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Mme Veuve Clicquot (1777-1866)
invente le remuage avant dégorgement
La tendresse de la Veuve Clicquot pour
ses vins captifs
À tout seigneur tout honneur. Nicole-Barbe Clicquot-Ponsardin
(1777-1866) est et demeure pour tous "la reine du champagne" comme l'écrivait
Prosper Mérimée en 1853. Son château de Boursault
trône toujours au-dessus de la Marne, au milieu d'un bois, comme
un jéroboam dans son rafraîchissoir. II donne la démesure
du succès marchand de cette veuve industrieuse et exprime
assez le sentiment qu'elle en avait. Chacun en Champagne sait que
cette femme
à poigne issue de la meilleure société rémoise
se maria dans une cave en pleine Révolution, devant un prêtre
réfractaire. Chacun sait également que veuve à 27
ans, elle osa, au pire des rigueurs du blocus continental des guerres
de l'Empire, prendre la tête de la petite Maison
de champagne qu'elle
hérita de son mari. Son portrait en majesté peint au Second
Empire, à l'heure du triomphe, fait partie de l'imagerie champenoise.
La Veuve n'a pas l'air commode : son énergie et sa volonté
éclatent. Elle devait savoir mener son monde...
Impérieuse
femme à qui rien n'échappait se passionna - qui l'eut
cru ? - pour la technique encore balbutiante des caves. Et elle
le fit sur le point capital de l'élimination des lies, précieuses
pour le vin, mais indésirables pour qui le boit. "II se trouve
dans le vin une espèce de sable extrêmement léger",
écrit-elle. II lui arrivait, dit-on, de descendre la nuit
aux caves pour manipuler les bouteilles et réfléchir.
La dureté de son veuvage aurait en somme bien servi le vin
d'or ! La jeune femme aurait eu l'idée du remuage et du dégorgement.
Un manuel du sommelier de 1813 en formule le principe tout neuf.
On pratiquait jusque-là le dépotage qui consistait
à laisser les lies se déposer au fond des bouteilles,
et impliquait des transvasements de clarification semblables dans
leur principe à ceux que l'on pratique en cuve pour débourber
les moûts. Mais en bouteille, ces manipulations délicates
sont dommageables pour la mousse. |
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L'idée de mettre sur pointe
les bouteilles après vieillissement pour les remuer est simple,
mais elle est au sens propre renversante. Elle revient à faire
du goulot le fond, pour rassembler par gravité les lies au seuil
de la prison de verre et ainsi pouvoir, sans trop attrister le vin, séparer
de lui les compagnes de sa longue captivité, celles précisément
dont il a reçu les qualités qui le font aimer. II y a, sous
cette ingéniosité, de la tendresse. On raconte d'ailleurs
que dans un élan qui évoque la passion de Bernard Palissy
brûlant ses meubles pour cuire ses chers émaux, l'austère
Veuve ordonna un jour de percer de grands trous obliques dans le plateau
d'une belle table en bois fruitier pour y planter, le cul en l'air, des
bouteilles à dégorger. Elle avait inventé la première
table de remuage, l'ancêtre des pupitres obliques qui meublent les
caves champenoises, lesquels datent précisément de 1840.
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