CHAMPAGNE : DES VIGNES AU PLAISIR


14 - Le mécénat culturel


Les Maisons de Champagne, mécènes d'art



Rencontre inédite, opportunité de soutenir des actions locales ou sentiment du devoir...
les maisons de Champagne ont chacune leur manière d'appréhender le mécénat.
Avec un dénominateur commun : contribuer à la valorisation du patrimoine culturel.

 
Louis Roederer et la Bibliothèque Nationale de France

       La participation d'une entreprise privée à la valorisation d'un patrimoine culturel public semble en passe de devenir un phénomène courant. Pour autant, l'association peu ordinaire entre Louis Roederer et la Bibliothèque Nationale de France peut surprendre : qui pouvait imaginer qu'en mars 2003, ces deux institutions se réuniraient autour d'une galerie permanente de photographie ?

Une réelle communauté d'esprit
       Quand bien même Louis Roederer et la BNF jouissent tous deux d'une renommée mondiale, la singularité de leurs univers respectifs ne prédisposait pas à une rencontre... C'était sans compter un enracinement commun dans le XVIIIe siècle. Période d'essor pour l'une, fondation pour l'autre, le XVIIIe siècle a marqué les deux institutions : la Bibliothèque Nationale de France et Louis, Roederer partagent une réelle communauté d'esprit. Aujourd'hui encore, l'identité, le tempérament et les stratégies des deux institutions demeurent largement imprégnés du siècle des Lumières.
À cela s'ajoute le même désir de favoriser une culture de transmission.

       Transmission des savoir-faire et de la tradition familiale pour Louis Roederer ; transmission d'un patrimoine pour la BNP : un leitmotiv qui trouve sa plus belle expression dans le mécénat de la Galerie de photographie.

Un projet d'envergure pour une diffusion culturelle élargie
Outre de nombreuses valeurs partagées avec la Bibliothèque Nationale de France, Louis Roederer a sincèrement été subjugué par les fonds photographiques de cette dernière. Conservée au département des estampes et de la photographie, cette collection impressionne tant par son ancienneté - clichés amassés depuis le XIXe siècle, que par son volume - 5 millions d'images !
De la photographie documentaire à la photographie d'art, du photojournalisme aux photographies publicitaires, de la photographie d'agence aux pratiques d'amateurs éclairés, tous les genres, toutes les techniques et tous les territoires du regard sont abondamment représentés.
 

Roederer mécène des photos d'Art à la Bibliothèque Nationale de France.
       Sur 350 m2, la Galerie de photographie offre donc au public une véritable encyclopédie de l'image. Un aspect particulièrement séduisant pour une maison qui exporte 80 % de sa production à l'étranger.
L'image n'est-elle pas «ce langage indépendant des langues», autrement dit un passeport universel de l'Émotion ?
       Restituer au public l'une des plus riches collections du monde et prendre part à l'action culturelle française à l'étranger, voici les ambitions nourries par Louis Roederer. La maison entend ainsi soutenir les expositions et l'édition de catalogues mais encore rendre possible l'itinérance internationale de certaines de ces manifestations. À suivre... !


Moët & Chandon et le Temple d'Amour

       Surplombant d'un côté le Parc de l'Hôtel de Ville et de l'autre l'Avenue de Champagne, le Temple d'Amour confère une dimension éminemment poétique au patrimoine sparnacien. Repaire incontournable de tous les amoureux et esprits romantiques, le Temple vient d'être l'objet d'un vaste programme de rénovation. Depuis sa création, peu après 1870, celui n'a en effet connu aucune restauration. Sur l'impulsion de la Ville d'Epernay, et le concours de Moët & Chandon, les outrages du temps du bel édifice sont maintenant de lointains souvenirs.

Le patrimoine local au cœur des préoccupations
       Sensible à la valorisation du patrimoine local, la maison Moët & Chandon a apporté son soutien à la municipalité. Cette dernière a donc officiellement reçu une dotation de 10 000 euros en décembre dernier. Une somme réunie à l'occasion des nombreuses visites des caves organisées lors des Journées du Patrimoine, explique Frédéric Cuménal, Président de la maison de Champagne
.
       Cette dotation a permis de lancer avant même la fin de l'année 2003 la première étape des travaux : la réfection du dôme. La couverture a entièrement été refaite afin d'assurer une parfaite étanchéité. S'ensuit une minutieuse restauration de l'ensemble du Temple d'Amour à savoir colonnes, corniches, moulures et marches. Autant souligner l'aspect fédérateur de cette rénovation : nombreux sont les corps de métier ayant œuvré sur le chantier ! Après le couvreur, le staffeur et le tailleur de pierre se sont attachés à rendre leur éclat originel à tous les éléments de décor. Pour ce faire, ils ont recouru à un hydrogommage de la pierre - nettoyage en profondeur, et procèdent aux moulages des ornements dégradés, pour ensuite les recréer en atelier. Quant à la touche finale, elle vise le dallage en mosaïque.

