Emploi : susciter des vocations dans le vignoble



Le secteur vitivinicole, comme le bâtiment ou la restauration, manque de bras. Un paradoxe alors même que l’économie du champagne est florissante, que les emplois y sont pérennes… Un travail de fond auprès des jeunes et des demandeurs d’emplois, en particulier, a été engagé pour remédier à cette situation. Le Syndicat des vignerons y participe très activement. Cela devrait porter ses fruits.

« Toute la profession doit se mobiliser pour faire passer le message, avec enthousiasme et passion autour du nom champagne, un nom magique, un produit noble… Le propos est résolument optimiste. Nous l’avions entendu fin octobre sur le VITeff 2005, du côté de l’espace « Le champagne, une effervescence de métiers », lequel portait bien son nom. Il y avait une belle animation dans les parages du Millésium. De multiples démonstrations étaient faites, en live, par des jeunes issus d’organismes de formation, venus en force à cette occasion.Juste à côté, des informations ciblées étaient proposées aux collégiens, lycéens, étudiants, chômeurs et autres, déambulant sur le stand des partenaires institutionnels. Tous étaient là, en ordre de bataille pour l’emploi.Une grande première.
Une véritable synergie s’est créée, se réjouissait d’ailleurs sur place Martine Serveaux. Pour la vice-présidente du Groupement des employeurs, une émanation du SGV forcément en première ligne sur ce dossier, il s’agit-là d’une grande cause économique et sociale. Plus personne désormais ne peut, en Champagne, sous-estimer ni ne doit remettre à plus tard ce problème de fond. En effet, on jauge, hors vendange, à un demi-millier de personnes les besoins en actifs actuellement exprimés dans les vignes et dans les caves. Qui plus est, de nombreux départs à la retraite se profilent dans les exploitations près de mille salariés de moins entre 2005 et 2010, selon les statistiques établies par la MSA (970 départs très précisément uniquement pour la Marne). Grosso modo un cinquième des effectifs actuels ! Autant de compétences et de savoir-faire qui risquent de disparaître si la ressource humaine ne se renouvelle pas rapidement, si le relais n’est pas assuré. L’appel à la mobilisation relayé sur le VITeff est donc plus que jamais d’actualité.

 

Bourse de l’emploi en ligne

Le vignoble a pris conscience de ce problème de « pénurie de main-d’oeuvre » qui le touche aujourd’hui, au même titre que d’autres professions dites « en tension ». Il s’attache – deux enquêtes récentes à l’appui – à comprendre cette étrange inadéquation : les offres d’emplois restent ici nettement supérieures à la demande. Pourtant, la région n’échappe pas au chômage. Certes, au centre géographique de cette problématique, le bassin d’Épernay dénombre moins de demandeurs d’emploi que d’autres bassins économiques (de l’ordre de 6,5 %, le taux de chômage est ici inférieur aux moyennes nationale et régionale), mais il serait dommageable de se reposer sur de prétendus lauriers. Il n’y a pas de temps à perdre pour stimuler les recrutements. Notre rôle est autant de motiver les employeurs que d’attirer des jeunes vers des métiers qualifiés. La formation est essentielle et il faut que tout le monde joue le jeu. Je pense que c’est bien parti, commente Martine Serveaux. La Bourse de l’emploi mise en place à l’occasion du VITeff et, parallèlement, en ligne sur Internet en partenariat avec l’ANPE, tient toutes ses promesses, à la grande satisfaction de Christian Goutorbe, président du Groupement des employeurs. Quelque 150 offres d’emplois, en CDI uniquement, ont été formulées via ce canal depuis l’automne dernier. À fin février 2006, 82 avaient été satisfaites, soit plus de 50 %. Un encouragement à poursuivre dans cette voie. D'ailleurs, le 21 mars, un contrat Service qualité a été signé entre le SGV et l'ANPE d'Epernay.

Bouchées doubles

C’est la preuve qu’en y mettant quelques moyens, de la volonté et de l’énergie, on peut attirer des personnels et pourvoir ces emplois dits d’exécution dans le vignoble (94 % des emplois en vitiviniculture). La preuve également qu’on peut changer l’image négative qui semble prévaloir aujourd’hui parmi le public visé. Pour accentuer ce travail de fond, le SGV et ses partenaires mettent les bouchées doubles. Ainsi, et comme l’an passé, le Syndicat était représenté sur le Forum des métiers de Châlons-en-Champagne, début février. Plusieurs professionnels ont pris place sur le pôle « emploi nature » aux côtés des équipes du lycée d’Avize et de la maison familiale de Gionges, notamment, de manière à faire connaître les métiers de la vigne et du vin. Des mini-conférences sur l’emploi en vitiviniculture ont été proposées, au cours desquelles ont été abordées, sans tabous, les questions des débouchés, de la convention collective ou des salaires. Avec les primes de vacances et de fin d’année, la rémunération est correcte dans le vignoble. L’accès à la complémentaire santé n’est pas à négliger non plus. Nous offrons des garanties dans un emploi stable et fixe et les carrières sont évolutives, martèle Martine Serveaux.
Concernant la sensibilisation des jeunes, l’action passe par le dispositif GPE (gestion prévisionnelle de l’emploi) visant à faire connaître les métiers viticoles auprès des prescripteurs d’orientation (chefs d’établissement, conseillers…), d’abord. Nous travaillons sur le sujet avec les chambres d’agriculture de l’Aisne, de l’Aube et de la Marne. Cela débouchera au cours du printemps sur des visites d’exploitations, des réunions et la création d’un DVD avec les jeunes des collèges. Rien ne remplace le témoignage de ceux qui sont en activité et qui vivent pleinement leur métier. Nous pensons que c’est la meilleure façon de susciter des vocations, argumente Martine Serveaux. La vice-présidente du Groupement des employeurs plaide pour intégration épanouissante des personnels au sein des exploitations et en profite pour mettre en garde contre un recours mal contrôlé aux prestataires extérieurs. Le phénomène monte en puissance. Nous devons être vigilants face à cette pratique car le risque existe d’une détérioration de l’image du métier, conclut-elle.


CONTRE LES IDÉES REÇUES…

Pourquoi les candidats aux métiers du vignoble sont-ils si peu nombreux, si peu motivés et peu ou pas qualifiés ? Face à ces questions récurrentes, des enquêtes ont été menées ces derniers mois tant auprès des scolaires, des demandeurs d’emploi que des salariés du secteur d’activité eux-mêmes. Les aléas du travail au plein air, la pénibilité, l’image négative des métiers manuels, des responsabilités limitées, la faible évolution des carrières et le niveau de rémunération, etc., sont souvent avancés et constituent des freins. Face à ces idées reçues, nous nous employons à rectifier les choses, à montrer les atouts de ces métiers, explique-t-on au SGV. L’argument massue, c’est avant tout la présence de débouchés réels, immédiats, multifacettes et la pérennité des emplois offerts. Le vignoble n’est pas délocalisable, c’est une évidence. Concernant la saisonnalité que personne ne peut nier, elle peut être vécue comme une chance puisqu’on ne fait jamais le même travail, qu’il est possible de passer à des tâches dans les caves quand le temps se gâte trop dehors. Comparé à d’autres métiers, la rémunération est correcte fait-on valoir aussi, tout en évoquant la fierté qu’il y a à participer à l’élaboration d’un produit noble et festif comme le champagne. Quant à la pénibilité, elle se réduit avec les avancées techniques comme les sécateurs électriques et le travail de lierie désormais effectué assis sur des chariots.

 

Philippe Schilde
La Champagne Viticole n° 712, avril 2006 l’actualité en Champagne