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Historique du muselet et
de sa plaque de collection
Définition
Le muselet est constitué de 3 parties
assemblées et ne formant qu'une seule pièce à l'utilisation :
- La ceinture en fil d'acier doux galvanisé ou galvanisé
et laqué.
- Le corps ou cage composé de quatre pattes et d'une tête
en fil d'acier doux galvanisé ou galvanisé et laqué.
- La plaque en fer blanc électrolytique vernie, vernie et lithographiée
ou vernie et estampée.
Utilité
Le muselet maintient le bouchon
dans la bouteille, contribue à son étanchéité
de son muselage à sa consommation. Il permet l'identification des
bouteilles par la couleur, le décor ou l'estampage de sa plaque
et/ou la couleur de ses fils. Il doit permettre au consommateur un débouchage
en toute sécurité.
Évolution dans l'histoire
C'est Dom
Pérignon (1638-1715) qui, d'après la légende,
a eu l'idée de remplacer les chevilles de bois entourées
de chanvre imprégné d'huile, puis cacheté de cire
par un bouchon
en liège. Cette idée lui serait venue en voyant les moines
de retour de Compostelle en Espagne qui les utilisaient pour la fermeture
de leurs gourdes.
C'est l'arrêt du conseil du Roi du 25 mai 1728
autorisant le transport des vins mousseux en flacon qui peut être
pris comme première date pour la problématique du maintien
du bouchon
sur ledit flacon. Parallèlement, l'utilisation du liège
pour le bouchage des flacons est recommandée dés 1718.
- de la ficelle au fil de fer
Un
lien est alors utilisé pour maintenir le bouchon,
notamment, de la ficelle de chanvre. La ficelle est posée à
la main, les bouteilles étant maintenues serrées entre les
jambes. Pour faciliter le travaille, on utilise un pot à ficeler,
appelé calice ou calebotin, dans lequel on place
la bouteille pour la maintenir le plus solidement possible entre les jambes
pendant l'opération de ficelage. Pour avoir plus de force et éviter
de s'abîmer les mains, l'ouvrier se servait d'un trèfle
pour tirer sur la ficelle et serrer fortement les nouds. L'ouvrier coupait
ensuite les extrémités de la ficelle avec le couteau de
ficeleur appelé lance. Cette fixation du bouchon
avec une ou deux ficelles croisées reste précaire, même
si des ficelles armées et/ou du fil de fer sont utilisés.
Le 5 juillet 1844, Adolphe
Jacquesson, négociant à Châlons en Champagne,
dépose un brevet consistant à intercaler entre le bouchon
et le fil du lien une plaque. Cette plaque équilibre les forces
et évite au liège, sous la pression, de venir s'incruster
dans les fils de chanvre ou de fer, ce qui provoque des fuites de gaz
ou de liquide dit recoulage. Il utilise pour cette plaque le
fer blanc dont-il dispose dans ses caves pour assurer l'éclairage
naturel de ses caveaux par l'intermédiaire des puits creusés
dans la craie.
En 1846, O. Delagrange fait breveter le système
d'agrafe pour le maintien du bouchon,
essentiellement utilisé pour les bouchons
de tirage.
Pour améliorer l'opération de ficelage,
Nicaise Petitjean demeurant à Avize près d'Epernay, fit
breveter vers 1855 une machine à ficeler à la ficelle,
appelée aussi cheval de bois. Cet appareil devait
faciliter grandement le travail de l'ouvrier ficeleur et améliorer
la fixation du bouchon ,
le bras de levier décuplant la force et permettant l'usage
de liens renforcés.
Le ficelage est alors complété avec un
ou deux fils de fer torsadés. La pose du fil de fer se fait à
l'aide d'une pince cisaille. Cette fixation en fil métallique
présentait
des difficultés, et le consommateur devait faire usage d'une pince
spéciale ou d'un petit crochet pour couper le fil de fer
et pouvoir déboucher la bouteille. Ces articles étaient
souvent offerts en cadeau par les négociants à leurs
clients.
