| Les
Maisons de champagne n'ont pas attendu leur regroupement syndical
en 1882 pour se préoccuper activement de la situation sociale
des familles de leurs salariés. Chacune rivalisait avec les
autres pour développer un mécénat
social progressiste et paternaliste dont le bilan permet d'affirmer
qu'à cette époque déjà, les salariés
des Maisons bénéficiaient d'employeurs généreux
et d'un statut social plus avantageux que les autres.
|
|
Dès
1886, le statut social des
salariés a fait partie des préoccupations des Maisons,
date à laquelle elles participent financièrement à la création
d'une Société de Secours Mutuel des Ouvriers des Caves de
Reims (elle existe encore sous le nom de Corporation
des Tonneliers & Cavistes). |
En
1919, deux commissions de dialogue paritaire voient le jour,
l'une à Reims, l'autre à Épernay, car chaque localité se
différenciait par ses salaires et avantages sociaux. Celle d'Épernay
était présidée par Robert-Jean
de Vogüé, Président de la Maison Moët & Chandon
qui a obtenu la médaille d'or de l'exposition universelle de 1900 en y présentant l'ensemble de ses activités sociales : service médical
gratuit, aides financières aux malades, aides aux familles, logements,
prêts sociaux, jardins, assistance juridique, retraite...
Les
troubles sociaux de 1936 qui ébranlèrent la plupart des secteurs
industriels français furent épargnés aux vins de Champagne grâce
au dialogue constructif entre les employeurs et les représentants
des salariés. Ceux-ci sont convenus du premier "contrat
collectif" définissant le statut social des salariés travaillant
dans les Maisons de Champagne. C'étaient les prémices d'une "Convention
collective" dont l'usage ne se développera dans les autres secteurs
d'activité que dans les années 1950 et qui constituent encore
de nos jours le socle du dialogue social en France.
La
triste période 1940-1945 eut pour effet de
renforcer les liens établis entre employeurs et représentants
des salariés au sein de la Tripartite du champagne.
Certains syndicalistes firent ainsi courageusement front à
l'occupant nazi en novembre 1943 en appelant les salariés
du champagne (par un tract
resté dans les mémoires) à une grève
visant à défendre le Président de la
Maison Moët & Chandon, Robert-Jean
de Vogüé, qui avait été arrêté.
Il sera déporté en novembre 1943. Parmi les
leaders historiques des salariés du Champagne, figurent
Gaston Martin et
Maurice Leflond qui furent à l'origine du dialogue
social fructueux avec les employeurs du Champagne depuis 1936. |
|
|
Après guerre, la Commission Tripartite améliorera
régulièrement le statut social des salariés
du Champagne pour atteindre progressivement un niveau très
avantageux tant en rémunérations (salaires et primes
: fin d'année, vacances, etc.) qu'en avantages sociaux (retraite,
garanties en cas de maladie, hospitalisation, arrêt de travail,
décès etc.).
En
mai 1981, les avantages particuliers dont bénéficiait
chaque catégorie de salariés par application de 4
textes différents en vigueur pour les Ouvriers des
Vignes, leurs Agents d’Encadrement, les Ouvriers des caves,
et les Maitrise-Employés- Cadres de bureaux, ont pu être
unifiés dans un texte unique intitulé "Statut Social
des Salariés du Champagne". Il est utilement venu remplacer
et harmoniser tous les textes antérieurs à la satisfaction
générale des salariés et plus encore des services
chargés de les appliquer dans les Maisons.
Dès
1986 cette Convention Collective Champagne CCC
a été rendue obligatoire dans toutes les entreprises
d'élaboration de Champagne (adhérentes ou non de
l'Union des Maisons de Champagne) par le décret des Ministères
de l'agriculture et des affaires sociales du 6 juin. De nombreux
avantages sociaux ont été négociés
et ajoutés telle l’anticipation possible de la retraite
pour les salariés ayant commencé à travailler
très jeunes qui fut accordée en champagne avec 15
ans d’anticipation sur les dispositions légales de
2003. Des extensions de la prévoyance sociale ont été également
convenues conjointement à des revalorisations des salaires
minimum.
En
fin de siècle dernier, les employeurs ont été amenés à s’adapter
aux nouvelles attitudes de leurs partenaires, en mandatant pour
les représenter aux négociations de la Tripartite,
un spécialiste reconnu pour ses compétences en matière
de dialogue social, sans être Président ou Dirigeant
d’une Maison de champagne. Ce nouvel usage permit de
- maintenir
la cohésion entre toutes les Maisons
en sauvegardant pour leurs salariés des avantages particulièrement
généreux de la Tripartite.
- parvenir à conclure
de nouveaux accords (tel en 1999 celui des 35heures de travail
effectif sans baisse de rémunérations).
En ce début de 21ème siècle,
la concertation entre employeurs et salariés s'est généralisée.
Chaque Maison entretient des relations directes avec les représentants
de ses salariés dans l'entreprise, avec le souci d'une relation
personnelle avec chaque salarié permettant son épanouissement
dans son travail et sa promotion sociale par la formation professionnelle.
La concertation Tripartite entre employeurs et syndicats
de salariés se perpétue pour actualiser le statut
social minimum obligatoire dans toutes les entreprises dont l'activité principale
est d'élaborer et/ou de commercialiser du Champagne. La
Tripartite se réunit au moins une fois par an pour négocier
le niveau des barèmes de salaires et des avantages sociaux
dont bénéficient, à titre de minimum obligatoire,
tous les salariés concernés (sans préjudice
d'un statut plus avantageux éventuellement convenu par
un dialogue interne aux Maisons).
La
Commission Tripartite du Champagne regroupe 3 délégations représentatives
:
- de tous les employeurs
dont l'entreprise exerce, à titre principal, une activité de champagnisation
et/ou de commercialisation de vins de Champagne (APE 15.9 F et G)
dans l'aire d'AOC Champagne,
- des 5 syndicats représentatifs
des salariés du régime vinicole général SS,
- des 5 syndicats représentatifs
des salariés du régime viticole agricole MSA
(CFE-CGC, CGT,
FO, SGA-CFDT, SMECC).
Le détail
des accords convenus
en Commission Tripartite du Champagne
qui constituent la Convention
collective |
|
|
La
synthèse des salaires et avantages sociaux
des salariés des Maisons |
|
Se
sont succédés à la Présidence de la Commission Tripartite du Champagne
:
1930-1940 Robert-Jean
de Voguë (Moët & Chandon)
1942 René
CHAYOUX (Ayala)
1956 Christian
HEIDSIECK (Charles Heidsieck)
1966 François
d'AULAN (Piper Heidsieck)
1973 Paul
BERGEOT (Besserat de Bellefon)
1986 Michel
KAIQUE (Piper Heidsieck)
1998 Alain
THIENOT (Thiénot)
1999 Claude
FOURNIER
2005 Patrick
MOLLIEN (Laurent-Perrier – Mumm & Perrier-Jouët)
|