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HISTOIRE DU CHAMPAGNE : Culture de la vigne : Culture
e.          L'attachage

Au fur et à mesure que la taille se poursuit, le vignoble change de physionomie, la belle ordonnance des vignes taillées remplaçant petit à petit les rangs hirsutes des longs sarments de novembre. On procède à l'attachage des charpentes et, s'il y a lieu, à celui des sarments de taille, pour fixer les organes de la vigne aux appareils de soutien tout en participant à la mise en forme de la vigne.

On sait que l'attachage se faisait traditionnellement avec des joncs passés en petites bottes dans la ceinture du vigneron et maintenus humides par une toile dans laquelle ils étaient enveloppés. Le jonc a été petit à petit remplacé par la ficelle de sisal, de jute, de papier armé ou d'autres matériaux, roulée en pelote dans une boîte que le vigneron porte attachée à la jambe, et posée avec un lieur, petit outil servant à faire les nœuds et à couper la ficelle. En 1970, le jonc était encore employé dans 50% du vignoble, mais cette proportion a ensuite diminué rapidement en faveur de la ficelle, plus simple et plus rapide à poser, et c'est esthétiquement dommage car le jonc donne à la vigne une parure très agréable à l'oeil, surtout avec les parfaits alignements de la taille en Cordon de Royat.

C.               LES TAILLES EN VERT

La taille sèche pratiquée pendant la vie latente de la vigne doit être complétée pendant la vie active des ceps par des tailles en vert ou tailles d'été, débutant d'ailleurs au printemps, dans le but de supprimer la végétation inutile et, ce faisant, de favoriser la fructification.

Les tailles en vert sont au nombre de cinq, l'ébourgeonnement, l'épamprage, le pincement, le rognage et l'écœurage.


Au mois de juin, on procède au premier rognage des pousses. Celles-ci sont alors arrivées à tout leur développement, et la tige, encore verte et tendre, se casse facilement sous le joint ou la maille. Il faut s'abstenir de rogner la vigne par les temps froids et humides.
Il y a ordinairement trois rognages pendant la saison.

L'ébourgeonnement est la suppression, peu après le débourrement, des jeunes pousses superflues, en vue d'éviter le gaspillage de la sève et d'obtenir ultérieurement une meilleure aération de la végétation. Il se fait à la main. Dans l'Aube, on le pratique peu. L'épamprage s'applique à des pousses plus grandes et a un but analogue à celui de l'ébourgeonnement dont il est un complément. Il se fait aussi à la main. En pratique, ces deux opérations sont confondues sous le nom d'ébourgeonnage en Champagne, où d'ailleurs le terme épamprage est peu usité.

Le pincement est l'élimination, également à la main, de l'extrémité de certaines pousses, fructifères ou non, en vue de régulariser la végétation des différentes parties du cep, de favoriser le développement des bourgeons situés à la base des sarments ou ayant pu être contrariés dans leur évolution, d'uniformiser la floraison et de hâter la fécondation.

Le rognage est la suppression de toutes les extrémités des pousses lorsque celles-ci ont atteint une certaine longueur, dans le but d'économiser la sève en vue d'une alimentation plus abondante des grappes et d'une meilleure nouaison des vignes faibles, tout en facilitant la pénétration de l'air et de la lumière. En France, le rognage n'est pas pratiqué dans tous les vignobles. En Champagne, il l'a toujours été et il se fait aujourd'hui exactement comme le frère Pierre le décrivait il y a 250 ans. Le premier rognage, qui n'intervient que sur les longues pousses qui dépassent les autres, s'appelle aussi écimage. Le rognage arrête momentanément la pousse des feuilles et a pour conséquence de faciliter les travaux d'entretien et les traitements antiparasitaires. Il ne doit pas être trop sévère, une diminution exagérée de la surface foliaire compromettant la bonne alimentation du cep et, par voie de conséquence, la maturation et l'aoûtement. L'opération est de même nature que celle du pincement, mais au lieu d'être pratiquée pousse par pousse, elle est exécutée globalement sur le dessus et les côtés du rang, qui prend ainsi l'aspect d'une haie bien entretenue. Le rognage se pratique généralement à la cisaille mais, depuis le début des années 1970, on utilise aussi des rogneuses mécaniques sur tracteurs-enjambeurs, expérimentées dès 1961, avec rotation de pales coupantes travaillant horizontalement et latéralement. Le moment le plus favorable est très discuté. On le situe généralement dès la fin de la floraison. En rognant trop tôt, on pourrait nuire à cette dernière en favorisant le développement de nombreux rejets. En le faisant trop tard, on risquerait de contrarier la bonne évolution de la maturation et de gêner les travaux d'entretien. Certaines années, néanmoins, la végétation est exceptionnellement fournie et il peut être nécessaire, après un deuxième rognage en juillet, d'en effectuer un troisième, et même un quatrième en septembre, pour garder au vignoble un aspect esthétique tout en dégageant les interlignes en vue des vendanges.

