| L'instant
musical permet d'accompagner le dégustateur d'un grand vin
vers l'extase conjointe du goût et de l'ouïe. Champagne
et musique entretiennent de belles résonances que les Maisons
cultivent.
Moët & Chandon : Wagner à
l'opéra
Quand Charles Baudelaire écrivait
à Richard Wagner : "Vos harmonies profondes s'apparentent
à ces ivresses qui accélèrent le pouls de
notre imagination", il affirmait l'extraordinaire harmonie
entre musique et vin. Si l'opéra wagnérien opère
comme un sortilège sur l'esprit des spectateurs, le vin
de Champagne a le don de susciter la même euphorie éveillant
des énergies psychiques en sommeil, en même temps
que des sensations souvent inouïes. Les liens qui unissent
Moët
& Chandon et la musique ne sont donc pas purement rhétoriques.
Ils s'ancrent au contraire dans une tradition historique, témoin
la rencontre entre Richard Wagner et Paul Chandon, alors à
la tête de la Maison
de Champagne. Érudit, passionné de musique,
Paul Chandon était organiste à l'abbatiale d'Hautvillers
lorsqu'il reçut à Épernay le grand génie
de la musique allemande grâce à un ami commun,
peintre portraitiste. Ainsi, Richard Wagner, épris de
la Champagne et de ses vins relate-t-il son séjour à Épernay
dans un récit autobiographique "Ma vie" : "Dès
mon arrivée, je fus immédiatement intégré
dans l'accueillante maison de Paul Chandon, admirateur passionné
de mes opéras [...]. C'est là aussi que je visitai
les fabuleuses caves qui s'étendent sur des kilomètres
dans les entrailles de la Champagne". Wagner avait offert
à son hôte des places pour la première du "Tannhaüser"
à Paris.
De
son côté, Paul Chandon y avait fait livrer une
caisse de son meilleur champagne "Fleur de Sillery".
Il ne fut pas le vin du triomphe escompté car l'oeuvre
novatrice du compositeur dérouta ses premiers auditeurs,
mais Richard Wagner s'en souvint comme de "délices
consolateurs". C'est l'expression qu'il emploie dans
une lettre datée de décembre 1863 par laquelle
il passe commande à Paul Chandon de "son vin
généreux". Il renouvela ses commandes,
prouvant par là sa prédilection pour les vins
de la grande Maison. |
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Dom Pérignon se prépare
à honorer un ballet de l'opéra Garnier |
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Dom Pérignon : la création en
mouvement
Ces premiers liens entre Moët
& Chandon et l'opéra, immortalisés par un salon
dédié à Wagner dans la Maison d'Épernay,
ont trouvé un prolongement récent avec le mécénat
établi entre Dom Pérignon et l'opéra de Paris
en 1997. Richard
Geoffroy, chef de cave, responsable des cuvées Dom Pérignon,
explique ce rapprochement comme une rencontre entre deux inspirations
et l'ouverture réciproque de deux univers de la création.
Le choix de ces artistes, Carolyn
Carlson, Noureiev et William Forsythe s'inscrit dans la modernité
où ressuscitant un chef-d'oeuvre ne se limite nullement à
une simple opération de promotion de la marque, il s'avère
être un véritable projet de création, une convergence
spirituelle. Les propos échangés entre Richard
Geoffroy, ]'oenologue, et William Forsythe, le chorégraphe,
s'orchestrent en duo. Richard
Geoffroy peut dire : "De tout le XXème siècle,
pour Dom Pérignon, il n'y a jamais eu deux années
identiques. Chaque année, tout est à recommencer.
Et il faut décoder [...]. Alors il faut passer par un stade
de sensibilité, de lecture. On peut alors dépasser
les lois de la nature".
Aux contraintes naturelles pour
le champagne font écho les lois physiques de la pesanteur
pour la danse. Et William Forsythe d'ajouter : "Nous avons
tous deux besoins à un moment donné de réagir
à l'instant présent. Pour vous, c'est la récolte...
L'oeil, l'odorat... tous vos sens sont mis en jeu jusqu'au moment
où vous allez dire : c'est maintenant".
Ainsi la communion entre le
ballet et le champagne se réalise dans le même défi
aux lois pour recréer un espace de liberté : on sublime
alors les contraintes et on entre véritablement dans l'univers
de la création. Deux formes d'expression s'entrecroisent
ou s'effleurent pour mieux fusionner et vibrer ensemble.
De Cazanove : mélodie en sous-sol
d'artisans-artistes
De Cazanove en parfaite harmonie
avec Stradivarius |
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La
cuvée "Stradivarius" de la Maison
de Cazanove prend tout son sens par l'hommage qu'elle rend
au fameux luthier Stradivari. Elle confirme combien l'art
du vin, comme l'art du bois, ne peut atteindre ses expressions
les plus fabuleuses qu'avec le talent de l'artisan. Si les
sons tirés d'un violon Stradivarius sont si envoûtants,
tout comme sont enivrantes les saveurs d'une bouteille "Stradivarius",
ce miracle des sens et des sensations tient à l'extrême
savoir-faire des hommes qui oeuvrent.
