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1. Travaux de vigne
Les vignes maisons servent
aux expériences culturales innovantes
De l'enherbement
aux cultures en terrasses, en passant par les vignes en lyre, les vignes
maisons constituent d'utiles champs d'expérimentations au service de tous.
10 ans d'enherbement chez Ayala
L'érosion
est un des fléaux de la Champagne viticole, et des écorces fraîches
et robustes (le mulch) sont souvent répandues à même le sol en couches
épaisses entre les vignes pour la combattre. Bien qu'écologique
et naturelle cette technique ne suffit pas. Soucieuse de progrès,
Ayala teste des semis de gazon entre les rangs de ceps c'est l'enherbement.
Régisseur des vignobles, Frédéric
Husson pèse ses mots. "Le gazon permet de lutter efficacement
contre l'érosion, sous réserve d'éliminer de nombreuses espèces
d'herbes inappropriées pour ne retenir que le paturin des prés".
II a été sélectionné pour ses qualités pérennes mais aussi pour
sa résistance au piétinement et à l'arrachage. Le paturin a des
racines qui pénètrent et s'accrochent au terrain.
D'ailleurs, toutes les parcelles
ne peuvent se permettre d'accueillir du gazon. Il faut un sol bien
profond et riche en matière organique. "Le paturin des prés piège
les nitrates, diminue la quantité d'azote et de phosphore des pétioles
et fait baisser les taux de pourriture grise", ajoute le spécialiste.
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Ayala cultive le sol de ses vignes |
Le gazon est planté
entre les rangs sur une bande de 50 cm soit 50 % de la surface. Ce qui
permet d'utiliser 50 % d'herbicides de moins. Mais le paturin des prés
se révèle aussi responsable d'une baisse de vigueur de la vigne de l'ordre
du tiers du poids de bois de taille et d'une diminution du rendement pouvant
atteindre 20 % par rapport à une vigne traditionnelle pendant 3 à 4 ans,
et 10 % par la suite.
Quant aux gelées de printemps, elles
pourraient bien être plus fréquentes avec ce type de technique et la vigne
plus fragile lors de périodes de sécheresse puisque l'herbe absorbe beaucoup
d'eau. Mais c'est le prix à payer pour obtenir des moûts semblent-ils,
dotés d'une légère augmentation du degré entre 0,2 et 0,5 volume maximal.
D'autre part du fait d'un moindre taux d'azote, la fermentation est plus
longue qu'à l'accoutumée. La prise de mousse aussi sera plus difficile,
peut être en raison de teneurs en sucres résiduels conséquentes.
Un matériel spécifique

En 2004, l'écologie guide
la culture des vignes en lyre du domaine Moët |
Le
désherbage des ceps et tonte de l'herbe sont délicats et exigent
un matériel adapté car les tracteurs sont susceptibles de glisser.
Chez Ayala, Alain Ducellier et Jean-Claude Boissel souhaitent prolonger
les expérimentations avant tout verdict définitif bien que ces premiers
essais remontent à plus de 10 ans déjà : "s'il est maintenant
possible de bien connaître les effets de cette technique sur la
vigne, cela ne fait que trois ans seulement que nos oenologues en
testent les aspects qualitatifs du vin. Il faudra donc encore attendre
10 à 15 ans avant de pouvoir dresser un premier bilan".
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Mumm joue de la lyre
Olivier Brun, directeur
des vignobles, souligne les variations climatiques de la région champenoise.
"1972, et 1984 ont été pour nous de mauvaises années à l'inverse de
1985 et 1990 qui restent ancrées dans les mémoires pour leurs excellentes
récoltes même si l'hiver 1985 a enregistré des baisses de températures
dignes de l'antarctique jusqu'à - 31,5 par endroits".
Mumm teste les vignes en lyre |
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Pour
faire en sorte que les années se suivent et se ressemblent au mieux,
Mumm s'intéresse à de nouveaux systèmes culturaux et expérimente
les vignes en lyre, qui déploient leurs deux bras à hauteur d'homme.
Cette conduite de vigne, née au sein de l'INRA de Bordeaux, semble
allier idéalement qualité et rendement. Les chercheurs mettent en
évidence l'impact de la période végétative de la plante (afflux
de sucre dans les feuilles) sur la période de maturation (installation
de sucre dans les grappes). Ces vignes, au feuillage plus fourni,
apportent plus de sucre et plus d'acidité dans les raisins. Sans
parler du vieux bois, qui de par son abondance et son vieil âge,
accumule les réserves telle la fourmi de la fable de La Fontaine,
et stocke le surplus des années précédentes. Légalement, l'addition
des écarts entre plants et entre rangs ne peut dépasser 2 m 50.
Or la vigne en lyre demande une distance de 3 m 30 entre les rangs
et de 1,10 m entre les plants. L'INAO accorde une dérogation, et
trois parcelles de vignes transformées, de 50 ares chacune, une
en chardonnay à Avize, une seconde de pinot noir à Ambonnay et une
dernière en Meunier à Savigny tendent leurs bras. |
Les bourgeons échappent au gel
"Nous avons demandé
en 1988 à planter des parcelles plus importantes, pour savoir comment
se comporte la vigne dès la plantation et créer des groupes plus homogènes
en matière de travaux et de vinification". Trois parcelles de 8o ares
sont alors plantées, une à Cramant en chardonnay, une autre à Verzenay
en pinot noir et une dernière à Marzilly en meunier. Les résultats sont
mitigés. "Nous n'obtenons pas systématiquement un rendement équivalent
à l'appellation en particulier pour le pinot noir et meunier. Cependant
les vignes en lyre ayant des bourgeons situés plus loin du sol, ils échappent
aux gelées de printemps.
