
Pavillon de Madagascar à l’Exposition universelle de 1900 à Paris
Au mois de septembre 1896, quand il débarqua à Tamatave, le général Gallieni trouva Madagascar en pleine insurrection. La capitale elle-même, Tananarive, était affamée par les rebelles. Aujourd'hui, l'île est entièrement pacifiée, les colons y circulent sans escorte.
Dotée d'une administration simple et peu coûteuse, sillonnée par des routes déjà nombreuses, auxquelles un chemin de fer de Tananarive à la côte Est viendra bientôt s’adjoindre, notre jeune colonie voit sa prospérité s'affirmer de plus en plus.
La présence de Madagascar à l’Exposition universelle de 1900 à Paris, sur la place du Trocadéro, d'après les plans de M. Jully, architecte de la colonie, fera connaître à nos compatriotes ses immenses ressources et favorisera puissamment son essor économique.
Dans un pavillon circulaire de 80 mètres de diamètre, elle rassemblera tous les produits de l'île et aussi tous les produits français qui peuvent être avantageusement écoulés à Madagascar. Nos commerçants recevront là un enseignement éminemment pratique.
L'Exposition de Madagascar ne sera pas simplement instructive, elle intéressera le grand public et l'amusera. Au rez-de-chaussée, dans un cadre constitué par des reproductions très exactes de paysages malgaches, forêt vierge, plantations de riz, de caoutchouc, les visiteurs verront des indigènes malgaches au nombre de 150 se livrer, près de leurs cases, aux industries qu'ils exercent dans leur pays, chercher la poussière d'or dans un petit ruisseau serpentant sur le sol, tisser des «rabanes». Les femmes pileront leur riz, soigneront leurs bestiaux, originaires de Madagascar.
Au premier étage, les visiteurs verront, avec curiosité les objets précieux provenant du palais de la reine Ranavalona. Au même étage, le panorama de la prise de Tananarive, dû au pinceau du peintre, de l'expédition, M. Louis Tynaire est déjà presque complètement installé par une société privée et sera un des points les plus visités de l'Exposition entière...
Le général Galliéni a confié le soin d'organiser l'exposition de Madagascar à M. Grosclaude, dont le livre, Un Parisien à Madagascar, témoigne qu'on peut être explorateur et savant économiste sans être ennuyeux.
M. François Crozier, consul de France et M. Clément Delhorbe, secrétaire général du comité de Madagascar, qui connaissent parfaitement les ressources de l'île et ont la plus grande foi en son avenir, ont été désignés comme ses collaborateurs par le ministre des colonies.
La colonie s'est imposée de gros sacrifices pour créer une Exposition digne d'elle : elle ne le regrettera pas, si elle peut convaincre ses compatriotes que le général Galliéni a ouvert un champ merveilleux à l'activité de nos colons et que le pays lui doit beaucoup de reconnaissance. (Le Petit Journal du dimanche 1er Avril 1900.)
Départ des Malgaches.
Le froid commence à venir et les coloniaux appelés à Paris pour l'Exposition universelle de 1900 n'auraient pu le supporter. Aussi a t-on agi avec humanité en les renvoyant vers les climats plus chauds où ils naquirent.
Les Malgaches viennent de partir les derniers au nombre de 118 ; ils étaient arrivés 125 mais 7 d’entre eux, définitivement conquis par notre civilisation, ont voulu rester parmi nous. Ils entreront dans différentes écoles artistiques ou industrielles.
Avant le départ ils ont fait de touchants adieux à leurs camarades qui vont revoir leur île lointaine.
Ceux-ci, le cœur plein de reconnaissance pour le bon accueil qui leur fut fait durant leur séjour, ont crié à plusieurs reprises : " Vive la France !" en quittant le bastion 57 où ils avaient casernés, en passant devant l'Exposition, et enfin en montant à la gare de Lyon dans les wagons qui les ont emportés à Marseille.
Hommes aux larges chapeaux, femmes frileusement drapées, soldats corrects en leurs uniformes, tous ont pris congé respectueusement de MM. Grosclaude et François Crozier commissaires de l'Exposition coloniale. Ils les ont remerciés des soins dont ils ont été l'objet.
Maintenant, ils voguent sur la mer. La vision de la France s'efface mais il en demeurera néanmoins dans leur cœur un souvenir d'admiration et d'affection dont profiteront nos compatriotes installés là-bas. (Le Petit Journal du dimanche 21 Octobre 1900.)
NB : La manière dont le journaliste relate les faits caractérise les relations de cette époque entre la France et ses Colonies.
Vingt mille Maires de France, conviés à un banquet lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris :
« pendant tout le repas, on entend choquer des verres et prononcer des toasts .../... au champagne .../... Tout le monde était enchanté et le disait. » (Almanach Vermot 1901.)
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