Pour éviter cet inconvénient et surtout
le risque de se blesser au débouchage, on a fait un anneau préformé
sur le fil de fer à ficeler. Ce petit anneau était quelquefois
muni d'une pastille de plomb estampé au nom du négociant.
Document de la maison Moët
& Chandon du XIXe: « Deux liens assujettissent
le bouchon,
l'un en ficelle trempée dans l'huile de lin, l'autre en fil de
fer ; ce dernier a été préparé par des
tordeurs spéciaux, puis passé au metteur en fil qui au moyen
d'une pince fait la dernière torsion et rabat le toron sur le bouchon
lui-même, de façon qu'il ne dépasse pas. »
- évolution finale
C'est
en perfectionnant le fil de fer à ficeler, en le préformant
qu'on arrive aux premiers muselets. Le muselet dit le rapide
est certainement le chaînon intermédiaire que l'on pose sur
une machine en utilisant toujours la pince cisaille pour tortiller les
fils.
Les premiers muselets sont fabriqués vers 1880,
la trace en est donnée par les vieux catalogues des constructeurs
(Hemart & Lenoir, Taillard, Lemaire.). Le ficelage est encore conservé.
Les premiers muselets remplacent le lien de renfort et sont posés
par-dessus la ficelle. Les machines à poser les muselets se perfectionnant,
il fut alors possible de l'abandonner complètement. On fabrique
des muselets très simples, à 3 ou 4 branches, avec un petit
trou au centre. Le muselet à 3 branches est, à l'origine,
un monopole de la maison Pommery à Reims. En 1884, Monsieur René
Lebegue, Ingénieur des arts et Métiers, et qui fut employé
à son retour du régiment par la maison Moët & Chandon
à Epernay, comme chef du service du matériel, fut chargé
d'étudier l'emploi du muselet dans cette grande Maison.
Les
essais s'étant avérés satisfaisants, l'emploi du
muselet à 3 branches fut adopté en remplacement de la ficelle
et du fil de fer (ces muselets étant fabriqués par la Maison
Moët & Chandon pour elle-même).
C'est René Lebegue qui eut l'idée de doter
le muselet Moët & Chandon d'un anneau de débouchage. Mais
cette innovation ayant une antériorité revendiquée
par Monsieur Hotmarwaleck, Monsieur Lebegue la tourna en faisant souder
à l'étain la torsade de l'anneau. Ceci eut l'avantage complémentaire
de lui donner un caractère d'inviolabilité.
La maison Pommery,
à l'origine de l'emploi du muselet, abandonna la fabrication du
muselet 3 branches pour la remplacer par une fabrication de muselet 4
branches, qui assurait un meilleur maintien du bouchon .
En effet, quand une des 3 branches était mal prise sous la bague
de la bouteille et s'échappait, les deux branches restant n'étaient
plus suffisantes pour maintenir le bouchon.
D'autre part, les bouchons
en liège utilisés étaient pour une grande proportion
à section carrée, les muselets 4 branches étaient
dans ce cas mieux équilibrés. Ces arguments ont contribué
à l'abandon général du muselet 3 branches pourtant
plus économique. La Maison Moët & Chandon cessa de fabriquer
elle-même ses muselets, pour les acheter aux fabricants locaux,
après guerre en 1944-1945.
Jusqu'au milieu du XXe siècle, les
plaques et les muselets sont vendus séparément par les différents
fabricants. La fabrication des muselets est alors essentiellement manuelle.
Elle comporte trois phases :
- La fabrication du tortillon : sur une petite machine plus ou moins évoluée
suivant l'époque et le fabricant, l'ouvrier passe le fil autour
de 3 mandrins qui vont former 3 pattes, la quatrième ayant une
longueur de fil complémentaire qui va servir à réaliser
la ceinture.
- Le passage : consistant à passer manuellement les brins dans
les trois boucles.
- L'emboutissage : réalisées sur une petite machine à
l'aide d'une pédale et d'un tortilleur manuel fermant la ceinture.
Les opérations 1 & 3 sont réalisées
chez le fabricant ou dans la Maison
de Champagne, la seconde étant souvent faite " à
la maison" les ouvrières étant rémunérées
à la pièce.
