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Vins de Champagne 8 juillet 1815 - 2 août 1830

La France se remet au travail et le vin mousseux de Champagne, malgré les difficultés auxquelles se heurtent son commerce, reprend sa progression, momentanément interrompue par les soubresauts de l'agonie de l'Empire.

Les gourmets qui, eux, ne l'avaient jamais abandonné, lui font fête, à commencer par le plus illustre d'entre eux, Brillat-Savarin, qui écrit dans sa Physiologie du goût : « Paladins invincibles jamais hélas ! jamais une captive aux yeux noirs ne vous présenta le champagne mousseux. Vous en étiez réduits à la cervoise ou au surêne herbé. Que je vous plains ! ».

Les dîners et soupers gourmands se multiplient, en général entre hommes. Le vin mousseux de Champagne y est de rigueur dans ces restaurants qui font la gloire de Paris et dans leurs homologues de province. Ces établissements accueillent aussi mondains et demi-mondaines pour ces agapes où « on fait sauter jeune fille et champagne » et qui peuvent se dérouler dans les « cabinets particuliers » qui deviennent à la mode et où le roi des vins est chez lui.

Pour ces « parties fines, gardez-vous, écrit Horace Raisson dans son Code gourmand, à moins d'une demande expresse, de mettre sur la table un autre vin que le champagne ! C'est celui des dames et surtout des amans. Il donne plus d'élan à la gaîté, plus de vivacité à l'esprit; il existe même la tendresse ».

Les actrices des théâtres parisiens « raffolent du vin de Champagne, pourvu que le vin de Champagne ne leur coûte rien... en argent, bien entendu ! Les rats de l'Opéra, surtout, se plaisent à passer des nuits entières au fond d'une bouteille champenoise... »

Cet engouement pour le vin mousseux de Champagne s'étend aux jeunes poètes et artistes impécunieux de la bohême romantique. Bien qu'il s'agisse pour eux d'une boisson d'un luxe peu abordable, ils en boivent avec leurs compagnes, au restaurant, si c'est un jour faste, mais le plus souvent dans leur mansarde.

Il n'est jusqu'aux Anglais qui, la paix revenue, peuvent s'adonner à nouveau, libéralement, à leur amour pour le vin mousseux de Champagne, avec un frein cependant : le niveau très élevé des taxes douanières frappant les vins français (plus de 55 % du prix de vente), malgré la fin des guerres avec la France.

Dans The Original, Thomas Walker se réjouit qu'une jeune génération d'amphitryons ait succédé à celle « qui avait débuté pendant la guerre, alors que le champagne était deux fois plus cher et qu'on le versait aussi parcimonieusement que des gouttes de sang ».


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