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Champagne & Artistes Peintres
On a déjà rencontré les aimables tableaux du Musée Condé de Chantilly, le Déjeuner d'huîtres de Jean-François De Troy (ou Detroy, 1679-1752), de 1734, et son pendant, le Déjeuner de jambon de Nicolas Lancret (1690-1743), de 1735. Ils ont été commandés par Louis XV pour la salle à manger des petits appartements du Château de Versailles. Le premier a été analysé en détail en ce qui concerne son élément champagne et la manière dont on servait celui-ci au XVIIIe siècle. Mais on doit noter pour tous les deux l'atmosphère de joie à laquelle n'est certainement pas étranger le champagne, dont le caractère effervescent ne fait dans l'un et l'autre tableau aucun doute. Le Déjeuner de jambon a été gravé par E. Deloche sous le titre Partie de Plaisirs et il est de fait que l'ordonnance du tableau autour du personnage remplissant son verre mousseux donne une image saisissante du plaisir que prodigue le champagne. Plaisir du champagne encore, quoique dans une ambiance plus retenue, dans une très belle toile de Michel-Barlhélemy Ollivier (ou Olivier, 1712-1784), qui se trouve au Musée national du Château de Versailles, le Souper du prince Louis-François de Conti dans sa résidence parisienne du Temple avec sa compagnie particulière. Elle est de 1766 et les flûtes garnissent les tables, autour desquelles de précieux petits meubles supportent les seaux dans lesquels rafraîchissent les bouteilles de champagne. Quelque cinquante ans auparavant, en peignant L'Amour au Théâtre Français, Antoine Watteau (1684-1721) avait placé dans les mains des personnages du centre de la toile deux longues et jolies flûtes, vraisemblablement remplies de champagne, le vin des comédiens. Au Musée du vin de Champagne d'Épernay est
exposé L'Homme
à la bouteille, attribué à Jean
Grimoux (dit Alexis Grimou, 1680-1740), portrait d'un bourgeois
tenant un flacon au bouchon ficelé sur le goulot, qui a toutes
les chances de contenir du champagne, sans que ce soit une certitude puisque
l'on sait qu'à l'époque il arrivait que l'on bouche ainsi
des bouteilles de vin tranquille. Au siège de l'Ordre
des Coteaux de Champagne, à Reims, se trouvent deux jolies
toiles d'un anonyme du XVIIIe siècle, formant la paire.
Elles représentent des dîners en tête-à-tête,
l'un d'huîtres, l'autre de jambon. Le vin est blanc et bouteilles
et flûtes sont analogues à celles qui figurent sur les tableaux
de J.F.
De Troy et de Lancret ;
on peut donc penser qu'il s'agit de champagne. Il en est probablement
de même dans la réunion beaucoup plus débridée
que dépeint La Taverne, la troisième planche de
la série La vie d'un libertin de William Hogarth (1697-1764),
lui est de 1733, et dans une autre œuvre de l'école
anglaise, de 1760, William Ferguson celebrating his successor, et
Zoffany (1733-1810).
À l'exception de Manet, les impressionnistes ne se sont guère intéressés aux scènes de genre et lorsque Paul Cézanne (1839-1906), qui ne l'était pas à part entière il est vrai, peignait une nature morte, il prenait comme sujet la pomme de préférence à la bouteille de champagne, alors que, soit dit en passant, si cette dernière avait été offerte à Eve au Paradis terrestre, elle aurait choisi le vin mousseux et non la pomme ! Dans une de ses œuvres, tout de même, Chaise, bouteille et pommes, de 1904-1906 (Courauld Institute Galleries), une flûte cache en partie une bouteille qui semble bien être une champenoise. Une flûte est aussi un des éléments principaux d'une lithographie de Georges Braque (1882-1963), Nature morte II cubiste, avec verre et bouteille, de 1912. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) a rempli de champagne les deux flûtes de sa toile En Cabinet particulier, de 1899 (Courtauld Institute Galleries). Peut-être en trouverait-on ailleurs dans son œuvre, qui se situait fréquemment dans un milieu d'amateurs de champagne dont lui-même faisait partie. Un artiste moins prestigieux, Théodule Ribot (1823-1891), a placé une belle bouteille de champagne au centre d'un de ses tableaux, Nature morte (Musée de Budapest), et un peintre rémois, Eugène Auger (1847-1922), a fait une série de six élégants dessins coloriés au lavis sur le thème Un dîner au champagne, que l'on peut admirer à la bibliothèque municipale de Reims.
