Trois siècles de travail ont permis au champagne d’atteindre son niveau de prestige et de rayonnement actuel dans le monde. Le raisin est cher car il est à l’origine de l’élaboration d’un produit haut de gamme reconnu tel par des consommateurs appréciant sa valeur et acceptant d’en payer le prix.
Les raisins permettant d’élaborer le champagne sont-ils trop chers ou à leur juste prix ? À cette question, François Roland-Billecart, PDG du champagne Billecart-Salmon à Mareuil-sur-Aÿ, répond par une autre question : Est-ce qu’une Ferrari est trop chère ? Et par rapport à quoi ? Au bout du compte, le champagne est au prix que le consommateur acceptera de payer la bouteille.
Mais parfois le consommateur dit stop. Tel a été le cas en 1993, rappelle François Roland-Billecart. Les clients ont boudé le champagne, notamment les bouteilles d’entrée de gamme vendues en grande distribution. Or cette année-là, les ventes de mousseux ont progressé. Le PDG de Billecart-Salmon a enregistré ici ou là d’autres signaux d’alerte. Il cite l’exemple d’un 3-étoiles Michelin, près de Saint-Sébastien, en Espagne, qui sert du Cava à l’apéritif, ce qui est un comportement nouveau qui doit nous faire réfléchir. Tout comme, celui de ces people branchés qui boivent du Prosecco (un mousseux italien) dans la très chic station de ski de Davos en Suisse.
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Quand le champagne n’est plus roi… Selon François Roland-Billecart : Nous sommes une région qui recueille les fruits d’un siècle de labeur acharné. Ce travail est aujourd’hui couronné de succès mais notre situation, même enviable, demeure fragile. Il suffirait que le champagne ne rime plus, pour les consommateurs, avec luxe et excellence pour que tous nos efforts soient définitivement perdus. La pente est plus facile à descendre qu’à monter. Exclusivement présent dans les établissements de luxe et chez les cavistes haut de gamme, Billecart-Salmon mise tout sur le qualitatif et le prestige grâce à des investissements permanents en notoriété et en relations publiques. Avec 70 % vendus à l’exportation, la marque contribue au rayonnement international de l’appellation. Il conviendrait en revanche d’analyser les conséquences dommageables pour l’image du champagne, parfois fort chèrement acquise, du comportement de certains acteurs pénétrant les marchés lointains avec les prix d’entrée de gamme pratiqués en France. |
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Certains nouveaux venus qui attaquent les marchés d’export sur ces bases sont-ils bien conscients des risques qu’ils font courir au champagne ! |
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Louis de Sacy : une pépite !
Jeune, dynamique et entreprenant, Alain Sacy préside aux destinées de la maison Louis de Sacy dont la marque, selon le modèle d’Hollywood, s’inscrit en lettres capitales sur le flanc de la Montagne de Reims à Verzy. Repreneur du domaine familial, implanté dans plusieurs terroirs de la Champagne, il a consacré sa jeunesse à se former à tous les travaux de la vigne et du vin. En dépit des efforts que cela implique, il a ensuite choisi d’évoluer vers les activités commerciales, en particulier à l’export pour y valoriser l’appellation. Il peut ainsi comparer les prix du raisin à travers le monde. En Espagne, par exemple, on peut acheter le kilo de raisin pour faire du cava aux environs de 40 centimes, et souvent moins cher encore. En Italie, le raisin est vendu en moyenne 1 euro le kilo. En Californie, il faut compter 1,2 ou 1,3 euro. Ici, en Champagne, le prix du kilo est incomparable. C’est fort heureusement le plus cher du monde, plus cher encore que du raisin de table qui supporte pourtant d’importants frais de distribution.
