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Il existe, pour boire le champagne, des récipients en métal
précieux. Ce sont des objets d'art, comme les timbales d'argent du Garrick's
de Londres ou les flûtes en métal argenté d'un orfèvre parisien, assorties
au rafraîchissoir. Mais, n'en déplaise à leurs créateurs, ils ne conviennent
pas à la consommation du champagne car on ne peut observer ni la couleur
du vin, ni la finesse des bulles et leur joyeux dégagement. Il a existé
au XIXe siècle des verres à champagne en argent qui évitaient
partiellement cet écueil car ils étaient constitués d'une partie mobile
en verre s'insérant dans une large flûte en argent qu'elle dépassait de
quelques centimètres. On peut en voir à Budapest, au Magyar Kereskedelmi
és Vendéglatoipari Muzeum. Les verres en cristal taillé, les verres gravés,
teintés ou décorés, ont plus ou moins les mêmes inconvénients que les
récipients en métal.
Il peut donc se faire, si le polissage du verre est trop poussé, si le nettoyage est trop parfait, que le champagne ne donne aucune mousse en dehors du premier jet résultant du contact avec l'air. Avant d'incriminer le vin, il faut l'essayer dans un verre essuyé différemment ou d'une autre fabrication. On peut donner en exemple l'anecdote suivante. Ayant à recevoir un journaliste, un membre de l'interprofession champenoise l'invite dans un excellent établissement et commande une bouteille de champagne d'une grande marque : absence totale de mousse. Il demande une bouteille d'une autre marque : toujours rien. Il fait changer les verres et verser à nouveau les mêmes vins : tous deux moussent à la perfection. Afin d'éviter ces mésaventures, des verriers gravent dans fond du verre une étoile, ou même des rayures, ce qui assure un bon dégagement du gaz. Les anomalies constatées dans la formation des bulles peuvent aussi provenir du mode de lavage du verre. Si on emploie un détergent sans que le rinçage soit suffisant, divers phénomènes bizarres sont observés. La mousse, le plus souvent, se forme mal et le cordon qui s'est établi lorsque l'on a versé le champagne dans le verre y subsiste indéfiniment au lieu de se résorber progressivement. On doit donc proscrire les détergents pour le lavage des verres à champagne dans les bars et restaurants, se servir uniquement des machines à laver les verres, appareils spéciaux qui utilisent d'autres produits. Pour en terminer avec les soins à apporter aux verres à champagne, il faut préciser que l'on doit les conserver dans les placards dans la position debout. Rangés dans l'autre sens, ils prendraient l'odeur du matériau ou du revêtement sur lequel ils reposeraient, même au travers d'un tissu neutre, et ils la communiqueraient au vin. Pour éviter que la poussière ne se dépose dans les verres, il suffit de les couvrir d'une serviette en tissu inodore. L'historique de la flûte et de la coupe a été étudié précédemment, ainsi que les avantages et les inconvénients des deux verres. Qu'il suffise de rappeler que la flûte, par la hauteur de sa colonne de diffusion, est propice à l'examen visuel du vin. Elle convient donc très bien au champagne, dans la mesure où elle est suffisamment ouverte pour que le dégustateur puisse y loger son nez. C'est d'ailleurs la flûte qui constitue le verre à champagne des plus beaux services de table des verreries françaises auxquels elle donne un cachet aristocratique.
