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CHAMPAGNE : DES VIGNES
AU PLAISIR
Des moûts de raisins aux vins tranquilles
4ième étape du process d’élaboration du champagne
Une cuve pour chaque terroir
L'étape essentielle
de la vinification d'une grande Marque de Champagne réside dans
l'assemblage. Il s'agit d'entendre par assemblage
la réunion de plusieurs vins, dans le but de fournir au consommateur
la pérennité du goût qu'il apprécie dans sa
marque préférée. Cette étape délicate
peut faire penser à un grand orchestre au sein duquel chaque soliste
apporte au groupe ses propres qualités et assure une meilleure
harmonie.
Toutefois avant de se réunir, chacun
d'entre eux se doit de travailler pour trouver son identité. C'est
ce travail que va réaliser le moût de chaque cru à
partir des vendanges et jusqu'à décembre. Pendant cette
période, les différents jus (cuvée et taille) vont
évoluer et s'affiner en vue de l'assemblage
final ; tout cela bien sûr sous la surveillance attentive des oenologues.
| A) Les dernières corrections avant la
fermentation du moût |
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1) La chaptalisation
Avant la fermentation,
si la teneur du moût en alcool n'est pas assez élevée,
l'oenologue réalise une opération dite de "chaptalisation".
Il s'agit de rajouter au moût du saccharose pure (extraite de la
betterave ou de la canne).
Pour réussir la meilleure fermentation
possible, il convient d'obtenir un vin dont le degré d'alcool se
situe entre 10,5° et 11,5°. Ces taux ne doivent pas être
dépassés afin de répondre à la législation
qui autorise un degré maximum à la vente de 13°. Il
convient ici de tenir compte de 1,2° à 1,3° d'augmentation
de ce taux lors de la prise de mousse. Il est essentiel d'atteindre ce
niveau dans le but de permettre la fixation et l'expression des arômes
secondaires de fermentation.
Dans les années d'ensoleillement
exceptionnel, où le raisin se gorge de sucre, la chaptalisation
est parfois inutile.
2) Le contrôle de l'acidité naturelle
L'acidité naturelle des moûts
devra également être contrôlée pour contribuer
à l'aptitude au vieillissement et sauvegarder la fraîcheur
du vin. La correction de l'acidité naturelle se réalise par
des procédures oenologiques naturelles telles que la fermentation
"malolactique" qui transforme l'acide malique en acide lactique de manière
parfaitement naturelle.
3) Le levurage
Les agents de fermentation (ou levures
indigènes) naturellement présents sur la pellicule des grains
de raisins sont incomplets. Pour sauvegarder la qualité et la spécificité
de chaque vin, il faut assurer la prédominance des souches qui
concourent de la meilleure manière à son élaboration.
C'est pourquoi des levures naturelles, sélectionnées et
multipliées, sont ajoutées dans les cuves de moût
: c'est le "levurage".
Une souche de qualité a été
sélectionnée par les services techniques du C.I.V.C. Elle
est mise à la disposition de tous par le groupement des Laboratoires
Onologiques. Ces souches appelées scientifiquement Saccharomyces
cerevisiae sont utilisées soit directement avec dosage de 10
à 20 g/hl après réhydratation dans le moût,
soit par l'intermédiaire d'un levain préparé dans
du vin de réserve. De nombreuses Grandes Marques et Maisons cultivent
leurs propres souches de levures sélectionnées.
Cette première étape d'élaboration
du vin a permis d'observer deux phénomènes naturels, à
la fin desquels on obtient un vin "tranquille" ("nature" ou "clair"),
c'est à dire un vin blanc de Champagne non effervescent pouvant
être commercialisé sous l'Appellation "Coteaux champenois"
:
- le premier phénomène d'ordre
biologique consiste en la fermentation alcoolique, produite par la transformation
naturelle des sucres en alcool.
- le second d'ordre physico-chimique permet
d'aboutir à la clarification du vin après fermentation alcoolique.
Deux étapes qu'il convient à
présent de présenter de façon plus détaillée.