![]() Pour Alain Sacy, le prix du raisin en Champagne est le fruit de trois siècles d'un savoir-faire sans cesse amélioré. |
Alain Sacy s’en félicite car ce prix peu courant est le fruit de trois siècles d’un savoir-faire champagne sans cesse amélioré, associé à un subtil travail de promotion mondiale du terroir réalisé par les marques. Viennent s’y ajouter des coûts humains d’élaboration exceptionnellement élevés, supérieurs de plus de moitié à ceux observés en Espagne ou même en Californie. De ce fait, la part de valeur ajoutée dans le champagne est inférieure à celle du cava qui se vend en moyenne 4,5 euros la bouteille, et même à celle d’un mousseux californien vendu environ 15 dollars. Cette marge plus faible de profitabilité pénalise le champagne, estime Alain Sacy. Elle est insuffisante, non pas dans le but d’enrichir davantage les maisons mais pour leur permettre de réinvestir dans le marketing et l’image des marques et donc pour la promotion du champagne tout entier. Hier, le champagne était l’unique référence des vins effervescents au point que les nouveaux venus ont tenté d’accaparer son nom. Aujourd’hui, nous sommes embarqués dans un contexte mondialisé du vin où le marché est global et où le soleil brille pour tout le monde. Cela impose au champagne de faire en permanence la preuve de son caractère exceptionnel inimitable. |
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Champenois pure souche, Alain Sacy tient à réaffirmer la spécificité et le caractère unique du champagne dans le monde qui mérite d’enrichir toujours davantage son image traditionnelle de vins de fête, destinés prioritairement aux grandes occasions. Le champagne peut aussi être reconnu comme l’allié de la gastronomie. Les motifs justifiant une meilleure valorisation du champagne à l’export semblent innombrables pour cet enfant du pays qui concentre ses efforts vers des niches de valorisation, tel le champagne casher ou le brut nature. |
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Henriot : ni qualité ni prestige bon marché !
Stanislas Henriot, président de la maison installée à Reims, pointe du doigt le paradoxe de la Champagne : La demande mondiale progresse tandis que d’importants volumes sont encore insuffisamment valorisés ! Dans un contexte de tensions sur le marché de l’approvisionnement en raisin, voir des champagnes mal vendus est une solution de facilité regrettable. Pour lui, les raisins de Champagne sont à juste titre les plus chers du monde, sans que cela ne pose de problèmes si toutes les bouteilles élaborées sont convenablement valorisées lors de leur mise en marché. |
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Il est normal que les vignerons qui nous vendent chers leurs raisins de grande qualité, indispensables à l’élaboration du roi des vins. Mais, constate Stanislas Henriot, si les producteurs de raisins souhaitent en maintenir la valeur élevée, ils doivent éviter que celle-ci ne soit abîmée par des ventes de bouteilles à bas prix. Il semblerait donc de leur intérêt de privilégier les acheteurs susceptibles de promouvoir leur précieuse matière première en renforçant la notoriété et le prestige de l’appellation champagne dans le monde. Des ventes réalisées sans ambition constituent le ventre mou du champagne. La maison Henriot se positionne sur le segment haut de gamme et ses flacons sont présents sur les grandes tables et les plus grands cavistes indépendants. La maison aimerait acheter davantage de raisins. Je souhaiterais élaborer un volume de bouteilles supérieur mais je ne trouve pas toujours les raisins nécessaires, regrette le président. Si demain Henriot continue à faire progresser ses expéditions, c’est la prospérité de l’ensemble de la Champagne qui sera confortée grâce à un prix moyen de vente largement supérieur à la moyenne. De grâce, faisons travailler les opérateurs qui se battent pour faire de la valeur et renforcent ainsi l’appellation toute entière, à commencer par la valeur du raisin. |
![]() Pour Stanilas Henriot, il est normal que les vignerons nous vendent chers leurs raisins de grande qualité indispensables à l'élaboration du roi des vins |
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Pas de mousseux supérieurs au champagne ! Faute d’une prise de conscience de l’ensemble des opérateurs, Stanislas Henriot déplore de voir parfois proposer aux consommateurs de simples mousseux à des prix plus élevés que certains champagnes. Même lorsqu’ils sont de qualité irréprochable, cela est choquant car de nature à jeter le trouble sur la hiérarchie des valeurs. Certes, les grandes marques de champagne restent au sommet de la pyramide mais l’appellation est tirée vers le bas lorsque des bouteilles sont vendues à vil prix sous des marques de distributeurs. Pour moi, ce sont les « passagers clandestins » du champagne. Leur seule contribution se limite à faire du champagne, le moins cher possible, en profitant et en abusant de la notoriété de l’appellation pour prendre d’inutiles parts de marché. Stanislas Henriot déplore que cette pollution du discount commence même à se propager dans certains pays étrangers, alors que l’export est historiquement porteur de qualité et de prestige justifiant un prix élevé. La maison Henriot réalise ainsi la majeure partie de ses ventes à l’export, avec une forte implantation dans les pays économiquement développés. C’est le fruit de réels efforts car leurs consommateurs sont particulièrement connaisseurs et exigent un champagne de haut de gamme conforme à l’image qu’ils en attendent. |
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La Champagne Viticole n° 722, mars 2007