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CHAMPAGNE
: DES VIGNES AU PLAISIR
Des années
après, prêtes à être expédiées
11. Cuvée spéciale
de très faible dosage (moins de 6 g/l)
Ultra-brut Laurent-Perrier pour oenophiles avertis
Parmi les nombreuses silhouettes des
vins de Champagne, il en est une qui se distingue par son naturel ou même
sa "nudité". Avec la griffe Laurent-Perrier, son somptueux
habillage bleu nuit et argent spécifique d'Ultra-brut évoque
le contact extrêmement épuré qu'il procurera à
la sensibilité de son dégustateur.
Pour François Philippoteaux
qui participa à sa naissance avec Bernard
de Nonancourt et Alain Terrier, l'Ultra-brut se positionne à
part. II se distingue par son dépouillement et son authenticité.
Issue des seules années de grande maturité, cette cuvée
exceptionnelle se caractérise par l'absence de tout dosage au dégorgement.
Aucune liqueur ne complète ce vin pur, d'une teneur en sucre inférieure
à 1 g/l.
Si l'idée demeure originale,
elle n'est pas nouvelle. A la fin du siècle dernier en effet, Mathilde
Emilie Perrier, veuve d'Eugène Laurent, avait commercialisé
un champagne d'exception baptisé "Grand Vin Sans Sucre".
La démarche était fort audacieuse à une époque
où le champagne accompagnait presque exclusivement les desserts
et s'associait dans l'esprit de ses amateurs à un délice
liquoreux. Ce champagne figurait sur les cartes des plus grands restaurants
parisiens et était indéniablement le plus cher, celui que
ne dégustaient que les amateurs avertis, curieux de sensations
nouvelles. C'est en 1975, à l'époque de la nouvelle cuisine,
que l'idée est venue à la Maison de relancer cette gamme.
"Bernard
de Nonancourt, Alain Terrier et moi-même devisions dans la salle
de dégustation de Tours-sur-Marne, sur un vin qui nourrisse l'imagination.
Disposant de cuvées de maturité merveilleuse, nous avons
réinventé ce vin sans dosage pour accompagner les mets de
la modernité. Et en 1981, la première cuvée fut lancée".
À l'heure de sensations épurées
Dans
la maison Laurent-Perrier, l'Ultra-brut reste ce qu'on appelle "une
niche", c'est-à-dire une cuvée limitée
dont la production annuelle ne dépasse pas 150 000 bouteilles.
Même si la Maison reste convaincue du bel avenir de cette
cuvée, elle reste l'apanage d'amateurs avertis, d'un petit
cénacle d'épicuriens curieux, de chercheurs tolérants
et éclectiques, tout comme ce fut le cas de la cuvée
rosée également initiée chez Laurent-Perrier.
Les "Ateliers Ultra-brut", véritables comités
de dégustation, dont Jean-Paul Kauffmann est un adepte convaincu
dans le cadre de son magasin "L'Amateur de cigare", voient
se réunir autour de l'Ultra-brut des gens créatifs,
journalistes, grands chefs qui recherchent des accords nouveaux
et sont fervents d'évasion grâce à des sensations
inconnues. |
L'Ultra-brut Laurent-Perrier satisfait
un cénacle d'oenophiles avertis |
Ces évolutions de nos équilibres
alimentaires participent aux nouvelles habitudes gustatives. L'Ultra-brut
s'inscrit ainsi dans une "sociologie du goût".
Cette modernité concerne les idées comme les formes d'expression
artistique et le champagne participe des deux domaines spirituel et esthétique
titillant paradoxalement la sensualité. Loin d'édulcorer
les sensations, la vivacité de l'Ultra-brut agit comme un excitant,
un révélateur. Espérons que l'Ultra-brut se servira
bientôt sans les recommandations nécessaires du sommelier
de l'épicerie fine ou du grand restaurant, que l'éducation
du goût aura fait son chemin et que ce champagne très spécial
se diffusera hors des cénacles restreints des fumeurs de cigares
de havane "spécial" c'est le voeu de la Maison Laurent-Perrier.
Propos recueillis par Frédérique Masson en 2000
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