Compte tenu du niveau d'appellation,
il est important d'avoir un certain nombre de bourgeons à l'hectare. La
faiblesse de la densité (trois fois moins de plants à l'hectare qu'une
vigne traditionnelle), limite cette possibilité. Si on ne maîtrise pas
la fertilité et le poids des grappes, on a bien montré par ailleurs qu'avec
la lyre, la surface solaire était augmentée. La vigne en lyre permet également
d'obtenir des moûts plus acides qui confèrent de la fraîcheur au vin.
En tout cas, cette expérience permet de mener une bonne réflexion sur
d'autres modes de conduite.
Nous devons donc toujours garder le
poids décisionnel de l'homme qui sera à même d'utiliser l'évolution technologique
et de s'interroger sur les effets positifs ou négatifs en terme qualitatif.
Les connaissances scientifiques et techniques nous permettent d'expliquer
le choix de nos ancêtres et ensuite seulement nous effectuons nos propres
choix conditionnés évidemment par la qualité au service du consommateur".
En vrai Champenois Mumm ne cherche qu'à améliorer la qualité.
Moët & Chandon ne néglige aucun coteau
La loi de 1927 ayant
minutieusement répertorié les terrains d'AOC qui étaient en exploitation
viticole à l'époque, certains terroirs ont un dénivellement de 30 % à
40 %. Héritier de quelques-uns de ces hectares à flanc de coteaux, Moët
& Chandon, tente d'en optimiser l'exploitation par la mise en place depuis
1990 de "culture en terrasses".
La contrainte de pente se révèle un
excellent atout d'exposition avec un sous-sol crayeux très poreux, favorisant
infiltration d'eau et stockage d'humidité. Restait à travailler le coteau
dans le respect des courbes naturelles du paysage car la culture en terrasses
contribue aussi à l'environnement. Les tracto-pelles ont progressivement
dessiné une succession d'escaliers majestueux aux marches d'une largeur
d'1,60 m maximum, parfaitement horizontales, les vignes se fondent dans
le paysage. L'été, le coteau revêt son habit vert et, vignes et talus,
ne se discernent plus. De 1990 à 1993, 2 hectares sont plantés à Sainte-Hélène,
sur la commune d'Hautvillers, 50 ares sur la commune de Moussy et 10 hectares
dans la vallée de la Marne. "L'inconvénient majeur, reconnaît François
hotte, reste l'implantation du vignoble lui-même. La surface au sol
exposée est plus importante et se dessèche plus vite.
Les
banquettes (ou encore les flancs) sont plantées d'herbes et les
racines de la vigne viennent puiser leur eau dans la terre déjà
asséchée par la pelouse. Les racines des herbes et plantes ne sont
réellement développées qu'après quatre ans : le terrain y trouve
alors une stabilité". La production, elle-même, parvient à un
rendement satisfaisant au bout de 6 ans, soit de deux à trois ans
de plus que pour une vigne traditionnelle, car la densité de plantation
est plus faible, 3 000 à 4 000 plants l'hectare soit près de 50
% de moins. Pour cette technique particulière l'INAO a accordé une
dérogation sur la densité de plantation tout en maintenant 90 cm
d'écart entre les pieds, distance pratique, difficilement compressible.
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Les terrasses de Moët & Chandon
s'adaptent à l'environnement |
"Afin que la production soit la plus proche possible
de la normale, il faut que les pieds soient rapprochés suffisamment. C'est
un compromis entre le minimum, pour permettre une taille "à fruit ", et
l'idéal visant une production de to à 12 000 kg/ha" assure François
Lhotte. L'exploitation du terrain requiert aussi un doigté particulier.
"Les largeurs de circulation d'1,10 m nous obligent à acquérir du matériel
spécialisé étant donné l'impossible utilisation de l'enjambent traditionnel.
L'acquisition de tracteurs articulés, au départ, malgré une certaine instabilité
s'est avérée incontournable.
Nous devons aussi adapter notre matériel
pour l'opération de rognage et nous organiser différemment lors de vendanges
qui s'effectuent obligatoirement à la main". Les traitements de la
vigne se font par ailleurs en hélicoptère. Des traitements qui sont heureusement
moindres qu'ailleurs car la culture en terrasses génère une forte aération
des plants, une humidité ambiante bien moindre et donc une sensibilité
à la pourriture moins importante avant la vendange.
Un coût d'exploitation important
"Le coût d'une
telle mise en place est supérieur d'environ 30 % mais, justifie François
Lhotte, l'exploitation de ces terroirs particuliers en vaut la peine,
car elle est pleine d'enseignements utiles. La culture en terrasses
permet un rendement à 70 % environ d'une récolte traditionnelle au bout
d'une dizaine d'années. La dernière a atteint cet objectif en produisant
10 000 kilos de raisin et nous acceptons de servir de champs d'expérimentation
à toute la Champagne".
Propos recueillis par Johanne Collot en 1993
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