Président de sa
maison, Thierry Lombard rappelle l'étymologie parfois
un peu oubliée du mot "artiste" :
à l'origine, c'est "artisan" et il
le reste ! Le travail qui se joue dans les caves à
l'élaboration de ces précieux flacons apparaît
comme une "mélodie en sous-sol". L'expression
qui fut le slogan d'une campagne publicitaire évoque
le patient labeur souterrain des hommes qui remuent une à
une les bouteilles de leurs mains. |
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Le président insiste sur l'élaboration
manuelle de ces cuvées d'exception. Le travail des hommes
se joue avec le temps, le vieillissement d'une bouteille "Stradivarius"
s'étalant sur 5 à 7 années, voire davantage.
Dans sa volonté puriste et artisanale de voir mûrir
ainsi un vin dont l'expression rejoindra, par métaphore,
celle d'un violon signé Stradivarius. La longue et méticuleuse
maîtrise oenologique s'accompagne de musicalité et
de silence. Le son des bouteilles qu'on remue dans les caves et
le rythme du geste qui les tourne, alliant grâce et rythme,
composent une véritable mélodie. Dans le silence de
ces galeries taillées dans la craie de Champagne, les pupitres
de bois où s'alignent les bouteilles font émaner les
tintements musicaux de l'art ancestral de la vinification.
Le champagne : un huitième art ?
L'hommage à l'artisan
luthier Stradivari se conjugue aussi avec celui du fondateur de
la Maison dont le destin transforma des verriers et hommes d'armes,
à devenir des Cazanove, spécialistes des vins. Au
XVIème siècle en effet, l'un dénommé
Bigault partit pour Venise, centre mondial du verre de l'époque,
pour perfectionner son savoir et son métier. Il revint et
marqua son passage riche d'enseignement du nom Casanova, maison
nouvelle, francisé en Cazanove. En 1811, le fondateur de
la Maison
de champagne, Charles de Cazanove, la baptisa de son nom. Ce
détour historique illustre bien le culte de la Maison pour
les innovations et le génie créateur. L'humilité
de l'artisan, son exigence et sa maîtrise parfaite de la technique
propre à son art restent présentes. Le talent des
ancêtres verriers se transmet à la génération
des viticulteurs et constitue toute l'âme de cette famille.
Si l'art en général peut être comparé
au vin de par ses vertus émotives et esthétiques,
le champagne lui-même s'identifie à une création
et rejoint aussi le domaine artistique. Rien d'étonnant donc
à ce que la Maison de Cazanove s'associe à des projets
artistiques s'investissant en particulier dans les domaines du cinéma
et de la musique. Partenaire du 45ème festival de Cannes
en 1992, sa connivence avec le monde cinématographique est
explicite dans la formule faite sienne "Mélodie en
sous-sol", clin d'oeil au film d'Henri Verneuil qui porte
ce titre. Quand Jean-Pierre Mocky entreprit le tournage de son film
"Le mari de Léon" à Épernay,
la Maison de Cazanove le soutint et en fut le partenaire, choix
audacieux pour un film décapant, parti pris esthétique
d'une maison ouverte à la création. Elle demeure aujourd'hui
partenaire de la Comédie de Reims où se jouent des
spectacles dramatiques et des concerts à l'occasion. Son
lien évident avec les arts de la scène se manifeste
aussi par le partenariat établi avec le "Salmanazar",
le théâtre et centre culturel d'Épernay. La
programmation est ainsi griffée à la marque Charles
de Cazanove, confortant les liens fructueux entre champagne et arts.
"Deutz trio" en duo
" Deutz
Trio" est un concept qui rassemble depuis fort longtemps
dans un coffret de prestige trois cuvées de la Maison
d'Ay : son brut classic, son blanc de blancs et la cuvée
William Deutz. Or, voilà qu'un autre trio s'est attribué
en 1989 en Grande-Bretagne le même nom, et de subtiles
résonances allaient bientôt les relier. Ce sont
trois compères du London Symphonie Orchestra qui formèrent
ce trio qu'ils prirent l'initiative de baptiser " Deutz
Trio". Tous trois appréciaient particulièrement
le vin de Champagne. L'effervescence des trois musiciens talentueux
n'avait rien à envier à celle de ces pétillants
breuvages. Conjuguant leurs talents respectifs, le flûtiste,
le hautboïste et le pianiste avaient décidé
de fonder leur trio avec l'intention tout à fait originale
d'associer leur musique aux champagnes.
Ils avaient imaginé
de donner des concerts dont les oeuvres musicales seraient
l'évocation de grands champagnes. Les pièces
choisies allaient être exécutées selon
leurs correspondances avec tel vin dégusté et
apprécié des musiciens. Ainsi, à l'insu
de la Maison
de champagne, le " Deutz Trio" s'est produit
en accompagnant leur interprétation d'oeuvres majeures
d'un discours à la fois musical et oenologique, faisant
vibrer les papilles et les oreilles de ses auditeurs. Non
sans humour, les trois musiciens se livrent lors de chaque
représentation à des intermèdes où
la musique se suspend pour laisser place aux mots : ils traduisent
alors les correspondances entre les sons et les sensations
d'un vin qui lui ressemble. Une étrange poésie
décline alors les analogies effectives entre des notes
et le vin. |
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Musique et flacons "Deutz trio" forment
un joli duo |
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