Il est nécessaire d'attendre près de quarante-cinq ans avant de pouvoir retirer d'un chêne-liège la première couche d'écorce utilisable pour la fabrication des bouchons. Soit trente-cinq ans avant d'enlever la première écorce, inutilisable car trop crevassée, puis encore dix autres pour que l'écorce de reproduction atteigne une épaisseur suffisante pour être utilisée. Cela est vrai pour tous les bouchons de liège. À partir de là, le bouchon de champagne se distingue car la nature même de ce vin lui impose de très sévères contraintes. Il doit supporter une pression de l'ordre de 5 à 6kg/cm². Près de trois fois la pression moyenne des pneus d'une voiture. Pour assurer cette résistance, leur diamètre initial doit être de 31 mm, soit 13 mm de plus que le diamètre du col interne de la bouteille ! Et c'est bien là que le bât blesse : perforer dans une écorce de liège des cylindres d'un tel diamètre est quasi impossible. Il faudrait, en effet, attendre extrêmement longtemps que l'écorce soit suffisamment épaisse... or, plus le liège vieillit sur l'arbre, plus il perd en qualité et risque de comporter des fissures. Deux à trois rondelles de liège à la base du bouchon Toutes ces raisons ont rendu obligatoire la mise au point d'un procédé original. Pour réaliser ce cylindre de 31 mm de diamètre, plusieurs morceaux de liège sont concassés - la granulométrie est contrôlée avec précision - et agglomérés avec une colle très particulière dont la mise au point décida de l'adoption définitive du bouchon aggloméré. Celle-ci devait résister à l'humidité, à la compression et à la torsion latérale ! A l'une des bases du cylindre, celle qui sera en contact avec le vin, deux rondelles de liège naturel, sélectionné avec le plus grand soin, d'un diamètre de 31 mm et d'une hauteur de 4 mm, sont superposées et collées.
« Le nombre et les dimensions de ces rondelles sont spécialement pensés pour que la répartition des masses dans le bouchon soit adéquate », souligne Marc Sabaté. Le plus étonnant est que la fabrication de ces bouchons continue de faire l'objet de recherches et d'améliorations. II y a encore cinq ans, ils étaient trempés pendant près d'une heure dans de l'eau chaude afin de pouvoir être introduits dans les bouteilles. Aujourd'hui, on utilise du silicone alimentaire. Il présente la caractéristique de favoriser la glisse lors d'un effort dynamique et de devenir collant à l'état statique. Cela est doublement malin et a permis, d'une part, d'augmenter les cadences de bouchage et, d'autre part, de diminuer les déperditions de gaz ou de liquide en créant une surface d'adhérence entre le verre et le liège.
Le bouchon doit porter l'appellation "Champagne" sur le pourtour de la partie insérée dans le goulot ainsi que, éventuellement, le millésime. Souvent, soit le nom du producteur, soit une petite étoile à cinq branches avec une longue queue figurent en dessous, pour célébrer le "vin de la comète", d'après la comète aperçue en 1811 lors d'une récolte particulièrement abondante, ou pour fêter Noël, époque éminemment propice à la consommation des vins effervescents de Champagne. Le liège étant un produit naturel, chaque bouchon est unique, mais il peut aussi être à l'origine du défaut que l'on peut trouver à un vin effervescent de Champagne : le "goût de bouchon". Rien ne semble pouvoir en préserver certaines cuvées, si ce n'est de tester et d'agréer les lots après les avoir contrôlés statistiquement. Toutefois, la technique permet aujoud'hui d'espérer l'éradication totale de ce problème.
Pour ramollir la subérine, matière résineuse du liège sensible à la chaleur, les bacs de trempage sont peu à peu abandonnés pour des systèmes de réchauffement et d'assouplissement par courant d'air chaud ou par passage au four à micro-ondes : c'est le "bouchage à sec".
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