Première fermentation

Vidéo 1'05 min
B) La fermentation alcoolique
La fermentation alcoolique,
observée et utilisée depuis très longtemps, n'a trouvé
une explication rationnelle qu'au milieu du XIXème siècle
avec les travaux de Louis Pasteur. Il fut en effet le premier à
démontrer qu'elle n'était pas due à l'action de l'air
sur le sucre, mais à la présence de micro-organismes, notamment
les levures apportées par le vent. Revenons quelques instants sur
ce processus...
Les enzymes contenues dans les levures
décomposent les sucres naturels (glucose et fructose) et les sucres
éventuellement ajoutés en alcool éthylique, en gaz
carbonique et en produits secondaires. Cette réaction chimique,
que l'on peut définir comme un phénomène biologique
naturel, dure une quinzaine de jours et s'accompagne d'une forte production
de chaleur.
En 1815, Louis-Joseph Gay-Lussac pose l'équation
suivante : "Une molécule de sucre donne deux molécules
d'alcool éthylique et deux molécules de gaz carbonique,
ainsi qu'un fort dégagement de chaleur".
Appliquée au vin elle s'écrit :
"C6 H12 O6 + levures ---------> 2 C2 H5 OH + 2 CO2 + Q".
En 1860, Pasteur démontre que cette
réaction n'est valable que pour environ 95 % du sucre transformé
et qu'il se forme pour les 5 % restants des produits secondaires : glycérol,
alcools supérieurs, acide lactique, acétique et succinique,
esters supérieurs.
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Longtemps, la fermentation
alcoolique du moût s'est effectuée en pièces
ou en foudres de bois, dans des cuves en ciment verré ou
en acier émaillé. Elle a lieu, à présent,
le plus souvent dans des cuves en pur acier inoxydable thermorégulées
de 50 à 1.000 hl. |
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Cuverie de foudres
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Cuverie thermorégulée
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Les cinq ou six premiers
jours, la fermentation se traduit par une effervescence du jus de raisin
qui donne l'impression de bouillir, d'où l'expression "bouillage"
utilisée par les cuvistes. Ces remous sont provoqués par
la grande quantité de bulles de gaz carbonique qui remontent vers
l'orifice. Ces bulles entraînent avec elles des particules solides
qui forment une mousse importante. On doit donc prévoir, au remplissage
des contenants, un vide approprié.
Le vinificateur utilise alors différentes
techniques de régulation de la température, notamment par
la circulation d'un liquide frigorigène. Il doit maintenir constamment
une température de 16 à 20° C. pour favoriser une fermentation
régulière sans évaporation des arômes. Puis
le moût se transforme en un vin tranquille par transformation des
derniers grammes de sucre, opération qui se termine en deux semaines.
On complète alors le volume des cuves avec le même vin que
celui de chaque contenant, c'est le "ouillage".
Le suivi de la fermentation est réalisé quotidiennement
par des mesures de masse volumique et de température. On
doit aussi surveiller l'évacuation du gaz carbonique.
L'alcool s'intègre à
la masse du liquide et le transforme en vin à partir de 7
% vol. et 7,5 % vol. pour l'appellation contrôlée.
A la fin de la fermentation, les
vins sont soit laissés sur lies pour réaliser une
nouvelle fermentation dite "malolactique", soit soutirés
et clarifiés. |
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Cuverie Piper et Charles Heidsieck
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C) La fermentation malolactique
La fermentation malolactique
ou "rétrogradation malolactique" s'est répandue en Champagne
à partir des années 50, de même que l'emploi des cuves
de fermentation.
C'est un processus biologique qui consiste
en une transformation par voie bactérienne de l'acide malique du
vin en acide lactique, avec un dégagement de gaz carbonique. Cette
opération provoque une chute importante de l'acidité du
vin. Cela est dû au fait que l'acide malique est un diacide avec
donc deux fonctions acides, tandis que l'acide lactique n'en possède
qu'une : il y a ainsi rétrogradation de l'acide malique par décarboxydation
d'une de ses fonctions dont l'équation chimique s'écrit
:
"(COOH)² - CH2 - CHOH --------> CO2 + CH3 - CHOH - COOH"
Longtemps mal maîtrisée, cette
seconde fermentation, commencée juste après la fermentation
alcoolique, était arrêtée par les premiers froids
de l'hiver, puis reprenait au printemps dès que la température
remontait. Si le vin était déjà en bouteilles, il
devenait pétillant : on disait qu'il "travaillait" ou qu'il
avait "une montée de sève".