Leonetto Cappiello (1875-1942) et Jules Chéret (1836-1932) sont surtout connus comme affichistes mais ils étaient excellents pastellistes. Du premier, on peut citer Champagne, composition pétillante de 1905, tandis que l'on trouve du champagne dans plusieurs des œuvres du second, notamment dans Le Déjeuner sur l'herbe (Musée Chéret à Nice), tableau de très grandes dimensions (3,50 m x 4,20 m) dont le charme est tel que Maurice Rheims a écrit qu'au-dessus de la toile flotte l'esprit de Watteau (536). Deux flûtes, dont une à pied creux, figurent dans une nature morte de Suzanne Valadon (1865-1938), Verres sur une table, mais ce sont un Belge et un Espagnol, les surréalistes René Magritte (1898-1967) et Salvador Dali (1904) qui ont donné au champagne sa meilleure place dans la peinture contemporaine. Magritte a pris pour représenter L'Horizon, de 1941, une champenoise, avec des nuages ocres se découpant sur le vert de la bouteille. Dali, dans Dionysos crachant l'image complète de Cadaquès sur le bout de la langue d'une femme à trois étages, de 1959-1960, a fait sortir la tête du dieu du vin et de l'ivresse d'une bouteille de champagne, et posé deux flûtes sur le replat de l'«étage supérieur» de la dame en question. D'une époque plus récente, on peut citer une toile de Philippe Noyer, de 1974, Chez Madame Edwarda, avec en premier plan la bouteille de champagne dans son seau et deux verres. En 1977, à l'exposition parisienne annuelle Les Peintres témoins de leur temps, une Fête au champagne expressionniste de Robert G. Schmidt s'ordonnait autour de deux bouteilles habillées l'une d'argent et l'autre d'or, et aux Etats-Unis, trois ans auparavant, Charles White III peignait dans un style pop art Champagne Bubbles, tableau souvent reproduit en «poster» et en carte postale, représentant un couple s'évadant des gratte-ciel de la ville sur le tapis volant d'une bouteille de champagne expulsant ses bulles vers le ciel. Quelques Maisons de champagne ont fait travailler des peintres, ce qui, bien évidemment, a donné des œuvres mettant le champagne en valeur. Hippolyte Lucas, vers 1900, a fait le portrait d'une jolie femme tenant une coupe, pour Deutz qui, dans les années 1970, a fait dessiner un habillage de ses bouteilles par Georges Mathieu, le créateur du tachisme.
Louise Abbéma réalisera de superbes illustrations pour la Maison Moët & Chandon. De ces compositions, les quatre premières sont des aquarelles et la cinquième est une gouache. Des reproductions en ont été faites sous forme de menus, cartes diverses, mouchoirs, pour les besoins de la maison Mumm. C'est à M. René Lalou, alors qu'il était président-directeur général de Mumm, que Reims doit la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix décorée par Tsougouharu Léonard Foujita (1886-1968), dont un des albums, Le Journal de Youki, contenait un dessin à l'encre aquarellé représentant Doucet au piano, au Bœuf-sur-le-toit, avec au premier plan seau à champagne et coupe. En 1959, le célèbre peintre indépendant, né japonais et bouddhiste, et bon ami Georges Prade, devenu depuis commandeur de l'Ordre des Coteaux de Champagne, comme on l'a déjà indiqué, accomplissaient, en intellectuels sensibles, la visite de la merveilleuse basilique Saint-Rémi de Reims, lorsque Foujita subitement transfiguré, s'exclama : «Je voudrais être chrétien (174) !» Il est baptisé à la cathédrale de Reims en octobre de la même année, en compagnie de son épouse Kimiyo. Avec pour parrain M. René Lalou, et pour marraine Mme François Taittinger, il devient Léonard Foujita. Afin de lui permettre de réaliser son vœu qui est de décorer un sanctuaire, M. René Lalou achète un terrain rue du Champ-de-Mars, à Reims, et fait bâtir une chapelle de style roman que Foujita décore entièrement de fresques, après s'être initié à l'âge de 80 ans à une technique toute nouvelle pour lui, et de vitraux dont il confie ses cartons, pour l'exécution, à Charles Marq. La chapelle est inaugurée le 18 octobre 1966, sous le nom de Notre-Dame-de la-Paix, et remise à la ville de Reims. On peut admirer, parmi le très bel ensemble de fresques, Notre-Dame-des-vendanges, qui surplombe l'autel de pierre de la chapelle placée sous son vocable à l'intérieur du sanctuaire. Assise sur un tonneau, encadrée par deux vendangeuses et, dans le lointain, par la cathédrale de Reims et Saint-Rémi, elle tend à l'Enfant Jésus une grappe de raisin
Nombreuses sont les Grandes Marques de champagne qui ont ainsi soutenu de leur vivant les peintres soit directement, soit en assurant la promotion de leurs œuvres. |
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