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Voir aussi : "Des Vignes au Plaisir" 29. Au diapason de la musique
Notes mélodieuses du Champagne LA MUSIQUE EN CHAMPAGNE VITICOLE La Champagne viticole est musicienne si on en juge par le nombre des harmonies qui sont, pour une partie notable de leurs effectifs et souvent pour la direction musicale, apparentées à la vigne et au vin. L'une d'elle l'est même par vocation, c'est l'ancienne Fanfare des Tonneliers, devenue l'Harmonie de la Corporation des Tonneliers, qui avait pris en 1909 la succession de l'Harmonie des Sapeurs-Pompiers de Moët & Chandon, créée au début des années 1880 et dont Raphaël Bonnedame décrivait ainsi les origines : MM. Chandon et Cie eurent l'idée d'adjoindre à leur compagnie de Sapeurs-Pompiers une Société musicale, qui grâce au zèle des musiciens (ouvriers attachés depuis plusieurs années à la maison), à l'habileté et au dévouement de son chef, M. Raoul Chandon qui l'a organisée et tient le bâton de mesure, est devenue l'une des meilleures harmonies du nord-est de la France (59).
Les instrumentistes de l'Harmonie de la Corporation des Tonneliers revêtent le costume de caviste. Ils appartiennent en général à l'excellente Société Philharmonique de Champagne, fondée à Épernay en 1922, mais dont les musiciens, bénévoles, représentent plus de 40 communes et ne sont pas tous des professionnels de la vigne et du vin. Comme les harmonies, les chorales sont nombreuses dans le vignoble champenois et une société, Les Amis de la musique, a la particularité de réunir sous la direction musicale de Michel Collard, négociant en vins de Champagne, pour de brillants concerts annuels, des chorales d'Épernay, de Châlons-sur-Marne, de Château-Thierry et de Reims. Dans le domaine de la musique instrumentale, enfin, des virtuoses du piano sont issus de familles de vignerons, comme Frank Rivière, et de négociants, comme Eric Heidsieck et Jean-Philippe Collard, le fils de Michel Collard, pour n'en citer que quelques-uns.
LE CHAMPAGNE INSPIRATEUR ET CONSOLATEUR DES MUSICIENS En ce qui concerne le concours apporté aux musiciens par le champagne dans leurs activités de création et d'interprétation, il est variable selon les habitudes et le tempérament de chacun, mais il peut être important. D'après Yves Gandon, le chevalier Gluck ne pouvait écrire ses mélodies qu'assis dans l'herbe, plusieurs bouteilles de vin de Champagne rafraîchissant dans un seau, à côté de lui (243), et Jean d'Udine a écrit pour sa part qu'à la fin de sa vie, dans le parc de son château de Berchtolsdorf, le compositeur se promenait la tête enflammée de champagne, le cœur tout rempli de ses personnages (628). Liszt buvait généralement un verre de champagne avant ses concerts, et Gershwin, lorsqu'il écrivait en 1928 Un Américain à Paris, trouvait son inspiration dans les bouteilles de champagne de Maxim's et du One-two-two. Pour ces musiciens, le champagne était un stimulant. Pour Wagner, qui le commandait en demi-bouteilles, il l'était aussi, mais il faisait également office de consolateur. Après l'échec de Tannhäuser, il a écrit au comte Paul Chandon de Briailles la lettre suivante, conservée dans les archives de la famille Chandon : Paris, ler avril 1861 Très cher Ami, Je n'aurais jamais pu me consoler de mon chagrin ces dernières semaines, si je ne m'étais rappelé votre amitié. Croyez-moi, ce vin magnifique que vous m'avez envoyé s'est révélé le seul moyen de me rendre goût à la vie et je ne peux que vanter l'effet qu'il a eu sur moi et sur les personnes qui m'entouraient à un moment où il y avait tant de choses que je voulais oublier... Richard Wagner
Peu de musiciens, par contre, ont pris le champagne comme thème d'inspiration, sauf pour des œuvres mineures, dont la plus célèbre est la Champagne Polka de Johann Strauss fils, qui annonce la Belle Epoque pendant laquelle, on peut le mentionner, un certain nombre de morceaux de piano ont été composés autour du champagne, en France et à l'étranger, généralement dédiés à des maisons de champagne. On connaît ainsi, entre autres, «une valse gaie» danoise de Munch-Lassen, Vive la (sic) Champagne «White star», une «polka brillante» de Guyonnat, Moët & Chandon, une «marche joyeuse» suisse par Colo-Bonnet, chef d'orchestre du Kursaal de Genève, Ruinart-Champagne, une polka de Rapp, Splendide Champagne, écrite pour Mercier, une polka de Salabert, Flots d'or, et une valse de Klein, Fraises au champagne. DON GIOVANNI, L'HYMNE À LA JOIE, LA