LA CHANSON
Moins célèbres que les opérettes dont il vient d'être parlé, les chansons qui s'inspirent du champagne sont cependant dignes d'intérêt. Elles sont nombreuses et, pour certaines, pleines de gaîté ou de charme. Au XVIIIe siècle, beaucoup de chansonniers célébraient déjà le champagne, on l'a bien noté, mais deux d'entre eux talent aussi des écrivains notoires, Panard et Collé. Ils faisaient partie de la Société du Caveau, qui se réunissait dans des auberges et cabarets, mais surtout rue de Buci, chez Landel, dont l'établissement s'appelait le Caveau, d'où le nom de la compagnie, dont faisaient aussi partie Piron, les Crébillon, Claude-Adrien Helvétius, le peintre Boucher, le musicien Rameau et divers artistes et gens du monde. On se retrouvait pour boire du champagne en échangeant des propos, des épigrammes et des chansons.
Panard (1674-1765) a écrit plus de 80 pièces de théâtre et Marmontel l'appelait le La Fontaine du Vaudeville, mais il est resté moins célèbre par ses œuvres littéraires que par ses chansons dont l'une constatait, à propos du champagne, que Souvent ce pétillant breuvage, / Qu'irrite un trop long esclavage, / Fait sauter le cercle et s'enfuit. Certaines étaient écrites en forme de bouteille ou de verre à boire. En voici une parmi les meilleures4 , intitulée Vaudeville :
Nous ne pouvons rien trouver sur la terre,
Qui soit si bon, ni si beau que le verre.
Du tendre amour berceau charmant,
C'est toi, champêtre fougere,
C'est toi qui sers à faire
L'heureux instrument
Où soupent pétille,
Mousse & brille
Le jus qui rend
Gai, riant,
Content.
Quelle douceur
Il porte au cour!
Tôt,
Tôt,
Tôt,
Qu'on m'en donne,
Qu'on l'entonne.
Tôt,
Tôt,
Tôt,
Qu'on m'en donne
Vite & comme il, faut.
L'on y croit, sur ses flots chéris,
Nâger l'Allegresse & les Ris.
De Collé (1709-1783) on peut citer, tirée de ses Couplets détachés, la strophe suivante :
Que Monsieur le cardinal
Règle tout en Allemagne,
Qu'il dispose bien ou mal
Du trône de Charlemagne,
Si j'ai bu du vin de Champagne
cela m'est égal.
La fin du XVIIIe siècle, et le XIXe siècle dans sa première moitié, ont donné à la France trois grands chansonniers, Gouffé, Désaugiers et Béranger, tous trois membres de la Société du Caveau moderne, qui avait succédé en 1806 au Caveau et qui se réunissait une fois par mois au Rocher de Cancale, restaurant de la rue Montorgueil.
Gouffé (1775-1845), connu également comme vaudevilliste, a été surnommé le Panard du dix-neuvième siècle et il s'est plu à rendre hommage à son ancien par les vers que voici, extraits d'une Chanson à boire qui se chante sur l'air du Curé de Pomponne :
Buvons ! disait le bon Panard
En sablant le champagne.
Il a écrit de nombreuses chansonnettes, dont l'une, Le Restaurant du Rocher de Cancale, se chantait avec accompagnement de... vin de Champagne (314) ! Voici le premier couplet de La Mousse, agréable chanson mettant en parallèle la mousse du champagne et celle des bois :
Amis des plaisirs et des jeux
Que Bacchus accompagne,
forme ce vin prompt et mousseux,
L'honneur de la Champagne :
Le voyez-nous dans le flacon
Bouillonner sans secousse ?
Tandis qu'il chasse le bouchon,
Je nais chanter «la mousse».
Selon un de ses contemporains, Desaugiers (1772-1827) bien que vaudevilliste de profession, était la chanson personnifiée, il était le chansonnier comme La Fontaine était le fabuliste, et il a présidé la Société du Caveau moderne, dont il a facilité l'entrée à Béranger. Voici des extraits de la plus célèbre des chansons qu'il ait écrites à la gloire au champagnes, parue dans le Nouvel Almanach des Muses de 1809 :
|
II |
VI |
|||
|
VII |
Refrain |
Jean-Pierre de Béranger, le célèbre Béranger (1780 1857), qui eut des funérailles nationales, a consacré toute sa vie à la poésie et à la chanson. Il a surtout marqué son temps par ses œuvres d'inspiration populaire, libérale et patriotique. Mais le champagne n'en est pas absent. On trouve, éparses dans toute son œuvre, chantée ou non, des références au vin qui lui faisait battre la campagne et voir de Cocagne le pays charmant.
En voici deux exemples sous forme d'extraits :
Les Gourmands : Le bouchon part, l'esprit pétille,
La décence même y babille
Et par la gaieté, qui prend feu,
Se laisse coudoyer un peu.
Chantons alors l'aï qui nous inspire.
Mes Cheveux : À longs flots puisez l'allégresse
Dans ces flacons d'un vin mousseux
C'est mon avis, moi de qui la sagesse
À fait tomber les cheveux.
Au début du XIXe siècle d'autres chansonniers, moins connus, ont écrit des couplets sur le champagne car, a écrit Améro, on est redevable à l'usage de chanter à table de ces légères et charmantes poésies qui circulent dans le monde entier où elles accompagnent si bien le vin de Champagne, autre produit de notre sol français (4). Certains d'entre eux faisaient partie des Soupers de Momus, société analogue au Caveau mais de moindre réputation; elle se réunissait le premier samedi de chaque mois chez Beauvilliers, Galerie de Valois, et elle publiait annuellement un recueil des chansons de ses membres, dont l'un d'eux, Casimir-Ménestrier, demandait Qu'un nectar champenois / Arrose en tapinois / Tous les minois.
