Avant de quitter la France, le tsar Alexandre Ier veut frapper
les esprits par une grandiose manifestation de prestige. Il invite
donc les souverains coalisés à une grande revue,
démonstration militaire et pacifique.
Dans le Camp de Vertus - Revue de l'Armée russe sur le
Mont Aimé, Henri Menunous en donne la description suivante
:
« La parade est prévue à la limite de la
Champagne viticole et de la Champagne pouilleuse, dans la plaine
crayeuse qui s'étend sous le Mont Aimé, sur lequel
se tiennent les personnalités. Les effectifs se montent
à 200.000 hommes, auxquels s'ajoutent les invités
et le personnel de servitude. C'est dire l'immensité de
la tâche des organisateurs, chargés de pourvoir à
la subsistance de cette multitude rassemblée à Vertus
et dans les localités avoisinantes. On saigne la région
à blanc, jusqu'à Épernay, Châlons, et même
Reims. Les réquisitions sont écrasantes; elles portent
sur les biens, mais aussi sur les hommes, dont 300 sont chargés
de niveler la plate-forme de la butte-témoin et d'y établir
une balustrade. Cinquante généraux et leur suite
logent à Avize. Le tsar, le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche,
le prince royal de Bavière, le duc de Wellington sont à
Vertus, ainsi qu'une foule considérable venue de Paris,
parmi laquelle on compte beaucoup d'Anglais...
« La table d'Alexandre Ier comporte jusqu'à 300
couverts, servis à la russe; elle est confiée à
l'illustre Carême, cuisinier en chef de la maison du tsar,
qui doit surmonter des difficultés sans nombre pour qu'elle
soit digne de sa réputation. « Le pays par lui-même
n'a aucune ressource, écrit-il dans Le Maître d'hôtel
français, les provisions que nous en tirâmes n'ont
pas suffi, aussi fûmes-nous obligés de tirer tout
notre matériel de la capitale ».