit de luxe, comme l'est à l'époque le champagne, ne peut que se trouver à l'aise. La prospérité est générale, dans une période de hausse des prix et de paix intérieure112. De 1860 à 1870 la fête bat son plein, on l'a vu, et le champagne y prend une part importante, à laquelle est associée la fortune de ses producteurs.
En 1873, sous la IIIe République, alors que les séquelles de la guerre s'effacent dans une prospérité retrouvée, éclate une crise économique mondiale. Elle débute en Allemagne, où les banqueroutes sont d'une gravité extrême, et elle gagne rapidement une partie de l'Europe et les Etats-Unis. La France est relativement épargnée, mais les exportations de champagne reculent de près de 20%, un coup d'autant plus dur pour les négociants que les prix sur le marché intérieur étaient en baisse de 10 à 15% depuis 1872. La dépression mondiale continue pendant une vingtaine d'années, mais le champagne se ressaisit peu après 1880. En 1885, puis en 1892-1893, se produisent cependant deux sévères rechutes, dues notamment à des prix de vente exagérés et, en outre, pour la seconde d'entre elles, à une augmentation des droits de douane, conséquence du retour au protectionnisme. En 1895, le coût des denrées et produits manufacturés remonte, ce qui entraîne jusqu'en 1914 l'accroissement des profits et ramène la prospérité. Par contrecoup, les expéditions de champagne augmentent de 35% entre 1895 et 1900. Comme on vient de le voir à propos de la crise de 1885, le prix du champagne a, bien entendu, une incidence directe sur son commerce. Pour celui dont les ressources sont modestes, le champagne est cher, il s'en plaint et il n'en achète guère ou il s'en prive. Lorsque Vautrin, dans Le Père Goriot de Balzac, demande à la patronne de l'auberge de la rue Neuve-Sainte-Geneviève d'offrir deux bouteilles de champagne à la compagnie, elle répond : « Quien, c'est cela ! Pourquoi pas demander la maison ? Deux de champagne ! Mais ça coûte deux francs ! » Par contre, on n'entend jamais protester contre le prix du champagne celui qui gagne bien sa vie, et on a même le sentiment qu'il serait déçu si le prix était trop bas. Le champagne ne peut être bon marché. Comme on peut le lire en 1855 dans la 5e édition de la Topographie de tous les vignobles connus d'André Jullien, son prix élevé provient non seulement de la qualité des vins que l'on choisit et des soins infinis qu'ils exigent avant de pouvoir être expédiés, mais encore des pertes et des avances considérables auxquelles sont exposés les producteurs et les négociants, enfin des phénomènes bizarres qui déterminent la qualité mousseuse. Et, comme l'écrit Cyrus Redding, il est plus cher que les autres vins car c'est un article manufacturé de haute finition (527). En 1894, dans le numéro d'octobre de la Revue des Deux Mondes, M. d'Avenel établit comme suit le prix de revient de la bouteille de champagne : ensemble des manutentions 1 F/blle, y compris les fournitures; verre 20 à 40 cent.; bouchon 10 à 20 cent.; feuille d'étain argentée ou dorée 1 à 2 cent. S'y ajoutent les pertes importantes en vin qui surviennent à plusieurs stades, et, bien entendu, la matière première, le raisin, qui représente à la fin du siècle entre 0F50 et 2F50 par bouteille. Il faut prendre aussi en considération les investissements importants que représentent en période d'expansion la création et l'extension des établissements et de leurs caves ainsi que le stockage des vins. Le coût de la distribution est élevé. M. d'Avenel note que les remises aux courtiers atteignent un tel chiffre que, sur une bouteille de grands crus vendue 6, 7 et 8 francs au public, le producteur ne gagne pas plus d'un franc. À l'exportation, il faut tenir compte du prix élevé des transports et, pendant longtemps, de leur précarité, illustrée par la perte de 4 000 caisses de champagne Krug, en novembre 1869, dans le naufrage de trois bateaux traversant l'Atlantique. Quant aux frais de prospection des marchés, ils sont considérables en raison de l'activité inlassable des négociants et de leurs représentants. Au cours du voyage de trois mois qu'Edgar Ruinart de Brimont effectue en Russie en 1860, il dépense 9 600 francs, soit l'équivalent de 90 000 francs de 1980 (plus de 32 000 euros). Si le prix du champagne est justifié, il est aussi raisonnablement stable au cours du XIXe siècle, et assez diversifié pour satisfaire une large clientèle. De l'examen des prix courants, il résulte que le prix moyen de la bouteille prise chez le producteur est de 3F50 sous le premier Empire, de 4F50 en 1840 et de 5F en 1891. Les prix sont comparables à ceux