Dans la deuxième partie du XIXe siècle et à la Belle Epoque, les chansons changent complètement de ton. Destinées aux artistes de spectacle et de café-concert, elles sont en général d'une affligeante médiocrité, qu'il s'agisse de la musique ou des paroles.
Voici, à titre d'échantillon, le refrain de verse le vin d'amour, créée vers 1900 à la Scala par Marins Richard, paroles de Bourreliez, musique de Poivilliers : Dans mon verre verse, verse, à pleins bords, / herse encore / Du champagne mousseux / Qui rend nos cœurs joyeux. / Dans l'ivresse, / Ta maîtresse / Qui t'adore, / Qui t'implore, / Veut fêter ce beau jour, / Verse le vin d'amour. Il y a tout de même d'amusantes exceptions dans les chansons en vogue, comme Ça m'émoustille, paroles de Blondelet et Marchal, musique de Spencer, dont voici le refrain : ça m'émoustille ! / Et je pétille ! / Oui je pétille ! / Nom d'un pompon! / Ça m'émoustille ! / Et je pétille ! / Comme un flacon / D'Moët & Chandon !
Quant aux chansons dites comiques, elles peuvent faire rire mais elles sont parfois d'assez mauvais goût. Néanmoins le champagne n'a jamais été autant chanté et il fournit le thème même de couplets de plus en plus nombreux. La nomenclature des chansons qui célèbrent les vertus du champagne tiendrait un volume, lit-on dans le Vigneron champenois du 28 novembre 1894. Tout le monde en compose, y compris L. Tournier, chef de musique au 72e de Ligne, à qui on doit une Champagne-Polka dont la partition porte cette mention : Tous les instrumentistes qui n'ont pas à jouer doivent chanter. Trois chansons ont eu cependant leur heure de célébrité. La Panacée, dont on ignore les auteurs, se chantait sur l'air populaire La bonne aventure, ô gué, avec comme refrain :
Que, faut-il pour te guérir
Et t'empêcher de mourir?
Le vin de Champagne,
0 gué,
Le vin de Champagne.
Dans les années 1890, Harry Fragson, chansonnier franco-britannique en renom, que Maurice Chevalier tenait pour l'un des as du caf'conc', a chanté Une Pointe de champagne, valse dont il avait composé la musique sur des paroles bien quelconques de Saint-Marcel mais qui a eu un grand succès. En voici le refrain :
Allons, une pointe de champagne,
filou, filou, filou, filou, filou, filou,
L'on dit qu'ça rend très folichon,
filou, filou, filou, filou, filou, filou,
Et si nous battons la campagne,
filou, filou, filou, filou, filou, filou,
Tant mieux, ce sera drolichon,
Retrinquons donc,
Mam'zell'Nichon!
Et c'est à un autre chansonnier, le très célèbre Paulus, que l'on doit le succès de la chanson à boire Champagne, de F. Chandon, paroles de Delormel et Carnier, qu'il a créée à l'Alcazar d'Eté à la fin des années 1880. Champagne joignait à la fantaisie la note patriotique et chauvine qui était de mise après la défaite de 1870, avec la particularité d'avoir de ce fait deux refrains. Les voici, accompagnés du premier et du dernier couplet :
I
S'il en est qui tendent leur verre
Aux gins de Beaune ou de Tonnerre,
Moi, j'aime les brillants rubis
De la Champagne où je naquis.
Lorsque je bois ces perles blondes
Ainsi que dans un carnaval,
Je vois à travers le cristal
Passer les femmes des deux mondes.
Refrain :
0 vin joyeux, glou, glou, glou, glou,
Nectar mousseux, glou, glou, glou, glou,
Ligueur de flamme, Vin de la femme,
Jus champenois, glou, glou, glou, glou,
Quand je le bois, glou, glou, glou, glou,
Vin sans pareil,
le crois avaler le soleil
IV
Fi des vins brûlés de l'Espagne
Et des bières de l'Allemagne,
Leurs vins vous grisent lourdement,
Leurs bières nous glacent le sang.
Le vin qui chez nous prend naissance
Rend le cœur aimant et joyeux,
C'est pourquoi le plus généreux
De tous les peuples c'est la France.
Refrain
Et je me dis, glou, glou, glou, glou,
Dans ton pays, glou, glou, glou, glou,
0 Germanie, Sombre patrie,
Bien qu'ils soient grands, glou, glou, glou,
Tes régiments, glou, glou, glou, glou,
Ce vin français,
Non, non, tu ne l'auras jamais.
![]() 1970-79 HIGELIN : Champagne pour tout le monde chanteur francais de période "délire vocalcool" de style spécial |
![]() David Whitaker"loulou gaste" "vive l'amour" Ppn 12974 |
![]() Eric Heatherly "Swimming in champagne" |
![]() Evelyn "Champagne-king" |
![]() Abbe Velut "Manecanterie de Champagne" |
![]() Frédéric Caracas "Champagne" |
![]() Evelyn" Champagne" King - Greatest Hits |
![]() Little Axe Champagne & Grits |
![]() 1975 Theo Scherman «Champagne in the Starlight» |
![]() 1996 Johnny Douglas "salt n pepa" |
![]() |
|
| «Champagne» de Felicity Lott Chansons sur Air d'Opérette |