Extrait
d'archives - Assemblée Générale du 9 Mai 1901
.../... Dès l'ouverture du 14 avril 1900, notre exposition s'est trouvée achevée dans son ensemble comme installation. Les décors, intérieurs et extérieurs, les vitrines des industries accessoires et tout ce qui concerne l'exposition de nos produits, étaient terminés. On peut dire que, seule de la classe 60, elle a pu ouvrir ses portes au public, et lui permettre d'admirer un ensemble complet et intéressant des objets exposés.
C'est également à partir de ce jour que la dégustation a été commencée, et que nos vins de Champagne ont été offerts à l'appréciation du public.
Vous savez que cette dégustation a été continuée jusqu'au dernier jour, c'est-à-dire jusqu'au lundi 12 novembre.
Toutefois, ce n'est que le samedi 12 mai 1900 qu'il a été possible à votre Commission exécutive de l'Exposition collective d'organiser le fonctionnement régulier du travail, dégorgeage, dosage, bouchage des vins, ainsi que l'installation du chantier d'emballage.
Le peu de visiteurs qui se présentait à cette époque a permis de réaliser de ce côté une petite économie de main-d'oeuvre, sans causer de préjudice à l'entreprise elle-même, ni ôter aucun intérêt à notre exposition ; le travail effectif de nos vins a continué sans interruption jusqu'au lundi 12 novembre 1900.
Pendant une durée de 185 jours, il a été travaillé devant le public, de onze heures et demie du matin jusqu'à cinq heures du soir, environ 56,000 bouteilles, soit près de 300 bouteilles par jour.
La Commission a voulu que cette opération fut faite avec toutes les améliorations connues actuellement en Champagne, dégorgement à la glace, dosage à la machine, muselage avec machines perfectionnées, afin de bien mettre en évidence les soins que nécessite le travail de nos vins de Champagne.
Cette partie de notre exposition a été toujours encombrée par les visiteurs, à tel point que la circulation s'est trouvée souvent entravée. Il est certain qu'elle a constitué l'attrait le plus considérable pour le public, qui ne se lassait pas d'admirer le travail
Il ne nous a pas été possible de relever d'une manière exacte, jour par jour, quel était le concours des visiteurs, mais il est intéressant de constater que, le jour de l'Ascension, plus de 34.000 personnes ont passé ou repassé par notre exposition ; tel dimanche environ 22.000, et quelques jours de la semaine, il en a été compté 15.000. On n'est pas loin de la vérité en admettant que, pendant les 213 jours de durée de l'Exposition, plus de 2.000.000 de visiteurs sont venus admirer notre installation, ce qui fait une moyenne d'environ 10.000 par jour.
Il est certain que cette affluence a été, pour les produits champenois une occasion de superbe réclame, en France surtout, et le moyen de mieux faire connaître les vins de Champagne comme vins de luxe et de haute consommation.
Il nous faut cependant être juste et exprimer le vif regret que nous avons éprouvé en ce qui concerne l'emplacement qu'occupait le Palais du Champagne dans la Galerie des Machines.
Ne pouvant nous loger dans les jardins, nous avions pensé, d'après les promesses que l'Administration nous avait faites, que l'angle de la classe 60, voisine de la Salle des Fêtes, était après tout, un endroit parfaitement choisi pour notre installation.
Des fêtes presque journalières devaient avoir lieu dans la grande salle, et, souvent, nous avait-on assuré, les fêtes de nuit y auraient lieu, pour lesquelles nous avons dû pourvoir à une installation coûteuse d'éclairage nocturne. Malheureusement, celui-ci n'a jamais servi.
Vous savez combien peu ces promesses se sont réalisées ; à peine quelques fêtes de jour, et aucune fête de nuit pendant la durée de l'Exposition, de telle sorte que la dégustation des vins, sur laquelle nous comptions beaucoup dans ces occasions, n'a pu rien produire.
Il vous sera possible d'apprécier nos déboires par cette circonstance, en sachant que, le jour de la distribution des récompenses, à la suite de la fête, et, dans l'espace d'une heure et demie, plus de 900 flûtes de Champagne ont été débitées.
