Le champagne et la santé

L'EMPLOI THÉRAPEUTIQUE DU CHAMPAGNE

LES FIÈVRES ET LE POUVOIR BACTÉRICIDE DU CHAMPAGNE

La fièvre, dans bien des cas, détermine chez celui qui en est atteint une perte (énergie qu'il convient de compenser pour en éviter les conséquences fâcheuses. Le champagne sec ou brut doit aider le malade à retrouver une température normale parce que ce vin contient, entre autres, le soufre combiné sous la forme de sulfate de potassium dont l'action détoxicante sur l'organisme a été établie (399). Claude Bonjean a raconté dans le Point du 8 septembre 1980 que lors de la préparation à Newport de la Coupe America, son skipper étant malade avec près de 40° de fièvre, le baron Bich, au lieu de faire venir le médecin, lui a dit après avoir débouché deux bouteilles de champagne: « Bois ça. Demain, tu seras d'aplomb »

En Champagne, on combat la fièvre avec un remède traditionnel d'une efficacité reconnue, une demi-bouteille de champagne très sucré et brûlant. En Italie, le champagne est très recommandé contre la fièvre : Stato ebrile, cura energica : 1 bottiglia di champagne al giorno (273).

Le champagne est également ordonné dans les fières infectieuses contre lesquelles il est particulièrement efficace en tant que vin blanc à l'acidité élevée. C'est un bactéricide vrai, en ce sens qu'il ne se contente pas d'empêcher la reproduction des bactéries, comme les sulfamides par exemple. Comme les antibiotiques, mais sans avoir leurs inconvénients, il détruit aussi les cellules bactériennes parasitant ou infectant le milieu intestinal et il agit également sur les staphylocoques et pneumocoques. C'est ainsi que le champagne était utilisé contre le choléra alors qu'on ne disposait pas encore de remèdes efficaces. On en trouve des témoignages dans la revue Chine et Belgique de mars 1909. Aujourd'hui, il est recommandé dans la fièvre typhoïde. Le Larousse médical illustré de 1920 précisait déjà que d'après des travaux récents de M. Sabrazes et Mercandier, le vin de Champagne détruit le bacille de la fièvre typhoïde en dix minutes.

Le champagne est également utile pour prévenir la colibacillose, parce que, selon le docteur H. Galhinger, le vin blanc sec acidifie le milieu humoral et représente en outre un excellent bactéricide, il sera donc absorbé à titre préventif chez les sujets qui ont tendance à cultiver en excès leurs colibacilles (399). Quant à la thérapeutique de la tuberculose, selon certains médecins, contrairement à ce qui a été souvent avancé, elle utilise avec avantage le champagne.

Seul l'abus du vin est alors à incriminer. Son usage raisonnable, aux dires des pneumologistes, entre autres le docteur Mistal, de Montana, pour ne citer que ce dernier, serait loin d'être contre-indiqué et défendu chez les sujets porteurs de bacilles de Koch (399). Ce spécialiste suisse, au cours d'une communication faite en 1936 au 3e Congrès national des médecins amis des vins, a fait état de l'aide que lui apportait le champagne pour calmer la toux et diminuer les souffrances des tuberculeux dans les périodes terminales de leur maladie en créant une euphorie apaisante. Il a en outre précisé que si les vins sont formellement contre-indiqués dans les états hémoptoïques, il est cependant fait exception pour le champagne glacé.

L'ACTION DU CHAMPAGNE SUR LA RESPIRATION

Le gaz carbonique est indispensable au fonctionnement  des noyaux bulbaires, centres nerveux de la respiration. Sous l'influence du champagne, les mouvements sont plus amples, plus réguliers, plus fréquents. Il en résulte un plus grand apport d'oxygène au sang et aux tissus, ce qui aide puissamment à la transformation des déchets et à leur élimination (421). De 1966 à 1969, sous la direction des professeurs Dubois de Montreynaud et Choisy, un groupe de chercheurs de la faculté de médecine de Reims a étudié les effets du champagne sur la respiration, en collaboration avec le Comité interprofessionnel du vin de champagne. On constate, dans le rapport final, que l'équivalent respiratoire, qui mesure le volume d'air qui doit passer dans les poumons pour que le sujet absorbe un litre d'oxygène, diminue sous l'action du champagne. Cela revient à dire que l'on respire plus efficacement. Cela est dû au fait que les sujets consomment autant d'oxygène alors que le volume d'air ventilé par minute est plus petit.

On peut ajouter que les vins blancs riches en alcool, donc le champagne, sont utiles dans le traitement de la pneumonie et de la pleurésie, particulièrement dans la phase aiguë et fébrile de cette dernière (204). Proust s'en servait ainsi pour combattre les crises et il l'a raconté dans A l'Ombre des jeunes filles en fleurs : Depuis longtemps déjà j'étais sujet à des étouffements et notre médecin m'avait conseillé du champagne quand je sentais venir une crise.

LE CHAMPAGNE ET L'APPAREIL NUTRITIF

On l'a vu à plusieurs reprises, le champagne a toujours été considéré comme apte à faciliter le fonctionnement de l'appareil digestif. Ses acides contribuent à l'activité physiologique du chyme de l'estomac en augmentant les sécrétions biliaires et pancréatiques et par voie de conséquence accélèrent la digestion, que favorise en outre l'inositol dont il est très riche. Son gaz carbonique rend les suites faciles (392). Il stimule l'activité musculaire et la sécrétion gastrique. Gault et Millau racontent dans le Guides Julliard du champagne que le célèbre restaurateur Lasserre prend un sachet de bicarbonate de soude après chaque repas. Mais il se le fait toujours verser dans une flûte remplie de champagne. « C'est le secret de ma constance à table », affirme-t-il. Quand il se trouve contraint de prendre sa potion digestive dans de l'eau, il éprouve dans les minutes qui suivent d'insupportables brûlures d'estomac.