d'aujourd'hui car 5F en 1891 représentent 40F en 1980, mais à l'époque un veston vaut seulement 17F. Dans la première moitié du siècle, le prix du champagne monte davantage que le coût de la vie, en raison des difficultés techniques que l'on connaît. Lorsque celles-ci sont en voie d'être aplanies, grâce à François et à ses continuateurs, il reste à peu près constant alors que le coût de la vie augmente. On observe certaines variations, mais de peu d'amplitude et que l'on pourrait qualifier d'accidentelles car elles sont fonction de l'abondance de la marchandise et de la concurrence des vendeurs, plus que de l'origine et même de la qualité des vins (88). Les négociants diversifient leurs prix en tenant compte de la valeur relative de leurs produits, et cela depuis le début du XIXe siècle. En 1804, la première qualité vaut 3 livres et la quatrième 1 livre 10 sols (A26). En 1862, le tarif de Moët & Chandon va de 3F75 à 5F50, et en 1890, celui de Lejeune de 2F50 à 6F, ces prix ne tenant pas compte de celui de la tisane de Champagne, toujours meilleur marché que la dernière qualité. Au milieu du siècle, certains producteurs prennent le parti de vendre le champagne à des prix inférieurs à ceux de leurs concurrents, les différences ayant été jusqu'alors peu sensibles entre petites et grandes maisons. Ces dernières s'associent rarement à cette initiative, encore que Jacquesson y ait pris une part importante, comme on l'a vu à propos de la querelle qui l'avait opposé à ce sujet à Moët & Chandon. Ce sont plutôt des petites maisons qui mettent sur le marché des bouteilles à bas prix, en pratiquant la transformation des vins de divers départements et de plusieurs pays d'Europe, affirme la Revue des Deux Mondes d'octobre 1894, tandis que, selon The Wine Trade Review du 15 janvier 1874, le négociant respectable démontre qu'il est impossible que les vrais produits des vignobles champenois se vendent très bon marché. Mettre à la disposition d'une certaine clientèle des bouteilles à un prix abordable est souhaitable pour autant que la qualité en reste correcte. Mais ce n'est pas toujours le cas à l'époque, on le sait, et de plus, comme cela se généralise, le champagne risque de se trouver discrédité aux yeux d'une certaine clientèle par des prix qui s'abaissent au niveau de ceux des vins mousseux. C'est ainsi que Zola écrit dans Germinal que le domestique versait un vin du Rhin pour remplacer le champagne jugé commun. Les champagnes de grande classe restent heureusement, et tout au long du XIXe siècle, les porte-drapeaux des vins français. Leurs prix sont du même ordre que ceux des grands crus bordelais et bourguignons. Sur le tarif d'un marchand de vins de Bercy, on trouve en 1853 le champagne de première qualité à 6F, et les Château-Latour, Château-Margaux, Haut-Brion, Clos-Vougeot et Chambertin respectivement à 6F, 5F50, 4F, 7F et 4F50, le Saint-Estèphe et le Pommard n'étant qu'à 2F. Sur la carte des restaurants, le rapport est analogue : aux Frères Provençaux, en 1814, on paie 6F le Chambertin, 7F le Château-Lafite, et 6F le champagne. Il en sera de même dans les années 1890pour des établissements de classe comparable, avec toutefois, comme on le sait, une nette augmentation du prix de tous les vins. Les restaurateurs, en effet, ont adopté le principe de la culbute, ce qui revient à doubler sur la carte le prix d'achat et met le champagne à 12F. Les droits auxquels le champagne est soumis sont multiples. Le Vigneron champenois du 21 mars 1883 en dénombre treize. Dans une Pétition des propriétaires de vignes des arrondissements d'Épernay et de Chaalons, de 1829, on se plaint véhémentement de la présence discrétionnaire de la régie, qui vient déranger le commerçant et qui tient dans un état de suspicion permanente les détenteurs de toute denrée vinale. On y déplore la nécessité pour le voiturier de s'arrêter à chaque ville qu'il traverse et d'y prendre un passe-debout qu'il lui faudra payer et on précise que l'on a calculé qu'un panier de 12 bouteilles voyageant isolément et expédié d'Épernay à la frontière la plus éloignée, s'arrêterait à l'entrée et à la sortie de 29 villes. À la fin de l'année 1830, de véritables insurrections ont lieu contre les droits d'octroi et la visite des employés de régie dans les caves et celliers. Encore le champagne a-t-il la bonne fortune d'être taxé en France comme le vin ordinaire. L'histoire suivante est racontée par Collin de Plancy : Au mois de mai 1819, un pauvre homme rentrait à Paris, par la barrière de l'Étoile, avec une demi-bouteille de vin de Surêne, qui lui avait coûté deux sous. La douane lui demande