Combien différent eut été le résultat de la vente, si, chaque semaine, il nous eut été possible de profiter d'une fête de jour et d'une fête de nuit pendant la durée de l'Exposition.
Ces déboires, vous le savez, Messieurs, tous les exposants de la classe 60 en ont été comme nous victimes, et il faut en charger le compte de l'Administration générale, qui, dans cette partie intéressante de l'Exposition, au point de vue des produits nationaux, n'a rien fait pour attirer le public cosmopolite dans cette section forcément délaissée par les étrangers, ni pour avantager les exposants français du groupe X.
Il est profondément regrettable que l'esprit de stricte économie ait prévalu dans tout le cours de l'Exposition de 1900 de la part de l'Administration, et qu'elle n'ait pas compris qu'en présence des efforts et des sacrifices considérables faits par le commerce et l'industrie dans cette immense entreprise, elle avait pour devoir de s'inspirer d'une plus large et plus utile attitude envers les producteurs et commerçants français
Un autre élément important de consommation nous a également manqué : je veux parler de l'abstention du public anglais qui a peu visité l'Exposition de 1900. Nous n'en rechercherons pas ici les causes ; elles sont connues de chacun de vous, nous nous bornons à constater le fait, et à en tirer la conclusion que nous démontrent nos notes journalières de consommation, à savoir que la dégustation des vins extra-sec, goût anglais, sur laquelle nous comptions le plus et qui, suivant nos prévisions, devait produire la moitié de la vente, en a atteint à peine le sixième, tandis que les vins secs et sucrés ont trouvé relativement plus de débouché par l'affluence des étrangers américains et allemands qui, en nombre plus considérable, sont venus visiter notre installation.
C'est par suite de ces circonstances défavorables que la dégustation que nous avions prévu devoir s'élever à 20.000 bouteilles n'a produit que le nombre très restreint de 9.600 bouteilles. II en résultera, Messieurs, comme conséquence pécuniaire, que lorsque les comptes seront clos, le déficit sera réparti suivant les conventions qui ont été arrêtées entre les maisons adhérentes à l'exposition collective.
Vous jugerez comme moi, Messieurs, que pour la reddition des comptes et le rapport détaillé de l'installation de l'administration et de l'exploitation du Pavillon du Palais du Champagne, une réunion spéciale extraordinaire devra être réservée aux adhérents de l'exposition collective, tandis que notre rapport actuel ne peut s'étendre qu'aux grandes lignes que nous venons de tracer devant vous.
Il nous est agréable cependant, au moment de
terminer cette partie de notre rapport, de penser que, parmi nos adhérents,
il n'en est pas un seul qui, malgré les sacrifices qu'il s'est
imposés, malgré certaines déceptions sur le résultat
pécunier final, regrette aujourd'hui d'avoir apporté à
cette entreprise son concours et d'avoir mis le Syndicat du Commerce
des vins de Champagne dans la possibilité d'être représenté
comme il l'a été dans cette grande manifestation nationale
de 1900.
Nous sommes heureux d'affirmer que vous avez fait
une oeuvre vraiment utile pour vous-mêmes, et patriotique pour la Champagne.
Personne n'eut compris en France et à l'étranger qu'un commerce de cette importance et jouissant d'une si vieille et méritée réputation, pût rester dans l'ombre, sans représentation directe et digne de son passé et de son avenir.
Quelle déplorable impression notre abstention collective n'eût-elle pas manqué de produire, en face d'une infinité d'expositions isolées, soit de vins mousseux de France qu n'ont rien de commun avec la Champagne, soit de vin, mousseux étrangers qui ne sont qu'une grossière imitation des produits, dont seuls nous possédons les éléments véritables et universellement reconnus et appréciés.
En terminant ce qui touche à notre exposition collective nous devons signaler la visite dont M. le Président de la République a bien voulu honorer notre installation dans le groupe X, à la date du 12 juillet 1900. Vous avez tous été invités à vous joindre à votre Président pour recevoir et saluer le Chef de l'Etat au Palais du Champagne, et noue avons regretté que l'avis tardif que nous avons reçu de la visite officielle, ait empêché plusieurs membres du Syndicat de se trouver de cette cérémonie.