Bollinger, grand spécialiste de vinification
en tonneaux. |
Le vinificateur gère maintenant assez bien ce phénomène.
Il sait comment maintenir, après la fermentation alcoolique,
le vin à une température minimale de 18 à 20°
C. Il procède à des ensemencements bactériens
à base d'Oenococcus oeni lyophilisées.
L'activité de la fermentation
malolactique est moins intense, moins visible, mais plus longue
que celle de la fermentation alcoolique puisqu'elle demande quatre
à six semaines. Cette fermentation donne au vin moins d'acidité,
plus de souplesse, un affinement des arômes et assure une
grande stabilité future.
En revanche, les vins ayant conservé
leur acide malique sont plus frais, plus acides, plus fruités.
Ce sont des vins qui savent prendre des années sans prendre
de l'âge. C'est pourquoi certaines Maisons préfèrent
ne pas réaliser de fermentation malolactique.
Les fermentations alcoolique et malolactique
achevées, le vin est refroidi progressivement à 10
ou 12° C. Il reste ensuite à le clarifier. |
D) Différents procédés de clarification
L'action des levures sur
le moût provoque, dans le fond des cuves de fermentation, un dépôt
de lies.
Avant toute autre opération, il
faut procéder à un essai de tenue du vin à l'air
pendant 48 heures, afin de vérifier qu'il ne s'oxyde pas ou ne
brunit pas. On réalise ensuite une première dégustation
afin de détecter un éventuel "faux goût" et d'en apprécier
la teinte. Lorsque tous ces tests sont positifs, on effectue un premier
soutirage en novembre-décembre, afin de séparer le vin nouveau
de ses lies de fermentation. Par la suite, celles-ci sont expédiées
en distillerie pour élaborer de l'alcool (fine de Champagne).
Soutiré, le vin est encore rendu
opalescent en raison des matières en suspension. C'est pourquoi,
il doit être clarifié au moyen de l'une des trois techniques
suivantes ou de la combinaison de celle-ci :
- Le collage
Cette pratique très ancienne, remontant
aux Romains, consiste à introduire dans le vin une part de substances
exogènes issus de produits naturels. Ces composés protéiques
ont la particularité de floculer au contact des tanins. Ils entraînent
ainsi vers le fond les particules solides en suspension dans le vin. En
principe, 10 à 15 jours sont nécessaires.
- La filtration
La filtration vient parfaire le collage
ou s'y substituer. Elle consiste à faire passer le vin au travers
d'une masse poreuse pour retenir les particules indésirables par
deux phénomènes simultanés : le tamisage et l'adsorption.
On distingue plusieurs procédés différents qui sont
utilisés avec tact pour sauvegarder les caractéristiques
du vin.
- La centrifugation
Le dépôt des matières
en suspension est accéléré, lorsqu'il est réalisé
sous la contrainte de forces centrifuges. Les centrifugeuses classiques
(5 à 8.000 fois la pesanteur) et celles à haute performance
(14 à 15.000 fois la pesanteur) donnent d'excellents résultats
en un temps très court. Elles sont programmées, dans le
dessein de maintenir la limpidité du vin.
Les étapes de filtration et de centrifugation
ont l'avantage d'être rapides, mais elles nécessitent un
appareillage coûteux.
Arrivé à cette étape,
chaque vin a atteint une certaine maturité. Comme nous le disions
précédemment, chacun des solistes est préparé.
C'est effectivement à partir de ce moment que commencent les travaux
spécifiques au vin de Champagne. Si celui-ci peut-être élaboré
à partir des raisins d'un seul cru, il est le plus souvent le fruit
d'une sélection de vins provenant de plusieurs crus, cépages
et années. C'est ce travail d'union et d'harmonisation qui assure
une constance du goût; au fil des années. Cette étape
appelée "assemblage" est tenue de
faire des différents crus un "chour" harmonieux, qui permettra
d'atteindre la perfection voulue.
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