Pionnières dans la mise en application des pratiques de développement durable, des Maisons de Champagne ont testé la bouteille allégée pour en apprécier les incidences techniques sur l’outil industriel. Retour d’expérimentations au service du champagne.
Un article du Vigneron champenois de janvier 2006 sur la stratégie d’actions pour limiter les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la filière du champagne confirme les conclusions du bilan carbone réalisé par le CIVC : "les emballages à l’expédition représentent à eux seuls 30 % des émissions totales de la Champagne" et "la fabrication des bouteilles pèse pour moitié dans ce bilan, soit 15 % de l’ensemble". L'article conclut "le moment est sans doute venu de donner une nouvelle impulsion au dossier récurrent de la bouteille allégée". Bruno Paillard, président de la Commission Communication et Appellation du CIVC confirme "tout ce qui va dans le sens d’une économie d’énergie est bon pour la Champagne. La bouteille allégée, certains y voit un gadget, c’est au contraire une question très sérieuse, un geste pour la planète qui, additionné à d’autres actions finira par peser très fort dans l’économie. Cela permettra d’économiser des dizaines de tonnes de verre et donc d’agir sur les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, la bouteille allégée doit être intégrée à une démarche collective. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir". Le CIVC contribue via le bilan carbone simplifié à donner à tous les Vignerons et Maisons de champagne les moyens de faire le bilan de leur propre consommation énergétique et donc d'agir en conséquence... Depuis 15 ans, le CIVC, des maisons de champagne et les verriers français œuvrent à la validation technique de la bouteille allégée : une bouteille pesant entre 835 et 840 g au lieu de 900 g. Les expérimentations montrent qu'elle s'intègre à la problématique du respect de l'environnement.
|
A l'instar de la Maison Veuve Clicquot Ponsardin, par la voix de Félix Bocquet, son directeur Qualité et Environnement : "pour Veuve Clicquot, la question du développement durable n'est ni une mode ni une initiative isolée récente. Cela fait partie de l'ADN de la Maison. Nous travaillions déjà en viticulture raisonnée quand, dès 2000, nous avons structuré notre démarche environnementale tout d’abord par la réalisation du bilan carbone de la société (2002) puis par la mobilisation des efforts en vue de la certification ISO 14001 (obtenue en 2004 et renouvelée en 2007). Notre approche est globale : depuis la vigne… en passant par l’élaboration et jusqu’à nos sites administratifs et de réception d’invités. Aussi le bilan carbone a-t-il été capital pour avoir une vision claire des postes les plus énergivores et agir en conséquence. Nous avons ainsi appris grâce à lui que 56 % des émissions néfastes sont reliées au poste des matières sèches parmi lesquelles les emballages (cartons, bidons et bouteilles en verre en particulier)… d’où la nécessité de pouvoir agir en amont auprès de nos fournisseurs. |
Veuve Clicquot / Patrice Latron
Ligne d’habillage Veuve Clicquot. |
|
|
Nous avons estimé que les gains en carbone par l’allègement de la bouteille champenoise équivaudraient à plus de 450 tonnes équivalent CO2 (soit l’équivalent de – 140 véhicules en circulation par an), sans compter les 48 camions de livraison en moins par an puisqu’on pourrait mettre 24 palettes au lieu de 22 par camion. Les essais que nous avons réalisés sur les bouteilles allégées sont avant tout d’ordre technique, avec pour objectifs de valider la bonne "adéquation" du format extérieur des bouteilles avec l'ensemble de nos équipements industriels existants (convoyeurs, caisse palette, TSR, dégorgeuse, habilleuse...). Plusieurs milliers de bouteilles ont donc été passées sur nos lignes sans qu’aucun réglage ne soit effectué et ce, à chacune des étapes du process : du tirage à l'expédition avec, au final, un test de transport d'une palette. Le résultat du test technique est positif : seuls quelques réglages (minimes) seraient à effectuer pour le collage parfait de la collerette dans l’hypothèse d’une adoption de ce nouveau flacon". |
||
|
Chez Pommery, Thierry Gasco, le Chef de caves, confirme : "en quelques 10 années, plus d’une centaine de millions de bouteilles allégées ont été tirées dans le Groupe Vranken-Pommery et environ 65 millions ont été expédiées dans le monde. Cela marche ! Nous n'avons jamais eu de retour particulier des consommateurs qui ne voient pas de différence. Nous n'avons jamais eu de casse non plus". Depuis 1998, la Maison est engagée dans une double certification ISO 14001 et 9001 et fait du développement durable en viticulture comme en œnologie son cheval de bataille. La question de la bouteille allégée fait partie d'un tout : les capsules de surbouchage sont en aluminium simple, les étiquettes sur le "POP Earth" sont fabriquées sur papier recyclable et à l’aide d’encres sans solvant. L'engagement de la direction en termes de moyens humains et financiers est très clair. La création de la bouteille "POP Earth" est un exemple abouti de cette démarche d’avenir.