La nouvelle jeunesse du Temple d'Amour grâce à Moët & Chandon
 
Petite histoire du Temple d'Amour

       Grâce à ces multiples interventions, le Temple d'Amour doit retrouver une nouvelle jeunesse.
Sa première pierre a probablement été posée lors du réaménagement du parc par les Frères Bûhler puis par l'architecte rémois Alphonse Gosset, concepteur du Théâtre de Reims, après la guerre de 1870. Le Temple d'Amour est un kiosque circulaire inspiré des temples romains. Ces constructions de forme ronde étaient traditionnellement dédiées à Vesta, déesse du foyer ; parmi les plus célèbres, citons entre autres le Panthéon et le Petit Trianon à Versailles. Quand la municipalité acquit la propriété en 1919 pour y installer l'Hôtel de Ville, un projet de construction d'un monument aux morts fut évoqué... le Temple d'Amour devant par-là même se transformer en mémorial !
       Une histoire dense pour cet édifice si cher aux Sparnaciens et dont la richesse architecturale pourra de nouveau briller. Avis aux amateurs d'architecture, aux amoureux et aux... flâneurs !

Taittinger et le Beau Dieu

       À sacre des Rois de France, sacre du vin de Champagne ! Trait d'union grandiose entre ces deux «sacres», telle est la Cathédrale de Reims. Pour avoir accueilli au fil des siècles le couronnement des plus grands monarques, elle a indéniablement favorisé la destinée du vin de Champagne. Compagnon des fastueux banquets donnés en l'honneur du sacre, ce dernier est devenu le vin des Rois. Aussi la Cathédrale de Reims et le Champagne sont-ils intimement liés. Au nom de cette étroite relation, Claude Taittinger estime que la profession champenoise a des responsabilités envers la Cathédrale. Des responsabilités assumées au travers de mécénats collectifs ou individuels...


Fascination pour une statue d'exception
       L'attachement de Claude Taittinger à la Cathédrale s'est illustré à maintes reprises et notamment au cours d'une intervention dans un documentaire d'ARTE dédié à l'édifice. C'est à cette occasion que le projet de restauration du Beau Dieu fut porté à sa connaissance. Un projet tout à la fois très ciblé et accessible qui a d'emblée séduit le Président.
       Pourquoi Dieu ne serait-Il pas beau ? Pourquoi ne serait-il pas jeune ?, interroge Claude Taittinger. En historien averti, le Président se plaît à évoquer les différentes représentations du Tout-Puissant au cours de l'Histoire. Hésitant à incarner Dieu, la religion chrétienne s'est longtemps réfugiée derrière des symboles : main sortant d'un nuage, souverain pontife ou empereur tenant un globe terrestre ou encore noble vieillard. Aussi la statue du Beau Dieu revêt-elle un caractère exceptionnel. Pièce maîtresse de l'un des portails de la façade nord, le Beau Dieu est bien l'œuvre d'artistes originaux et quelque peu «rebelles».

       Faisant fi des canons de l'époque, ils ont osé prêter à Dieu des traits jeunes et harmonieux ! De surcroît, c'est une pièce rare. Il en existe très peu en France, deux à trois, dont une à Reims et une à Amiens, souligne Claude Taittinger.
       Une liberté de composition magnifiée Malheureusement, le Beau Dieu n'a pas résisté aux bombardements de la Première guerre mondiale. Si la draperie est maculée d'éclats d'obus, la tête du Beau Dieu a littéralement été emportée. Quelques fragments furent toutefois recueillis et, très bien conservés, ont aidé à la restauration. Celle-ci, entreprise avec l'accord de Frédéric Murienne, de la Direction régionale des affaires culturelles, s'éleva à 30 000 euros. Les travaux supervisés par l'historien Decrocq ont été assurés par le sculpteur Leandro Berra qui s'est appuyé sur d'anciennes photographies de la statue. Avec un Beau Dieu décapité, la scène du Jugement Dernier avait perdu de son pouvoir évocateur. La liberté d'esprit et de composition des artistes de l'époque s'en trouvait affaiblie.
       Dorénavant, c'est avec superbe que le Beau Dieu entouré des apôtres inspire tout à la fois intérêt et respect de la part des badauds comme de son discret mécène Taittinger.

 

Taittinger rend son visage au "Beau Dieu"


   
Floriane Prévot
Champagne Viticole n° 693, juillet/août 2004