La coupe, par contre, est indéfendable. La mousse s'y forme mal et ne tient pas, le bouquet se disperse. Cet instrument, écrit dans le numéro de février 1979 de Cuisine et vins de France James de Coquet, offre l'inconvénient de vous verser votre breuvage jusqu'à la commissure des lèvres et presque sur le nez. Pour ne pas être inondé et ne boire qu'une gorgée à la fois il faut être un yogiste distingué. Si la coupe est tenue par un Latin, elle l'empêche de parler car il ne peut plus se servir de sa main pour souligner son discours, sous peine de voir le champagne se répandre sur sa manchette, rien de semblable n'étant à craindre avec une flûte ou un verre à champagne. La coupe facilite le service, mais son seul mérite réel est, comme la flûte, d'être associée au champagne dans l'esprit du public et d'éveiller de ce fait par sa seule présence l'idée de fête, à tel point que dans certains milieux, en Angleterre notamment, on est déçu lorsqu'elle est remplacée par d'autres verres pour le service du champagne. Il vaut mieux, certes, boire le champagne dans des coupes que de ne pas en boire du tout mais, cette considération mise à part, on pourrait souhaiter que soient envoyées à la casse les coupes qui restent dans les buffets garnis par les anciennes générations, en faisant peut-être exception pour les coupes à jambe creuse qui, bien que difficiles à nettoyer, sont plus satisfaisantes si elles ne sont pas trop évasées.
Le verre à champagne est assez allongé pour que l'on puisse admirer les bulles et la mousse, et assez vaste pour que soit rétablie la logique que Gabrielle, la gantière de La Vie Parisienne, estimait offensée quand elle chantait sur une musique d'Offenbach (403) : Ce que je ne m'explique guères Le verre à champagne est assez ouvert pour que la dégustation soit possible et assez resserré pour que le bouquet soit concentré, mais aussi développé par l'effet de Venturi qui, dans un objet en forme de tuyère, se traduit par une accélération des filets d'air. En 1938 les ambassades américaines dans le monde furent dotées de verres spécialement dessinés par Walter Dorwin Teague, américain grand connaisseur du champagne.
On se sert aussi pour le champagne du verre à dégustation. Comme son nom l'indique il est avant tout destiné au laboratoire, mais sa faible capacité le rend commode pour des réceptions nombreuses et sans grand décorum. Il a un récipient en forme de tulipe, posé sur une jambe de hauteur moyenne. Selon leur taille on peut, avec une bouteille de champagne, remplir 8 à 12 verres à dégustation. Il existe un verre à champagne, le pomponne, qui ne peut se tenir par la jambe car il a la particularité de ne pas en avoir. C'est une flûte droite ou courbe, terminée par un anneau, une boule ou une olive en verre. On peut y voir une réminiscence du rhyton des Anciens, des cornes à boire des Gaulois qui, à l'origine, étaient les vases d'honneur de ceux qui avaient tué des aurochs, et des verres analogues trouvés dans des sarcophages mérovingiens. Il n'y a aucune trace du pomponne avant la fin du XIXe siècle. En 1867, Antony Réal n'en parle pas, bien qu'il ait inséré un chapitre documenté sur les verres dans son livre Ce qu'il y a dans une bouteille de vin. Aucune allusion, non plus, au pomponne dans les ouvrages si complets que Vizetelly a écrits sur le champagne. Il ne figure dans aucune des collections de verrerie des grands musées d'Europe ni dans les dictionnaires, pas plus d'ailleurs du XXe siècle que du XIXe. Voir aussi "Des Vignes au Plaisir" : 17. Choisir ses verres
Quoi qu'il en soit, ce fut seulement, semble-t-il, après
la première guerre mondiale que le pomponne
a commencé à être utilisé en Champagne. D'après
Emile Moreau, il servait à la clôture des repas de fête;
d'après d'autres témoins, des contremaîtres et cavistes
lui faisaient jouer le rôle de tastevin, et le gardaient sous la
main soit en passant l'anneau dans le cordon de leur tablier, soit en
le glissant dans la bonde d'un tonneau. Et c'est apparemment en 1962 que
le pomponne a franchi les degrés de la hiérarchie sociale
en étant offert à chaque spectateur du 32e gala de l'Union
des artistes pour lui permettre de goûter le champagne servi au
cours du spectacle. Il est en outre devenu l'emblème de l'Ordre
des Coteaux de Champagne, qui l'accompagne d'une soucoupe gravée
à ses armes.
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