ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES DU CHAMPAGNE

13 - Mécénat Social



Evocation de la vie des Vignerons et Ouvriers
à l’époque 1900

Extrait du livre
« 100 ans d’Unité Syndicale 1904 – 2004
Publié par le Syndicat Général des Vignerons »
3e trimestre 2004 (Réveil de la Marne) page 24


Les Enfants choyés du Négoce

          …/… De leur côté, les ouvriers du négoce, qui dans leur grande majorité possèdent de petites propriétés, jouissent, dès cette époque, d'un statut professionnel extrêmement enviable. Associations mutuelles de secours, caisses de retraite fonctionnent dans la plupart des grandes Maisons : Pommery, Mumm, Clicquot, Walbaum, LuIing, Goulden ...
       

          Au faîte en matière de politique sociale, la Maison Moët emploie à temps complet plus de 1 500 personnes dans ses vignobles (+ 520 dans les services de production). Elle offre, outre les deux prestations citées précédemment, maisons ouvrières, assistance médicale gratuite, hôpital, hospice de vieillesse, prise en charge d'enterrements d'ouvriers, secours aux veuves et aux orphelins, maintien du salaire en cas de maladie professionnelle, distribution de vêtements d'hiver, prise en charge des naissances (sage-femme, layette...), vêtements de première communion. Des bons de nourriture sont versés chaque semaine. Une gratification annuelle est répartie proportionnellement au salaire. Des prêts d'honneur, à taux nul, sont consentis. La Maison Moët entretient également une école, une harmonie, un corps de sapeurs-pompiers...

          A une certaine époque, les liens vont être encore tissés plus étroitement sous forme d'un contrat de vente de raisin entre les salariés propriétaires et la Maison Moët. Admirée mais décriée aussi, notamment par la concurrence dans laquelle on peut compter certains vignerons employeurs de main-d'œuvre, admirée mais jalousée aussi par ceux qui voudraient bien accéder à ce statut privilégié, cette construction sociale exceptionnelle démontre les succès de Moët, venant confirmer que de telles voies pouvaient être copiées et diffusées plus largement dans le corps social.

          Les ouvriers du grand négoce côtoient les tâcherons au moment des grands travaux et pendant les périodes de presse. Ceux-ci se louent à la semaine sur les places de Damery, d'Epernay et d'Ay. Ils peuvent ainsi aller jusqu'à travailler de 200 à 250 jours par an. Beaucoup d'entre eux sont « un peu vignerons », « un peu agriculteurs » et ils complètent ainsi leurs revenus. Mais si les salaires qu'ils reçoivent sont très honnêtes, ils sont loin de ceux des « privilégiés » du négoce. Ils se consolent en affirmant bien haut que jamais ils ne tomberont dans cette servitude dorée.
… /…

 

Suite du livre : De folles espérances