Les plaques sont essentiellement en fer blanc uni ou
marqué par estampage. Elles ont 3 ou 4 encoches pour permettre
le passage du fil et peuvent être munies d'une languette pour faciliter
la pose sur le bouchon .
Les premières plaques imprimées apparaissent
au début du XXe siècle (Pol
Roger 1906 première d'une collection des millésimes
de cette marque). Ce n'est qu'après la dernière guerre que
les plaques et les muselets ne forment plus qu'une seule pièce.
De façon anecdotique, on peut signaler que jusqu'aux
années 1970, certaines maisons de champagne demandaient à
ce que les plaques des muselets soient préalablement percées
au centre.
En effet, dans les cabarets, les hôtesses étaient
intéressées sur le chiffre d'affaires des bouteilles de
champagne consommées par les clients. Pour ce faire, elle prélevait
le clou aux armes du cabaret qui avait été préalablement
positionné sur le bouchon,
d'où le trou dans la plaque pour faciliter cette opération,
et elles touchaient un pourcentage en fonction du nombre de clous rapportés
en fin de soirée. Ceci évitait tout litige, et prenait moins
de place dans les sacs à main que le bouchon.
Adaptation aux techniques modernes
Les opérations de bouchage,
de "ficelage", de "muselage" ou "museletage"
sont restées manuelles jusqu'aux années 1950. Les fabricants
de muselets proposaient différents type de produits suivant l'équipement
de l'embouteilleur.
Certaines grandes maisons (Moët & Chandon,
Pommery.) avaient leur propre atelier de fabrication de muselets. Le chantier
de dégorgement type était constitué d'un dégorgeur,
d'un doseur, d'un boucheur et d'un museleur ayant chacun une petite machine
manuelle pour effectuer ces opérations.
Dans les grandes maisons de négoce, plusieurs
chantiers de ce type étaient disposés en parallèle.
Sur ce type de machine, l'opération consiste à positionner
la plaque et le muselet sur le bouchon ,
à poser la bouteille sur un bloquet et à l'aide d'un levier
à comprimer le bouchon
dans une cuvette. Un tortilleur permet de ligaturer la ceinture autour
du col de la bouteille, le tortillon résultant étant cisaillé
et l'ergot rabattu au moyen d'un maillet. L'anneau de débouchage
est soit préalablement formé soit réalisé
au tortillage.
Une première évolution a constitué
à positionner le muselet et la plaque au préalable dans
la cuvette, d'où l'apparition des premiers muselets avec plaque
dit "muselet-plaque" qui facilite cette opération. Pour
les fabricants de muselets une opération supplémentaire
devient nécessaire et consiste à sertir la plaque au moyen
de gorges préalablement embouties (les premières plaques
n'avaient pas de gorges mais des encoches pour permettre le passage des
pattes du muselet).
Au début des années 1950 les premières
machines semi-automatiques ont simplifié le travail du museleur
qui n'avait plus qu'à positionner le muselet dans la cuvette et
la bouteille sur le bloquet, le travail se faisant automatiquement.
La production des muselets évolue vers le muselet
dit "à ceinture libre", dont la ceinture, pour certains
fabricant n'est plus passée dans les boucles des pattes (opération
compliquée à automatiser), mais sertie dans un crochet préalablement
confectionné.
Dans les années 1960 sont apparus les premières
machines automatiques, les bouteilles étant alimentées par
un convoyeur à chaîne et les muselets distribués automatiquement.
Pour les fabricants de muselets une contrainte dimensionnelle est apparue
du fait de cette distribution automatique, ils ont parallèlement
évolué vers une production automatisée garantissant
les cotes de chaque pièce et un pas régulier des muselets
emboîtés les uns dans les autres pour former un paquet homogène.
Dans les années 1970 des décaisseurs sont
disposés en amont de la museleuse, automatisant complètement
l'embouteillage.
Les fabricants ont proposé des muselets devenus
des pièces de précision se décaissant et se distribuant
sur des machines tournant à plus de 20 000 bouteilles par heure.
Seules les entreprises ayant suivi ces évolutions ont survécu ;
les petits artisans, qui représentaient plus de 20 entreprises
en champagne après guerre, ont disparu. La première et seule
personne qui touche le muselet est le consommateur.