TRAVIATA Il est advenu que pour trois génies de la musique, Mozart, Beethoven et Verdi, une de leurs créations maîtresses s'est trouvée avoir indirectement un lien avec le champagne. Si celui-ci n'a pas été utilisé pour les compositions musicales qu'auraient pu suggérer les symboles dont il est chargé, il a donc été tout de même associé à des œuvres célèbres. Mozart connaissait le champagne; il en a bu, notamment, avec son père, qui l'a raconté3. Il devait en être de même pour son librettiste, Da Ponte, mais celui-ci n'avait pas eu pour autant l'idée de le placer dans le resto rondo du deuxième acte de Don Giovanni, représenté en 1787, dont le texte original comportait seulement le mot vino. Or, il est advenu qu'au XIXe siècle, dans une traduction allemande qui n'est plus utilisée de nos jours on y a introduit le mot Champagner : Ja, der Champagner / Schäume zum Feste ! / Seltene Gäste, / Herrlicher Wein ! Oui, du champagne / Il mousse pour la fête / Pour des convives de qualité / Un vin merveilleux ! De là vient le nom d'Aria du champagne donné à cet air et qui lui est resté bien que le champagne en soit désormais absent. Pour sa part, Beethoven, on l'a déjà mentionné, a mis en musique dans sa Neuvième symphonie l'Ode à la joie de Schiller où mousse le champagne, sinon explicitement dans la partie chorale, tout au moins dans le contexte. Verdi, enfin, a placé sous le signe du champagne le grand air de la scène II de La Traviata puisque c'est la coupe à la main que Germont adresse à Violetta des paroles enflammées. Piave, le librettiste, lui fait chanter : ibiam nei lieti calici, / Che la bellezza infiora / E la fuggevol' Ora / S'inebrii a voluttà. Buvons dans ces gais calices, que beauté fleurit, et que l'heure passagère s'enivre de volupté. L'OPÉRETTE
C'est principalement dans l'opérette que le champagne a brillé dans les livrets. Dès 1823, dans Le Menteur véridique, comédie-vaudeville en un acte de Scribe, on chantait : Dans ce cadre de haut lignage / J'ai dix flacons d'un champagne admirable. Offenbach était, on le sait, bon buveur de champagne. Le jour où il a été naturalisé français, a écrit Alain Decaux, pas une pièce où ne coulait le champagne à flots, sans retenue (152). Il composait une musique pétillante pour les couplets que Meilhac et Halévy écrivaient pour Le Réveillon, La petite Marquise et surtout La Vie Parisienne, opéra bouffe représenté pour la première fois en 1866. On y chante le champagne au troisième acte, où on le boit même sur scène, et c'est avec lui que se termine la pièce : Des chansons qui babillent, Oui, voilà. la vie parisienne ! Quelques années plus tard, en 1874, Johann Strauss fils composait La Chauve-Souris sur un livret de Haffner et Genée, d'après Meilhac et Halévy. Dès le lever du rideau le champagne est sur la scène, et au final du deuxième acte, et pour conclure l'opérette, on chante sur une musique follement entraînante : Sa Majesté Champagne est Roi ! Depuis 1905 on chante dans La Veuve joyeuse, la plus pétillante des opérettes, due à la collaboration de F. Lehar, pour la musique, et de R. de Flers et G. de Cavaillet, pour les paroles : Dansons donc notr'existence... En 1926 à nouveau, le champagne avait sa place dans Le Tzarevitch de Lehar, sur un livret de Jenbach et Richert, dans un duo de Sonia et du Tzarevitch: Car d'un seul bonheur on en fait deux ! En 1933, Richard Strauss a composé une comédie lyrique, Arabella, sur un livret de Hugo von Hofmannsthal, mort quatre ans auparavant. À l'acte deux, à Mandryka qui lui demande «Quel champagne aimez-vous» la mère d'Arabella répond « Moët & Chandon, demi-sec - c'était celui de mes fiançailles» et Mandryka d'en commander trente-six bouteilles, «et encore trente! et trente encore! Du champagne pour tout le monde !» Il faut ajouter que dans plusieurs opérettes et
revues à grand spectacle du XXe siècle on chante
le champagne. L'une d'elles a bénéficié du double
concours prestigieux de Noël Coward et de Cole Porter
et s'appelle... Champagne in a cardboard cup (champagne
dans un gobelet en carton) ! On utilise même le vin de la fête
comme élément du décor ou accessoire, témoin
la mise en scène contemporaine par le Grand Théâtre
de Genève de l'opérette d'Offenbach, La Périchole,
avec un ballet de danseurs costumés en bouteilles de champagne,
ou encore la revue américaine Gigi, dans laquelle apparaît
une énorme bouteille de champagne qui se débouche et d'où
sort la vedette.
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