Au repas, il convient cependant de boire le champagne dès le commencement plutôt qu'à la fin. Servi trop froid au dessert, il peut en effet avoir un effet de blocage de l'appareil nutritif; pris dans de bonnes conditions, il combat au contraire la paresse d'estomac en agissant par ses vertus euphorisantes et en provoquant, par son contact avec la muqueuse buccale, la sécrétion salivaire. Celle-ci augmente environ dix minutes après l'ingestion du champagne et retourne à sa valeur normale une heure plus tard.

Le champagne est efficace dans la plupart des dyspepsies sauf lorsqu'elles prennent une forme très aiguë, qui rend les vins mousseux difficiles à supporter. Le docteur Maury conseille le champagne sec ou brut pour l'aérophagie, du fait de l'action mécanique produite par le gaz naturel sur la paroi gastrique qui favorise la remise en route de la contraction physiologique de l'estomac, permettant ainsi l'évacuation de l'excès d'air par la bouche. Il précise à ce sujet que les mousseux obtenus par gazéification artificielle sont, au contraire, contre-indiqués dans l'aérophagie.

Il prescrit aussi le champagne sec ou brut dans les cas de paresse d'estomac, parce que ce vin au pH favorable agit dans le sens de la tonicité et que de plus il contient du potassium sous forme de bitartrate dont on connaît les effets sur la conductibilité des fibres musculaires; enfin, il accélère la sécrétion des ferments agissant sur la digestion des substances albuminoïdes ; d'où son avantage sur les eaux gazeuses le plus souvent pauvres en éléments chimiques.

Pour des raisons analogues, il préconise enfin aux personnes souffrant de descente d'estomac ou de paresse du foie de prendre deux flûtes de champagne au cours des repas, en précisant que le vin n'est contre-indiqué que si l'insuffisance hépatique est liée à l'existence d'une cirrhose, et que le champagne est particulièrement à conseiller parce que son sulfate de potassium joue un rôle de détoxication et que grâce à lui, le foie peut faire agir sa fonction antitoxique ; joue donc à la fois un rôle de nettoyage et de protection contre les poisons microbiens et organiques (399).

Aux troubles de l'appareil nutritif peut se rattacher arthritisme, diathèse caractérisée par un ralentissement des fonctions digestives susceptible d'entraîner divers ésordres. Parmi ceux-ci, selon certains médecins, il en est auxquels le champagne peut porter remède, en raison principalement de sa valeur diurétique, de sa richesse en bitartrate de potassium, et d'un pouvoir euphorisant très utile dans des maladies douloureuses et démoralisantes. On l'a vu à maintes reprises pour la goutte, depuis les vins de Champagne de la Bataille des vins, au XIVe siècle, jusqu'au Grand Vin sans sucre deLaurent-Perrier recommandé comme le meilleur champagne que l'on puisse trouver pour les goutteux, à la fois dans les intervalles entre les attaques et lors de la crise elle-même (267), en passant par la Querelle des vins des XVIIe et XVIIIe siècles. À noter qu'il est erroné de croire, comme on le fait souvent, que l'abus du vin est responsable de la goutte. Comme le constate le docteur Mauriac, les goutteux sont très nombreux dans les pays où on ne consomme que très peu de vin, tandis qu'ils sont rares dans les pays où on consomme à peu près exclusivement cette boisson (398).

Pour certains rhumatismes chroniques, le docteur Maury conseille les vins nature de Champagne (399). Lorsqu'ils ont effervescents, ils ne sont cependant pas contre-indiqués, d'autant plus que les malades étant soumis à des régimes alimentaires assez pauvres, en même temps qu'à des thérapeutiques chimiques souvent déprimantes, la douleur aidant cette dépression, ont besoin d'un élément physiotonique et neurotonique (204). Le champagne a eu dans cette utilisation un bon avocat, le célèbre économiste anglais Arthur Young; il raconte que lors de son séjour à Épernay, en juillet 1889, il l'a totalement guéri de rhumatismes dont il souffrait avant d'arriver en Champagne (666).

Avant d'en terminer avec l'action du champagne sur les affections de l'appareil nutritif, il convient de faire justice des allégations selon lesquelles le champagne aurait la particularité de provoquer des spasmes digesifs, ce qui le fait désigner parfois par l'affreux mot de roteux. C'est une accusation sans aucun fondement et d'autant plus aberrante que le gaz carbonique est un antispasmodique. Ces accidents, qui arrivent aussi bien avec des vins non mousseux, ne peuvent se produire que chez des personnes atteintes de sténoses pyloriques. D'où il résulte que les spasmes qui pourraient survenir lors d'une ingestion de champagne seraient seulement un signe de mauvaise santé.

En ce qui concerne enfin le champagne accusé de causer des sensations d'acidité dans la région épigastrique, deux explications sont possibles. La première est qu'il s'agit d'un vin trop vert, dont l'acidité est excessive, ce qui est très rare, la seconde, et c'est le cas général, est que le sujet a l'estomac fatigué ou malade, et qu'il devrait s'abstenir de boire du vin, en tout cas en dehors des repas.