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CHAMPAGNE
: DES VIGNES AU PLAISIR
Production de
raisins :
des plantations de ceps au moût
de raisins
1. Travaux de vigne
Trois modes de faire-valoir
Chaque Maison propriétaire d'un Domaine de vignes cherche la méthode d'exploitation la mieux adaptée à ses besoins. Si la qualité des raisins produits reste (avant leur quantité) l'objectif premier, viennent se greffer des impératifs techniques et financiers, sans compter l'éthique de travail que cherche à développer chacune de ces Maisons. Si les 4 000ha que représentent
ces Domaines (11
% du vignoble de l'AOC) restent essentiellement exploités en faire valoir direct avec du personnel salarié, une diversité des méthodes de faire-valoir culturales cohabite. Les contrats de tâche, le métayage ou les prestations de service, sont trois méthodes différentes qui semblent toutes, à travers leurs diversités, combler les aspirations communes des Maisons et des vignerons qui réalisent les travaux du cycle viticole.
Taittinger transforme l'obligation de présence en objectif de résultat
Pour Vincent Collard, responsable des vignobles
Taittinger, organiser la gestion d'une vigne relève d'une équation
juste et équilibrée. C'est dans cette optique qu'en 1990, la maison
a travaillé avec ses salariés à la refonte du contrat de tâche dit classique,
qui avait une coloration passéiste, avoue Vincent Collard. Une
initiative portée par les salariés eux-mêmes, qui aspiraient à oeuvrer
avec plus d'autonomie que dans le travail en équipe, et qui souhaitaient
parallèlement s'affranchir des contraintes liées aux anciens contrats.
De ces réflexions collectives est ressorti un nouveau contrat de tâche,
qui semble aujourd'hui réjouir employeur et salariés.
Les nouveaux tâcherons ont en charge trois
hectares en moyenne, dont ils s'occupent suivant un programme de travail
annuel établi par la direction.
La rémunération de chaque tâche est préétablie
suivant un barème évalué préalablement. À titre d'exemple, on a chiffré
ensemble le temps, hors vendange, nécessaire à l'entretien annuel d'un
pied de vigne. À ce temps correspond une rémunération fixe, et le tâcheron,
seul gestionnaire de son temps de travail, organise ses diverses roies
à son gré. Seules obligations pour ce dernier : respecter un certain planning
annuel et aboutir au final à la meilleure qualité possible des raisins
(respect du cahier des charges, qualité du travail).
Être libre de ses horaires !

F. Hautcoeur travaille chez Taittinger
en toute autonomie |
Le
tâcheron acquiert par ce système, une liberté plus grande dans la
gestion de son temps. Francis Hautcoeur, tâcheron depuis 1990, se
félicite de pouvoir aller chercher ses enfants tous les soirs à
la sortie de l'école. Et Vincent Collard de souligner le confort
de vie que ce contrat peut procurer aux femmes salariées, qui peuvent
opter pour un contrat à la carte : plein temps ou temps partiel.
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Ce système constitue également
pour le vigneron un moyen de s'engager plus personnellement dans son travail.
Avec le contrat de tâche, affirme Francis Hautcoeur, c'est mon
honneur de vigneron qui est enjeu. je suis le responsable de la récolte.
Si l'autonomie due à ce contrat est croissante, les responsabilités le
sont aussi, puisqu'un tâcheron qui ne satisfait pas aux règles du contrat
peut voir celui?ci remis en cause. Vincent Collard contrôle les évolutions
et considère ce mode de faire-valoir comme l'assurance d'une meilleure
qualité, puisqu'il s'agit bien de substituer une obligation de présence
par une obligation de résultat. Aujourd'hui, la maison Taittinger
compte plus d'une cinquantaine de tâcherons qui s'autodéterminent sur
les deux tiers de son vignoble.
La maison Pol Roger : une certaine philosophie du travail
Pratiqué depuis 1960, le métayage est devenu
une véritable institution chez Pol Roger. Aujourd'hui, soixante-dix métayers
ont en charge les quatre-vingt-cinq hectares du vignoble. Maurice et Georges
Pol-Roger estimaient que les négociants savaient faire de bons vins et
les vignerons de très beaux raisins ; cette tradition perdure naturellement
: ce choix de mode d'exploitation a permis à de jeunes viticulteurs de
s'installer et la qualité des approvisionnements n'a jamais fait défaut.
