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CHAMPAGNE
: DES VIGNES AU PLAISIR
Les domaines-maisons vitrine de la viticulture
Depuis la création de l’AVC en 1889, Vignerons et Maisons
de Champagne
entretiennent
un fructueux partenariat
au service de l’AOC.
Les domaines-maisons produisent des raisins mais sont aussi un laboratoire
pour toute la champagne
Moët & Chandon concilie tradition, innovation et confort de travail
Face
aux ravages du phylloxera en fin du 19ème siècle,
la Maison Moët & Chandon mit tous ses moyens à la disposition
des vignerons de Champagne pour organiser la lutte. Mais ils restèrent
insuffisants. L'insecte maudit, sème la terreur chez tous les viticulteurs
de France et il faut réagir très vite ! Le roi des vins lui-même
est en péril. Le
Comte Raoul Chandon de Briailles comprit rapidement l'intérêt
de rechercher une meilleure solution au problème du phylloxera.
Les travaux de l'Ecole Nationale d'Agriculture de Montpellier, sur l'emploi
des porte-greffes américains résistant au phylloxera retinrent
son attention. Il devint alors un des promoteurs de la technique du greffage
des cépages français sur des porte-greffes résultant
du croisement de cépages français et américains. Le
greffage réussit à concilier la présence de
l'insecte et la culture des cépages champenois.
Pour éviter
les dégâts causés par cet insecte,
le marcottage est abandonné et les vignerons champenois décident
d'aligner les pieds de vigne pour faciliter le passage des hommes et
des chevaux. Apparaissent alors les routes de vignes ordonnancées
comme un jardin telles que nous les connaissons aujourd'hui. Les
Anciens ont su "innover" en prenant en compte les contraintes
d'alors, ne l'oublions pas confie François Lhotte, responsable
du Domaine Moët & Chandon.
Depuis
cette époque, l'amélioration des techniques culturales
anime toujours inlassablement l'équipe dirigeante de la
Grande Maison. Dans les années 50, les chevaux font place
aux tracteurs, et dix ans plus tard la machine libèrera
le vigneron des travaux de rognage. Restent parmi les tâches
manuelles les plus fastidieuses, la taille, le liage et le fichage
ou implantation des piquets. Les sécateurs et pincer à lier électriques
enlèvent de la pénibilité. Pour le fichage,
là encore, on peut réduire la pénibilité de
l'utilisation de la "massette" : certains fabricants
utilisent des vérins hydrauliques. Chez Moët & Chandon,
la collaboration avec un constructeur a permis de mettre au point
une ficheuse 4 rangs |
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Chez Moët & Chandon on fiche sur quatre rangs. |
Nous
cherchons toujours à libérer l'homme de contraintes physiques
inutiles. C'est avec cet état d'esprit qu'ont été organisées
les activités du récent centre de pressurage de Oiry.
Ultra moderne, et surtout tellement moins fatigant pour ceux qui y œuvrent
! Les caisses de 40 à 50 kilos sont déposées mécaniquement
sur un tapis roulant et sont retournées automatiquement pour
déverser les raisins dans le pressoir.
Cette organisation innovante assure confort aux utilisateurs et soins
apportés au pressurage : c'est une innovation de plus qui renforce
la chaîne qualitative des galipes à la table du consommateur.
Roederer : la technique
au service des vignes et de l’environnement
Depuis le début de l’aventure Roederer en 1827, la Maison
reste guidée par l’esprit de famille, avec l’ambition
de ne développer les techniques que dans l’intérêt
des générations futures. Chef de caves, également
en charge du Domaine, Jean-Baptiste Lécaillon résume cet
idéal par une citation de Saint-Exupéry : On n’hérite
pas la terre de ses ancêtres, on l’emprunte à ses
enfants.
Il gère le Domaine avec l’attention d’un bon père de
famille pour son patrimoine, même s’il s’efforce de se projeter
dans l’avenir. A ce titre l’environnement est une priorité ayant
justifié, il y a plus de vingt ans déjà, de renoncer aux
gadoues urbaines pour fertiliser les sols. Puis ce fût les débuts
de la viticulture raisonnée. La Maison est alors l’une des premières à multiplier
des analyses de ses sols et des feuilles de ses vignes. Très vite, les
hommes et femmes qui travaillent sur le domaine comprennent alors que le sol
champenois cache un formidable trésor naturel, et abandonnent progressivement
depuis dix ans les fertilisants chimiques.