deux sous et demi, pour le passage. - Eh bien ! voilà qui est plaisant, dit le bonhomme... du vin du Surêne taxé comme du vin de Champagne ! - On ne peut pas différencier les vins, répondit un douanier, parce qu'il faudrait les goûter à la barrière (10). À l'étranger, le champagne est considéré comme un produit de luxe. Sauf pendant la période libre-échangiste du second Empire, et encore pour quelques pays seulement, les droits de douane s'élèvent d'une façon trop souvent prohibitive. Ils sont parfois la réponse à la politique protectionniste française, mais ils peuvent aussi viser à défendre les vins mousseux locaux, comme c'est le cas en Allemagne. À la fin du siècle, pour une bouteille vendue en moyenne 5F en France, les droits de douane s'élèvent à 3F 50 pour les Etats-Unis et à 4F 76 pour la Russie. Un facteur, cependant, influe favorablement sur le commerce du champagne, c'est l'amélioration considérable des moyens de transport au XIXe siècle. Longtemps, le champagne reste partiellement acheminé par voie d'eau; or, celle-ci se développe sous Louis-Philippe par suite de la mise en service des canaux de la Marne à l'Aisne et de la Marne au Rhin. Mais c'est le chemin de fer qui, dans les années 1850, apporte la transformation décisive, contribuant au développement des échanges commerciaux, non seulement en assurant des transports plus rapides113, mais aussi en accélérant le courrier. On a vu le rôle qu'il a joué dans le déclin des vins tranquilles, on mesure sans peine l'aide qu'il apporte, par contre, au développement du champagne. Pour les exportations, la navigation à vapeur est également un précieux auxiliaire. Alors qu'en 1800 il faut 40 jours en moyenne pour aller du Havre à New York, en 1870 la traversée ne demande plus que huit jours. Accessoirement, les moyens de transport participent à la promotion du champagne, car il s'en consomme beaucoup sur les steamers et les grands trains internationaux. Le Louis Roederer frappé est au menu de l'Orient-Express de 1882. Les compagnies ferroviaires et maritimes ont leur marque; Krug, par exemple, leur fournit des champagnes étiquetés Cunard Line ou Panama Railway. LA PROMOTION DES VENTES Parmi les raisons du succès commercial du champagne au XIXe siècle, il faut mentionner le sens des affaires qui caractérise les négociants. On en a déjà vu de nombreux exemples, mais on peut citer encore M. Bohne écrivant en 1808 à Mme Clicquot : On se trouve heureux avec ce qu'on a, un commerce parfaitement monté, lié avec les maisons les plus respectables en notre genre dans le Nord, répandu dans toute l'Europe. Je ne parle ni de vos capitaux réunis, ni de vos lumières. Personne ne niera qu'avec des matériaux aussi choisis on est en droit de voir s'élever un édifice splendide au retour de la tranquillité de l'Europe (653). Organisés, comme on le sait, en syndicat
depuis 1882, les négociants sont représentés, à titre collectif ou individuel,
dans les organismes économiques régionaux, en particulier à la Chambre
de commerce de Reims, dont l'un d'eux assure souvent la présidence
et qui travaille en tout état de cause en étroite liaison avec eux. Le
sérieux de leurs entreprises et la solidité de leurs établissements leur
valent la confiance des grandes banques françaises, qui leur procurent
volontiers des moyens de financement. Partant pour l'Amérique en 1831,
Edmond Ruinart
de Brimont écrit dans son carnet de voyage qu'il se procure des lettres
de crédit et de recommandation pour les Etats-Unis auprès de ses
banquiers, MM. Hottinguer, Pereire, Laffitte. Le champagne est
même une bonne valeur spéculative, à en croire Balzac qui, dans La
Maison Nuncingen, écrit qu'en 1805 Nuncingen prend à Grandet
cent cinquante mille bouteilles de vin de Champagne à trente sous, qu'il
fait boire aux alliés, à six francs, au Palais-Royal,
de 1817 à 1820.
Les courtiers du XIXe siècle ont tout à fait cessé de faire commerce de vins de Champagne pour eux-mêmes. Au début du siècle, ils se bornent surtout à desservir à Reims la Bourse de commerce créée le 28 ventôse an IX. Mais à partir de 1825, leur activité s'exerce normalement dans les transactions de vins en pièces et en bouteilles114. Deux nouvelles catégories d'intermédiaires se développent, dont on a déjà eu l'occasion de parler, ce sont les voyageurs, qui prospectent les marchés, et les agents, qui y représentent une maison de champagne. On connaît les désagréments et les dangers des voyages
effectués par les négociants dans la première partie du XIXe
siècle. Ils sont identiques pour leurs représentants.
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