Actuellement,
ce sont vingt-deux jeunes d'une trentaine d'années qui travaillent
en métayage avec Pol Roger. Pour Céline Meunier et Franck Chesnel,
jeune couple de métayers, n'ayant pas les moyens de financer une
plantation, ce système s'est révélé être une chance de pouvoir s'installer
et travailler la vigne. C'est en effet Pol Roger qui finance tous
les frais d'installation et les plants nécessaires. Franck insiste
sur le fait que cette pratique leur permet de travailler avec une
totale autonomie, tout en sachant qu'en cas de problème, la maison
Pol Roger est présente pour les conseiller sur le choix d'un traitement
ou d'un achat quelconque. Jusqu'à la troisième feuille, précise
Franck, nous travaillons vraiment de concert, pour optimiser
au maximum nos parcelles. L'aide de la maison reste très précieuse.
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E. De Billy perpétue avec
Céline et Franck
une vivace tradition du métayage |
Unir des intérêts communs
Les baux signés avec la
maison Pol Roger sont souvent d'une durée de trente ans et concernent
des terres pouvant atteindre deux hectares. Pour Évelyne de Billy, responsable
du vignoble, ce système permet d'unir des intérêts communs. Les
métayers livrent le tiers de leur récolte à la maison Pol Roger et vendent
à celle-ci les deux autres tiers ainsi qu'une partie de la production
de leurs vignes personnelles. Ils intègrent leur métayage dans leur exploitation
et le cultivent avec le même soin. Cette vigne est presque la nôtre,
souligne Céline qui a repris les baux de ses parents, et apprécie de pouvoir
travailler ces vignes comme elle le désire. La reprise fréquente de baux
par des enfants de métayers permet de maintenir une tradition et de conserver
l'atmosphère familiale de ces exploitations. Pour la maison Pol Roger,
la pratique du tiers franc assure de surcroît, une rentrée de raisins
de vingt crus différents et confère donc une grande potentialité d'arômes
et de vins. Partageant un objectif commun avec ses métayers, Évelyne de
Billy définit ainsi une véritable philosophie du travail reposant sur
la confiance, la communication, le travail d'équipe, dans une grande
estime et une amitié réciproques.
La maison Delahaie : un pacte pour l'avenir
Pour l'exploitation de son vignoble, Jacky
Brochet, responsable de la maison Delahaie, a choisi, depuis huit ans,
de recourir aux services de Christian Herbay, prestataire de services.
Pour Jacky Brochet, ce choix relève d'une volonté de travailler différemment.
Partant du constat qu'aujourd'hui on ne peut plus être spécialiste
et polyvalent dans tous les domaines, recourir à un prestataire de
services spécialisé permet de faire appel à un vrai professionnel du travail
des vignes. Pour s'installer comme prestataire de services de travaux
viticoles, il convient en effet de faire enregistrer son entreprise auprès
de la direction régionale de l'agriculture et de la forêt.

J. Brochet s'allie les compétence
et le matériel de C. Herbay |
Même si Jacky Brochet
reste le gestionnaire de ses vignes, il a constitué avec son unique
prestataire de services, Christian Herbay, une équipe de travail soudée
qui choisit ensemble le meilleur soin à apporter au vignoble. Pour
la maison Delahaie, cette pratique a évité un investissement très
lourd en matériel et la place en même temps à l'abri de tous soucis
techniques. II s'agit de surcroît d'appréhender sans crainte l'arrivée
des 35 heures et tous les conflits sociaux pouvant survenir dans une
entreprise. Ce choix pour Jacky Brochet est résolument tourné
vers l'avenir et est appelé à se développer de plus en plus dans les
maisons de Champagne, comme il s'est développé chez les agriculteurs. |
Ce système permet également
au négociant de consacrer plus de temps à d'autres tâches, telle que la
commercialisation vers l'international et toutes les activités de gestion
de la maison. C'est également un gain pour ma vie privée que je peux
organiser plus librement, insiste Jacky Brochet.
Risquer pour avancer...
Toutefois ce choix n'est pas sans risque,
et Jacky Brochet souligne bien que le rendement final de la récolte
dépend pour une très grande partie du prestataire de services. Et
c'est justement ce jeu du risque comme le qualifie Christian Herbay, qui
a poussé celui-ci à quitter son poste de salarié pour s'installer à son
compte. Pour ce dernier ce choix relevait de deux envies : être plus
indépendant dans son travail et développer une relation plus personnelle
avec ses clients. Travaillant avec son seul fils, Christian Herbay
s'occupe à peu près d'une trentaine de clients, propriétaires de vignes,
de manière ponctuelle ou plus régulière comme avec la maison Delahaie,
avec laquelle il signe un contrat annuel depuis huit ans. Véritable "contrat
moral", la prestation de services constitue pour Jacky Brochet un engagement
risqué, mais face au temps qui évolue, il faut savoir faire le choix
de la confiance et de la modernité.
Propos recueillis par Philippe Gaudin en 2001
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