L'écœurage, ou rabiotage, est l'enlèvement des entre-cœurs issus des prompts-bourgeons, rejets qui se développent d'autant plus rapidement que la vigne est plus vigoureuse et que le rognage a été plus sévère. Il permet une économie de sève par suppression des pousses inutiles, donc une augmentation du rendement et, comme les autres tailles en vert, il facilite l'aération de la végétation et les traitements. L'opération se fait à la main quelque temps après le rognage, à un moment à choisir en fonction du développement des pousses.

D.               LE PALISSAGE

La vigne est une liane qu'il faut palisser sous peine de la voir ramper sur le sol et y exposer son précieux fardeau à tous les périls de la nature. Le palissage s'intercale entre les tailles en vert, collaborant avec elles pour discipliner la vigne et l'aérer, et pour faciliter les traitements et le passage des tracteurs. On le pratique généralement avant la floraison, une bonne fécondation demandant de l'air et de la lumière.

Pour palisser, on remonte les fils releveurs et on les met en position haute sur les piquets, en sorte que les jeunes rameaux se trouvent ainsi encadrés. Pour les fixer, on utilise divers systèmes tels que pinces à lier, serre-fils et crochets d'accolage. Les brins issus de la souche sont également palissés, après élimination, s'il y a lieu, de ceux qui sont en excès.

Le palissage est moins fatigant que la taille. Il demande du soin mais ne nécessite aucune connaissance particulière; il peut donc être confié à de la main-d'œuvre auxiliaire, à condition qu'elle soit sérieuse, car on reconnaît le bon vigneron à la qualité du palissage de ses vignes. Une récolte abondante, une bonne maturité et un excellent état sanitaire résultent souvent, en partie, d'un très bon palissage de la végétation, ce qui en montre bien l'importance.

2.          L'ENTRETIEN DU SOL

A.               LE TRAVAIL DU SOL

a.          But et nature des travaux

Travailler le sol a pour but de l'ameublir, de l'aérer, d'équilibrer son régime hydrique et de détruire les mauvaises herbes qui disputent à la vigne l'eau et les éléments nutritifs. On distingue les labours, qui se déroulent pendant le repos de la vigne, et se divisent en buttage et débuttage, et les façons superficielles qui comprennent le binage et le sarclage et prolongent les labours en période de végétation.

b.          Les labours

Le buttage est le plus important des travaux du sol, aux vertus générales desquels il ajoute l'enfouissement des engrais et une participation, d'ailleurs discutable, à la protection contre les gelées d'hiver. Il s'effectue à la charrue, en retournant le sol sur une profondeur de 10 à 15 cm et en ramenant la terre contre les ceps, le long desquels elle s'accumule en une petite butte. II se forme au milieu de l'interligne un sillon par lequel l'eau s'infiltre, sauf toutefois dans les coteaux en forte pente où il peut jouer le rôle d'une rigole. Sur le sillon seront déposés les engrais et amendements organiques qui seront enfouis par le labour de printemps. Le buttage s'exécute à l'automne, après la chute des feuilles et lorsque le sol est bien ressuyé, mais avant les grands froids.

Le débuttage, qui s'effectue au printemps, est plus difficile et moins rapide que le buttage car il faut prendre garde de ne pas abîmer les ceps avec le soc de la charrue. On remet le sol à plat en ramenant sur toute la largeur de l'intervalle la terre qui avait été rassemblée autour des ceps. On crée ainsi avant la période de la végétation une couche aérée, ameublie, qui en facilitera le développement et dans laquelle les instruments aratoires exécutant les façons superficielles trouveront une assise leur permettant de bien effectuer leur travail.

Qu'ils soient de buttage ou de débuttage, les labours sont généralement exécutés en Champagne par les tracteurs-enjambeurs. On emploie des motoculteurs dans les très petites exploitations et des mototreuils dans quelques vignobles à la pente très accentuée. Pour labourer la bande de sol située sous les souches, le cavaillon, il faut soit opérer à la main, soit munir le tracteur d'un interceps, soit effectuer sous le rang un désherbage chimique. On utilise aussi la charrue bédouret, inventée peu après la dernière guerre par M. Bédouret forgeron à Verzenay. Tractée, elle permet de travailler le cavaillon sur deux rangs à la fois, grâce à ses deux socs mobiles actionnés par deux personnes qui suivent le tracteur-enjambeur.

c.          Les façons superficielles


Raclage des vignes.

Le binage consiste à ameublir la surface du sol sur une faible profondeur pour briser la croûte qui se forme sous l'influence des agents atmosphériques, ce qui permet de retenir dans la terre émiettée l'humidité qui, sans cela, aurait tendance à remonter par capillarité jusqu'à la surface où elle s'évaporerait. Le sarclage a pour objet l'arrachage des mauvaises herbes. En pratique, binage et sarclage se confondent souvent car le premier s'attaque indirectement aux herbes sauvages. Ces opérations se déroulent en fonction du besoin. Elles débutent généralement quelques semaines après le débuttage et peuvent se reproduire à deux ou trois reprises jusqu'à la véraison. Elles s'effectuent avec des charrues bineuses à plusieurs socs triangulaires, attelées derrière un tracteur, ou avec les houes rotatives des motoculteurs. Un complément est parfois effectué avec des outils à main, notamment près des ceps afin de ne laisser subsister aucune végétation indésirable.