Caractéristiques techniques actuelles
- matière première
Le fil doit permettre le tortillage et le détortillage
pour la ceinture dans des conditions optimums, sans casse au débouchage.
Les caractéristiques demandées pour le fil sont antinomiques
à la fois souple avec de l'allongement et d'une résistance
supérieure à 300 N/mm².
Pour se faire les tréfileries fournisseurs des
fabricants de muselets ont développé en amont avec les aciéries
des produits spéciaux. La plaque en fer blanc doit pouvoir subir
l'emboutissage de mise en forme, dit "emboutissage profond",
et permettre l'impression du décor.
- dimensions - tolérances

les dimensions et tolérances sont définies au moyen de cette
fiche technique
Contrôles de qualité
Les machines de production, entièrement automatiques,
sont équipées de calibres qui contrôlent les sous-ensembles
à chaque phase de la fabrication. Les opérateurs assurent
un contrôle au gabarit des différentes cotes en fonction
du plan de contrôle de la norme ISO 9002. Notamment : largeur
et longueur de la ceinture, hauteur des muselets, diamètre des
plaques, tenu du sertissage de la plaque.
Le service qualité effectue des prélèvements
réguliers et mesure les muselets avec un historique par machine
ce qui permet de suivre l'usure des outils de production.
Les conditions d'utilisation des muselets sont celles
du document INE 93/006 ainsi que les recommandations des fabricants, notamment :
- lavage du col
Le col des bouteilles doit être soigneusement
lavé sous un jet d'eau courante à la sortie du bac de congélation
ou elles ont séjourné dans la saumure ou le glycol de façon
à éliminer toute trace de ces produits chimiques fortement
agressifs.
- décaissage
Les caisses doivent être introduites dans le décaisseur
dans le sens d'utilisation des muselets sur la museleuse. Le système
de convoyage doit permettre, en entrée de museleuse, un emboîtage
correct des paquets successifs afin de constituer un boudin homogène.
Les mécanismes de convoyage et de décaissage doivent préserver
l'intégrité des paquets de muselets jusqu'à leur
utilisation sur la museleuse.
- distribution
Le système de distribution doit garantir la sélection
d'un muselet en fonction de la présence d'une bouteille en entrée
de machine, et une séparation du paquet sans dommage. Dans les
systèmes à réserve rotative, la rotation doit se
faire, pour le passage d'un paquet à l'autre avec une hauteur de
chute de 20 mm à 40 mm.
- muselage
Cuvette : les cuvettes de muselage doivent assurer les
3 fonctions suivantes :
- Maintien du muselet et centrage par rapport à la bouteille.
- Maintien des pattes de la cage pendant le tortillage.
- Guidage de la pénétration du bouchon
dans la plaque.
- rabattage de l'anneau
La coordination des mouvements de descente de la bouteille
et d'avance du rabatteur, doit garantir un rabattage dans l'axe de la
bouteille et au plus près du col de celle-ci.
Atout marketing
Le muselet pour l'embouteilleur est souvent un moyen
de différencier les cuvées, soit par la couleur du fil du
muselet, soit par la couleur de la plaque quand celles-ci sont stockées
en cave avant la pose des étiquettes.
Le décor des plaques, compte tenu des techniques
d'impression utilisées, notamment l'offset, permet à chaque
maison de communiquer sur : son image, une cuvée particulière,
une série collection, etc. Ces plaques sont collectionnées
par des amateurs de plus en plus nombreux. Elles sont répertoriées
dans le livre de M. Lambert pour ce qui concerne les plaques Champenoises.
De nombreuses bourses pour les collectionneurs sont organisées,
notamment celle du 11 novembre à Vertus.
Des jeux concours ont été organisés,
le lot gagné ou l'incitation à rejouer étant imprimée
à l'intérieur de la plaque.
Document réalisé par Serge
Valentin à l'aide d'éléments communiqués par
Michel Grilliat,
Monsieur Chiquet du Champagne
Jacquesson & Madame Lucienne Cocquot.
2003
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