Nous avons, en souhaitant la bienvenue au Président du la République, accompagné de M. le Ministre du Commerce expliqué que notre Syndicat avait pour but la défense et le maintien de la vieille réputation de nos produits champenois, et qu'en servant ces intérêts, nous avions conscience de travailler pour notre part à la prospérité commercialle de la France.
M. Loubet a, d'une manière très délicate et pleine d'affabilité, fait l'éloge des vins de Champagne qui ne craignent aucune concurrence, et a bien voulu porter un toast à la prospérité de notre commerce.
II a visité en détail notre installation qui l'a beaucoup intéressé, et a tenu à examiner le travail des vins mousseux et à adresser quelques paroles bienveillantes à nos ouvrier qui sont nos précieux collaborateurs.
Nous avons profité de cette visite pour faire venir à Paris la Fanfare de la Corporation des Tonneliers et Ouvriers de Caves qu'accompagnaient les membres de la Corporation.
Notre excellente Fanfare a exécuté dans la perfection les morceaux choisis de son répertoire, tarit au Palais du Champagne que pendant le banquet qui a suivi la visite présidentielle et qui comprenait les présidents des classes composant le groupe X, et elle a contribué à l'éclat de cette fête dont tous les témoins ont gardé le meilleur souvenir.
Votre Chambre syndicale et la Commission exécutive,
ont, jusqu'au dernier moment, mis en oeuvre toute leur activité
pour l'exécution du mandat qu'elles avaient reçu de vous
; si leurs efforts n'ont pas eu le résultat heureux qu'elles
étaient en droit d'attendre, elles ont du moins la conscience
d'avoir tout accompli pour tirer le meilleur parti de la situation qui
a été faite à notre exposition. Elles savent que
vous apprécierez la manière dont elles ont administré
vos intérêts, et que vous vous souviendrez qu'elles ont
donné en toutes circonstances une somme de travail très
considérable et souvent très difficile.
Lorsque l'Administration générale a fait connaître que la mention « hors concours » ne pouvait être invoquée qu'à la suite de la nomination comme membres du Jury de membres de la collectivité, nos adhérents nous ont autorisés à passer outre, sous promesse que cette réserve serait faite au moment de la constitution du Jury.
MM. Ch. Arnould et P. Krug, aussitôt leur nomination, ont donc déclaré, à qui de droit, que l'Exposition collective du Syndicat du Commerce des vins de Champagne était « Hors Concours ».
A la suite des opérations du jury, il n'a pas paru possible au Président de la classe 60 et à certains membres du jury, de ne pas reconnaître d'une manière spéciale, et de ne pas affirmer d'une façon évidente, la haute valeur commerciale des produits présentés par le Syndicat du commerce des Vins de Champagne. Le Jury a cru qu'il y avait lieu, malgré la déclaration « hors concours » de demander qu'il fût fait une exception honorifique en faveur du Syndicat, et que la plus haute récompense lui fut décernée, comme en 1889.
C'est à la suite de cette demande, appuyée par la grande majorité du jury, que le Grand Prix fut décerné à notre exposition collective.
L'Administration générale de l'Exposition de 1900 délivrera à chacun des participants de la collectivité du Syndicat du Commerce des vins de Champagne un diplôme du Grand Prix, portant tous les noms, mais ces mêmes participants ne pourront inscrire sur leurs papiers de Fédération des commerce la mention de la récompense obtenue par la collectivité dont ils font partie, qu'en ajoutant la désignation complète de cette collectivité.
Cette distinction exceptionnelle qui jette un lustre nouveau sur notre commerce en général, ne saurait toutefois en rien modifier entre nous la loi des partis, ni autoriser aucun de nos adhérents à profiter de cette distinction comme réclame personnelle.
Extrait du rapport du Président Paul KRUG le 9 Mai 1901.
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