B.               LE DÉSHERBAGE CHIMIQUE

Les mauvaises herbes, on le sait, entrent en compétition avec la vigne en ce qui concerne les besoins en eau et l'alimentation minérale. On peut noter au passage que l'on ne trouve jamais en Champagne, on l'a d'ailleurs évoqué au chapitre précédent, de cultures ou d'arbres fruitiers, qui nuiraient à la vigne pour les mêmes raisons. Les savoureuses pêches de vigne ne sont plus que le souvenir de temps anciens où ces pratiques étaient courantes, dans la vallée de la Marne notamment, malgré les interdictions répétées des intendants de Champagne qui défendaient de planter des arbres fruitiers et des légumes dans les vignes, et les avis des agronomes comme Maupin qui estimait que la vigne a de l'antipathie pour certaines plantes (397).

Les mauvaises herbes ont, en outre, le grave inconvénient d'augmenter les risques de gelée et de favoriser le développement des maladies cryptogamiques par l'humidité qu'elles entretiennent. Il faut de tems-en-tems faire arracher les herbes qui croissent dans les Vignes, écrivait le frère Pierre (487). Il est en effet nécessaire de s'en débarrasser, mais d'une façon permanente, et c'est bien ce que l'on cherche à obtenir avec les labours.

Néanmoins ceux-ci n'ont pas que des avantages. Ils détruisent des racines superficielles qui bénéficiaient d'un milieu riche, vivant, aéré, et ils modifient la structure du sol dans l'interligne en raison des passages du tracteur dont les roues créent un tassement, ce qui, entre parenthèses, n'était pas le cas du cheval. En outre, le travail du sol effrite le calcaire et, de ce fait, le rend plus actif et enclin à accentuer la chlorose. On peut aussi reprocher au labour de débuttage d'abaisser les températures des couches basses de l'atmosphère, l'évaporation de l'eau contenue dans la terre humide ramenée en surface étant préjudiciable à la vigne au moment des gelées printanières. Il faut noter enfin les blessures faites aux souches par le tracteur et l'interceps, compromettant non seulement la récolte, mais la vie même de la vigne.

On a donc cherché à détruire les mauvaises herbes par d'autres méthodes et on s'est tourné vers le désherbage chimique qui permet de les combattre efficacement en se servant à bon escient d'herbicides déjà utilisés en horticulture et en agriculture et qui font l'objet d'améliorations constantes. Les premiers essais ont eu lieu en Champagne en 1957, avec un succès immédiat, mais la méthode ne s'est réellement développée que depuis 1970. À l'origine, on a pratiqué un désherbage limité soit dans le temps, le désherbage temporaire, cherchant à détruire une végétation adventice que les façons d'entretien classiques n'avaient pu prévenir, soit dans l'espace, le désherbage en localisation, effectué sous le rang, avec maintien des façons superficielles dans l'interligne ou simple emploi de défanants à l'automne. On a ensuite essayé le désherbage sélectif, ne laissant qu'un mince tapis d'herbes choisies, maintenant une légère humidité limitant le ravinement et permettant un accès plus facile du vignoble, mais sans avoir les inconvénients des mauvaises herbes incontrôlées. Dans le même esprit, mais sans succès, on a aussi tâté de l'enherbement en ray-grass, végétal coûteux et difficile à détruire.

On a finalement abouti dans les années 1970 à la non-culture, expérimentée en Champagne depuis 1957, désherbage total supprimant tous les travaux aratoires, la surface du sol étant nivelée et nue. Cette technique consiste à effectuer au début du printemps un désherbage de préémergence empêchant la levée des plantules, qui absorbent l'herbicide dit préventif appliqué sur toute la surface du sol. On contrôle ensuite au cours de la saison, par un herbicide curatif, les espèces qui ont échappé à l'opération initiale et se développent le plus souvent par taches. Au bout de deux ou trois années le désherbage de printemps ne demande plus que des doses d'entretien.

Les désherbants ne sont pas toxiques pour la vigne si on les emploie convenablement. Il faut choisir les herbicides avec discernement, respecter scrupuleusement les prescriptions des fabricants concernant les doses et les époques d'emploi et utiliser des appareils d'épandage précis et économiques, pulvérisateurs à dos, convenant parfaitement, lances, buses et rampes commandées par tracteur, en bref, tous les moyens qui permettent de bien désherber sans nuire à la vigne. Sous réserve de ces précautions, le désherbage chimique, et plus précisément la non-culture, présente beaucoup d'avantages. Au printemps, époque très chargée pour le vigneron, il réalise un gain de temps important par rapport aux travaux du sol classiques dont il évite de surcroît les inconvénients signalés plus haut : développement de la chlorose, abaissement des températures et, bien entendu, blessures des ceps. Il permet de pénétrer plus aisément dans les vignes par mauvais temps, le bilan hydrique est généralement supérieur à celui résultant des labours et façons superficielles et l'absence totale d'herbe offre une meilleure garantie contre le gel.

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