|
|
Du côté de la Maison Mumm, Catherine Izard, Responsable Qualité Sécurité Environnement explique : "chez Mumm, depuis mars 2009, nous avons une triple certification, Qualité, Sécurité et Environnement. La volonté est de diminuer le poids de la verrerie pour participer à la réduction des déchets à la source, favoriser les gains énergétiques de production et gagner sur l'émission des gaz à effet de serre. Mumm participe donc à des essais sur cette bouteille sur des quantités de 1,5 million de bouteilles cette année pour évaluer les conséquences sur une production importante. A date, les essais sont favorables. Les verriers commercialisent cette bouteille pratiquement aux mêmes dimensions que l'actuelle et garantissent la même résistance. |
|
||
|
Notre but est de vérifier cet argument et valider un passage industriel sur ligne aux cadences habituelles sans modifications majeures. Le système de production de bouteilles champenoises étant industrialisé, ces points sont importants". |
|||
L'objet des essais menés par le CIVC avec ces maisons de champagne pilote est une évaluation technique : évaluer la bonne adéquation du nouveau format à l’outil industriel. La question de fond étant : quels sont les réglages sur les équipements à effectuer pour que le nouveau format passe sans aucun problème ? Deux options ont été prises : un essai sur un cycle de production réel avec mise sur le marché des bouteilles et essai sur un cycle de production accéléré avec remise en cercle des vins. Félix Bocquet précise : "nous avons choisi la deuxième option car cela permettait d'avoir une réponse plus rapide de la bonne adéquation de notre outil. Nous n'avons rencontré aucune difficulté particulière si ce n'est de caler un essai dans le planning de production. Le tirage des bouteilles en conditions réelles et à cadence est validé, tout comme la prise de mousse, le remuage. Après 4 mois de prise de mousse, il ne s'agit pas d'évaluer la qualité du remuage mais les éventuels problèmes de stabilisation ou de calage des bouteilles dans les différents containers (caisses palettes bois et TSR), les rayures, frottements ou usures anormales... et valider les transferts dans les différents contenants avec les robots. Tout est correct. Côté dégorgement et habillage, de concert, Thierry Gasco et Félix Bocquet apportent les mêmes validations amont : "Les seuls réglages ont porté sur le calage du magasin à collerette". En dehors de cela, le résultat obtenu est on ne peut plus satisfaisant et ceci, sans aucun réglage (coiffe, étiquette et contre étiquette). Seule la fermeture de la collerette n'était pas conforme à nos standards qualité : des ajustements seront nécessaires sur la collerette pour que celle-ci soit bien ajustée au nouveau format de la bouteille" ajoute Félix Bocquet. Pour le dégorgement "il faudra à terme prévoir d'adapter la géométrie des cônes sur les plateaux dans le bac de congélation". Enfin, il a été procédé au test de transport sur table vibrante (condition du test : une palette sur table vibrante 2 x 30 minutes avec une rotation d’un quart de tour). Il s'agit ici d'évaluer si les différences du format extérieur de la bouteille allégée vont générer des problèmes de calage des bouteilles dans les caisses et abîmer les habillages (frottement, abrasion, déchirure). Le résultat est positif : "les défauts d'aspect constatés après passage sur table vibrante sont du même ordre que ceux constatés sur des bouteilles 900 g" précise Félix Bocquet.
Le résultat de ces essais est positif même si le passage à la bouteille allégée nécessite une gestion très rigoureuse des lots et une vigilance toute particulière sur la traçabilité afin d'éviter au maximum tout mélange des 2 formats de bouteilles (ancien et nouveau). Tout est donc prêt sur le plan technique. Il demeure aujourd’hui à mesurer tous les paramètres autres que techniques pour décider du basculement vers la bouteille allégée comme nouvelle bouteille standard. Les Maisons ont ainsi participé aux essais techniques préalables, sans lesquels Vignerons et Maisons ne seraient pas en mesure de décider en toute connaissance de cause. Des tests réussis pour faire progresser la Champagne.
UMC 12/2009