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Querelle
de santé au XIIX et XIXième siècles Querelle de Médecins et Poètes I. Le cadre de la discorde. La
domination des vins de Bourgogne s'établit dans les trois derniers
siècles du Moyen Age, lorsque se développent les relations
vers le Sud, concomitamment avec l'installation de papes français
en Avignon (achats réguliers de vins de Beaune - nom sous lequel
on désigne alors tous les vins de Bourgogne - à partir de
l'intronisation de Clément VI en 1342, par un commis spécialement
chargé de cette tâche jusqu'en 1403), et le Nord : vers Paris
où les vins de Beaune figurent sur la table de Philippe le Bel
au Xllle siècle, vers la Flandre lorsque le duc de Bourgogne Philippe
le Hardi, épousant la duchesse Marguerite, eut ajouté ses
terres aux siennes à la fin du XlVe siècle. Plus au Nord,
les vins d'Auxerre connaissent la même fortune, achetés par
les marchands de Paris, Rouen, Lille ou Arras. Sur les marchés
parisiens, ils concurrencent les vins « français »,
qui sont moins chers, mais de qualité inférieure. Au Nord-Est,
les vignobles de Bar-sur-Seine et Bar-sur-Aube fournissent aussi les tables
royales et ducales, jusqu'aux résidences flamandes et artésiennes
de Philippe le Hardi.
A quoi répond, en 1646, un conseiller au présidial d'Orléans, dans les termes mêmes de la future querelle entre Bourguignons et Champenois. C'est ensuite le tour d'un des vins ordinaires de la table de Henri III, le meilleur cru d'lle-de-France, celui de Coucy-le-Château. Beaune s'inquiète. Daniel Arbinet soutient une thèse de doctorat devant la Faculté de médecine de Paris en 1652 pour défendre les vins de Bourgogne. Trop tard. Les fêtes du sacre de Louis XIV à Reims en 1654 sont l'occasion de faire connaître à toute la Cour les vins de Sillery, d'Hautvillers, de Verzenay et de plusieurs autres terroirs voisins de la métropole champenoise. En 1667, dans sa troisième satire Le repas ridicule, Nicolas Boileau fait allusion au vers 107 à un énigmatique « ordre des Côteaux », cercle de raffinés qui affectent de ne manger que « du veau de rivière, des perdrix d'Auvergne, des lapins de La Roche-Guyon ou de Versine et du fruit de tel ou tel endroit » et de ne boire que « des vins des trois Côteaux, d'Ay, de Haut-Villiers et d'Avenay ». L'explication en est donnée dans l'édition commentée que fait Claude Brossette des oeuvres du poète en 1716. Il se serait agi de trois grands seigneurs : Louis Roger Brûlart, marquis de Sillery (1619-1691), petit-fils du chancelier Nicolas, gendre de François V, duc de La Rochefou-cauld; Gabriel de Rochechouart (1600-1675), premier duc de Mortemart (en 1650), premier gentilhomme de la Chambre, gouverneur d'Île-de-France (en 1669) et surtout père de Françoise Athenaïs marquise de Montespan, maîtresse du roi de 1667 à 1680; enfin Jacques de Souvré, marquis de Courtenvaux (1600-1670), fils du gouverneur du dauphin qui, devenu Louis Xlll, le fit maréchal de France et premier gentilhomme de la Chambre, lui-même lieutenant général des galères et grand prieur de l'Ordre de Malte en 1667. Comme on voit, Sillery a des amis très haut placés, et les vins de Champagne disposent d'un lobby puissant. Il existe une autre explication. Pour Charles de Marguetel de Saint-Denis, marquis de Saint-Evremond (1614-1703), il se serait agi de lui-même, du comte d'Olonne et du marquis de Bois-Dauphin, réunis chez Mgr de Lavardin, évêque du Mans en 1654, I'année du sacre de Louis XIV, et raillés par lui pour leur affectation à ne vouloir boire d'autres vins que ceux des coteaux d'Aÿ, d'Hautvillers et d'Avenay-Val-d'Or. Saint-Evremond, maréchal de camp et faiseur de libelles, fut contraint à l'exil en 1661 pour avoir critiqué Mazarin. Il se réfugia en Angleterre, où il fut le grand promoteur des vins de Champagne à la Cour de Charles II Stuart. Il n'en fallait pas tant pour provoquer un « conflit » entre Bourgogne et Champagne, au sujet des mérites respectifs de leurs vins, que Maurice Hollande a décrit en quelques lignes dans son ouvrage intitulé Connaissance du vin de Champagne :
Très longtemps sourde, à l'état latent, la lutte s'ouvre d'abord sur le terrain médical, Beaune et Reims s'assénant tour à tour de copieuses thèses latines, destinées à prouver que leur vin est incontestablement « le plus suave » ou « le plus salubre ».
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