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L'instant musical permet d'accompagner le dégustateur d'un grand vin vers l'extase conjointe du goût et de l'ouïe. Champagne et musique entretiennent de belles résonances que les Maisons cultivent. Moët & Chandon : Wagner à l'opéra Quand Charles Baudelaire écrivait à Richard Wagner : "Vos harmonies profondes s'apparentent à ces ivresses qui accélèrent le pouls de notre imagination", il affirmait l'extraordinaire harmonie entre musique et vin. Si l'opéra wagnérien opère comme un sortilège sur l'esprit des spectateurs, le vin de Champagne a le don de susciter la même euphorie éveillant des énergies psychiques en sommeil, en même temps que des sensations souvent inouïes. Les liens qui unissent Moët & Chandon et la musique ne sont donc pas purement rhétoriques. Ils s'ancrent au contraire dans une tradition historique, témoin la rencontre entre Richard Wagner et Paul Chandon, alors à la tête de la Maison de Champagne. Érudit, passionné de musique, Paul Chandon était organiste à l'abbatiale d'Hautvillers lorsqu'il reçut à Épernay le grand génie de la musique allemande grâce à un ami commun, peintre portraitiste. Ainsi, Richard Wagner, épris de la Champagne et de ses vins relate-t-il son séjour à Épernay dans un récit autobiographique "Ma vie" : "Dès mon arrivée, je fus immédiatement intégré dans l'accueillante maison de Paul Chandon, admirateur passionné de mes opéras [...]. C'est là aussi que je visitai les fabuleuses caves qui s'étendent sur des kilomètres dans les entrailles de la Champagne". Wagner avait offert à son hôte des places pour la première du "Tannhaüser" à Paris.
Dom Pérignon : la création en mouvement Ces premiers liens entre Moët & Chandon et l'opéra, immortalisés par un salon dédié à Wagner dans la Maison d'Épernay, ont trouvé un prolongement récent avec le mécénat établi entre Dom Pérignon et l'opéra de Paris en 1997. Richard Geoffroy, chef de cave, responsable des cuvées Dom Pérignon, explique ce rapprochement comme une rencontre entre deux inspirations et l'ouverture réciproque de deux univers de la création. Le choix de ces artistes, Carolyn Carlson, Noureiev et William Forsythe s'inscrit dans la modernité où ressuscitant un chef-d'oeuvre ne se limite nullement à une simple opération de promotion de la marque, il s'avère être un véritable projet de création, une convergence spirituelle. Les propos échangés entre Richard Geoffroy, ]'oenologue, et William Forsythe, le chorégraphe, s'orchestrent en duo. Richard Geoffroy peut dire : "De tout le XXème siècle, pour Dom Pérignon, il n'y a jamais eu deux années identiques. Chaque année, tout est à recommencer. Et il faut décoder [...]. Alors il faut passer par un stade de sensibilité, de lecture. On peut alors dépasser les lois de la nature". Aux contraintes naturelles pour le champagne font écho les lois physiques de la pesanteur pour la danse. Et William Forsythe d'ajouter : "Nous avons tous deux besoins à un moment donné de réagir à l'instant présent. Pour vous, c'est la récolte... L'oeil, l'odorat... tous vos sens sont mis en jeu jusqu'au moment où vous allez dire : c'est maintenant". Ainsi la communion entre le ballet et le champagne se réalise dans le même défi aux lois pour recréer un espace de liberté : on sublime alors les contraintes et on entre véritablement dans l'univers de la création. Deux formes d'expression s'entrecroisent ou s'effleurent pour mieux fusionner et vibrer ensemble. De Cazanove : mélodie en sous-sol d'artisans-artistes
Le président insiste sur l'élaboration manuelle de ces cuvées d'exception. Le travail des hommes se joue avec le temps, le vieillissement d'une bouteille "Stradivarius" s'étalant sur 5 à 7 années, voire davantage. Dans sa volonté puriste et artisanale de voir mûrir ainsi un vin dont l'expression rejoindra, par métaphore, celle d'un violon signé Stradivarius. La longue et méticuleuse maîtrise oenologique s'accompagne de musicalité et de silence. Le son des bouteilles qu'on remue dans les caves et le rythme du geste qui les tourne, alliant grâce et rythme, composent une véritable mélodie. Dans le silence de ces galeries taillées dans la craie de Champagne, les pupitres de bois où s'alignent les bouteilles font émaner les tintements musicaux de l'art ancestral de la vinification. Le champagne : un huitième art ? L'hommage à l'artisan luthier Stradivari se conjugue aussi avec celui du fondateur de la Maison dont le destin transforma des verriers et hommes d'armes, à devenir des Cazanove, spécialistes des vins. Au XVIème siècle en effet, l'un dénommé Bigault partit pour Venise, centre mondial du verre de l'époque, pour perfectionner son savoir et son métier. Il revint et marqua son passage riche d'enseignement du nom Casanova, maison nouvelle, francisé en Cazanove. En 1811, le fondateur de la Maison de champagne, Charles de Cazanove, la baptisa de son nom. Ce détour historique illustre bien le culte de la Maison pour les innovations et le génie créateur. L'humilité de l'artisan, son exigence et sa maîtrise parfaite de la technique propre à son art restent présentes. Le talent des ancêtres verriers se transmet à la génération des viticulteurs et constitue toute l'âme de cette famille. Si l'art en général peut être comparé au vin de par ses vertus émotives et esthétiques, le champagne lui-même s'identifie à une création et rejoint aussi le domaine artistique. Rien d'étonnant donc à ce que la Maison de Cazanove s'associe à des projets artistiques s'investissant en particulier dans les domaines du cinéma et de la musique. Partenaire du 45ème festival de Cannes en 1992, sa connivence avec le monde cinématographique est explicite dans la formule faite sienne "Mélodie en sous-sol", clin d'oeil au film d'Henri Verneuil qui porte ce titre. Quand Jean-Pierre Mocky entreprit le tournage de son film "Le mari de Léon" à Épernay, la Maison de Cazanove le soutint et en fut le partenaire, choix audacieux pour un film décapant, parti pris esthétique d'une maison ouverte à la création. Elle demeure aujourd'hui partenaire de la Comédie de Reims où se jouent des spectacles dramatiques et des concerts à l'occasion. Son lien évident avec les arts de la scène se manifeste aussi par le partenariat établi avec le "Salmanazar", le théâtre et centre culturel d'Épernay. La programmation est ainsi griffée à la marque Charles de Cazanove, confortant les liens fructueux entre champagne et arts.
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Et s'il est possible d'évoquer le coeur, le corps, l'esprit ou même l'âme pour décrire nos champagnes, il n'en est pas moins vrai que cette distinction s'opère également pour parler de Brahms, Tchaïkovski ou Debussy. Le pouvoir évocateur d'un vin de Champagne est aussi fort que celui d'une oeuvre musicale. Le répertoire privilégié du "Deutz Trio" se constitue de compositeurs du XIXème siècle et les trois disques diffusés sont de belles compilations romantiques. La force de l'inspiration s'adresse au coeur ; la perception demeure lyrique plus que cérébrale et c'est la passion qui en est le foyer. La même passion et la même force d'inspiration se retrouvent dans l'élaboration d'un Deutz. |
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| Propos recueillis par Frédérique Masson en 2000 |
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