La philosophie est la même quand il s’agit
de vendanges. La vigne est un élément vivant conçu pour porter
une certaine quantité de fruits, sachant qu’une production
excessive forcée serait un traumatisme commente Jean-Baptiste
Lécaillon. La Maison reste motivée pour toute recherche
ou expérimentation visant à une meilleure maîtrise
des rendements, et ce, bien avant l’arrivée du clonage.
Roederer soigne l'environnement. |
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Pour
ne pas fatiguer inutilement la vigne, les vignerons du domaine
ont eu l’audace très tôt de tailler plus court ou
encore de procéder à des vendanges “en vert” en
juillet. Bien
avant le clonage également, il y a
près d’un siècle, Louis Roederer a tout misé sur
la “sélection massale”. Un travail de longue
haleine. Pendant plusieurs années successives, il s’agissait
d’observer attentivement l’évolution de chacun
des pieds de vignes, de repérer les plus beaux. Puis de
procéder à des greffes avec les plus prometteurs
des bourgeons. Un travail d’orfèvre au plus près
de la vigne, au plus près du terroir.
Ensuite, il y eut bien sûr la sélection génétique,
mais la maison Roederer n’oublie pas que la sélection “traditionnelle” de
la première heure a permis la transition vers les premières
expérimentations clonales.
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Actuellement
l’enherbement des routes de vignes est un nouveau défit
pour lutter contre le ruissellement des eaux de pluie qui accentuent
l’érosion des sols et la concentration des rejets. Cette
technique expérimentée, il y a longtemps chez Roederer,
pourrait-elle aussi se généraliser progressivement en
Champagne.
Mumm : de séduisantes recherches appliquées
Dans
les années 1930-1940, le réchauffement climatique est encore
lointain. Nombre d’hivers sont rudes, avec d’importantes
gelées de printemps. Par milliers les jeunes bourgeons sont foudroyés
par les froids tardifs et des récoltes entières décimées
avant l’heure.
Au domaine-Mumm, les agronomes refusent cette fatalité et expérimentent,
dès 1947, les premières chaufferettes : des feux dans des
petits chaudrons pour réchauffer la vigne, protéger les
fruits à venir des frimas. Le système fait ses preuves,
mais suppose une meilleure réactivité retardée par
un temps d’allumage toujours laborieux. Mumm invente alors, dans
les années 70, une technique d’allumage automatique, et
dès que le thermomètre frôle le zéro degré,
telle une guirlande de Noël, ce sont des centaines de chaufferettes
qui s’allument en une seconde sur les parcelles du domaine. Bien
des vignerons sont vite séduits par l’efficacité de
ce système qui se généralise.
Dans
les années suivantes, pour éviter la consommation
de fuel, la Maison imagine de remplacer (quand c’est
possible) le feu par l’eau ! Elle protège les
jeunes pousses par aspersion d’eau pulvérisée.
Au printemps, à partir de - 0.5 degré, des gouttelettes
d’eau sont aspergées sur la vigne sans discontinuer.
Une pépite de glace enveloppe le bourgeon. Un phénomène
physique très heureux se produit avec la production
de calories autour de la fleur en devenir. La gouttelette glacée
sert alors de cocon et le bourgeon ne gèle plus. Des
centaines d’hectares de récolte furent ainsi préservés. |
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Mumm passe du feu à l'eau. |
Depuis,
le réchauffement climatique et le niveau des rendements ont diminué l’intérêt
de ces protections mais Marc Gandon, directeur du vignoble, entretient
toujours d’étroites relations avec les professionnels de
la météo avec lesquels ont été mis au point
les premiers modèles de prévision de date de la vendange. La
Maison Mumm concentre aussi ses efforts sur la sélection clonale
des meilleurs ceps de vigne dont la technique a été mise
au point conjointement avec l’INRA. Les plants issus de la Greffe
Bouture Herbacée semblent de meilleure qualité et donner
satisfaction aux vignerons qui les ont choisis.
Quant aux plantations
nouvelles, la maison a mis au point une technique permettant à la fois de marcher droit
et de planter au pas cadencé. Une machine à guidage laser
inventée par la Maison, permet de dresser des carrés parfaitement
rectilignes avec des espacements de plants réguliers.
Le Domaine de chaque Maison est un laboratoire de recherche
qui rivalise d’ingéniosité pour imaginer et expérimenter
des inventions utiles à la Champagne.
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Mathilde
Lemaire
La Champagne Viticole n° 699 -
Février 2005 |
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