L'horloge et le carillon
de la cathédrale, qui sonnent à nouveau depuis le 5 décembre
1988 grâce au Mécénat des Vignerons et Maisons de Champagne,
sont inséparables de la vie liturgique dont le chapitre avait
la charge.
L'HORLOGE ASTRONOMIQUE
Les documents signalent la présence d'une sonnerie
dans la cathédrale dès le XIVème siècle. L'horloge que nous
voyons est plus récente (XVème) et n'est en place que
depuis le XVIIème. En tournée pastorale dans les Ardennes
en avril 1645, l'archevêque de Reims Léonor d'Etampes de Valençay,
accompagné de quelques chanoines, s'arrêta à la
Chartreuse du Mont-Dieu. C'est là qu'ils découvrirent
cette horloge de belle taille, inutilisée parce que les religieux
n'avaient pas les moyens de la réparer. Le chapitre de Reims
en fit alors l'acquisition pour la somme de 1 000 livres.
Son arrivée dans notre ville attira de nombreux curieux.
Il dut y
avoir d'abord une restauration sommaire puis le 20 mars 1668
fut conclu un marché avec le serrurier Jean Leblanc pour l'établissement
d'un nouveau mécanisme. Il en coûta 300 livres pour les trois
mouvements nécessaires aux minutes, aux sonneries et à la
lune. Le chanoine délégué à la surveillance des travaux n'était
autre que François Maucroix (chanoine de 1646 à 1708), l'ami
de La Fontaine et de bien d'autres poètes pas toujours très
catholiques. Je ne sais s'il aimait entendre cette horloge
à matines... depuis que je suis tombé par hasard sur ces cinq
vers "Belle chanoinesse De Saint-Augustin Vous vous levez
trop matin. Un peu de paresse Repose le teint."
L'horloge
fonctionna bien pendant plus d'un siècle. En 1775, année du
sacre de Louis XVI, l'horloger Homs la répara pour 500 livres.
La Révolution
l'épargna. En 1873, il fut demandé à l'horloger beauvaisien
Vérité, créateur de l'extraordinaire horloge astronomique
de cette ville, de remplacer complètement le mécanisme, couplé
avec celui du carillon .
L'ancien
fut démonté et transféré dans les greniers de l'Hôpital Saint-Marcoul
où il disparut pendant la Première Guerre Mondiale. L'horloge
n'eut pas trop à souffrir du conflit ; au printemps 1918,
on mit en lieu sûr le mécanisme et l'essentiel de la boiserie,
ne laissant sur place que l'encorbellement et les deux côtés
plats. Le coffre fut réparé pour les fêtes de 1938 et un mécanisme
moderne, avec des poids remontant automatiquement par des
contacts électriques, a été réalisé par la maison Ungerer
de Strasbourg, celle-là même qui fit la réparation en 1988
(avec un mécanisme désormais indépendant du carillon ).
Les strasbourgeois
sont des connaisseurs en matière astronomique et notre horloge
est une horloge astronomique. Au-dessus du cadran, une sphère
mobile, à moitié peinte en bleu nuit semé d'étoiles, à moitié
argentée avec l'image d'un visage, indique les phases de la
lune. L'année lunaire est déterminante pour le calendrier
liturgique, le comput ecclésiastique, puisqu'on célèbre Pâques
le dimanche qui suit la pleine lune après l'équinoxe de printemps.
La date de Pâques fixe l'entrée en Carême d'une part, l'Ascension
et la Pentecôte d'autre part, c'est dire son importance pour
la vie de l'Eglise.
Le buffet
de l'horloge, orné de trilobes et de quadrilobes, surmonté
de gâbles entourés de clochetons, appartient au style gothique
rayonnant (hauteur 11m33 ; largeur 3m33).
LE CARILLON ET SON
MECANISME
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"La musique ne cesse ni de jour ni de nuit à la
cathédrale, car à chaque heure, à chaque demi-heure, un carillon
sème dans l'atmosphère des airs sacrés ; avant que l'heure
ne sonne, il annonce toutes les divisions de l'heure avec
la voix argentine de ses petites clochettes, comme un portail
tout fleuri d'ornements annonce et devance une cathédrale,
comme une brillante colonnade précède un palais" ; ainsi
s'exprimait l'archéologue Didron dans la Chronique de Champagne
de 1838.
Depuis, les
insomniaques de notre société stressée ont eu raison du carillon
qui doit se taire la nuit. Grâce au Mécénat des Vignerons
et Maisons de Champagne qui lui a rendu la voix, il continue
à nous dire, chaque jour, que le temps appartient à Dieu,
nous rappelle par ses hymnes le calendrier liturgique et invite
les fidèles Rémois à s'associer à la prière célébrée
dans la cathédrale.
D'après le
chanoine Coquault, il y avait au XVIIème siècle un carillon
d'intérieur, vraisemblablement associé à l'horloge. Il aurait
été supprimé vers 1750 et mis à l'extérieur où il n'y avait
qu'une cloche, Jacquette, pour donner l'heure et sonner l'ouverture
et la fermeture des portes du cloître. En 1754 une nouvelle
cloche fut fondue pour les heures, Jeanne-Françoise, du nom
de Jean-François Rogier, lieutenant des habitants. Forte cloche
d'1m33 de diamètre, elle devait être entendue jusqu'aux extrémités
des faubourgs, de même que la cloche des demies, plus petite
mais d'un son très perçant. D'autres clochettes constituaient
un carillon installé dans la tour sud au-dessus des bourdons
; les poids pendaient entre les contreforts. Après l'abandon
d'un projet de transfert dans le clocher à l'ange, le carillon
fut installé en 1772, moyennant plus de 4 000 livres, à la
croisée du transept, à la place d'une fleur de lys qui ne
fut jamais refaite après l'incendie de 1481. La grosse cloche
est encore aujourd'hui surmontée d'une boule de plomb vraisemblablement
destinée, à l'origine, à porter une fleur de lys.
La Révolution
détruisit ces symboles de l'Ancien Régime mais respecta le
carillon au prix, certainement, d'un changement de répertoire...
Des retaurations du XIXème siècle, il faut surtout retenir
l'intervention de Vérité en 1873 qui mit le mécanisme du carillon
en communication avec l'horloge intérieure.
Le carillon
ne survécut pas à la catastrophe du 19 septembre 1914 et ce
que nous entendons actuellement est une reconstitution due
à la générosité de John Rockefeller et à l'ingéniosité de
la maison Ungerer.
La grosse
cloche des heures qui a gardé le nom de Jeanne-Françoise,
est à peine plus petite que l'ancienne : 1m20 de diamètre,
1200 kg. Elle donne le mi. Sa petite soeur Clotilde donne
à la demie le mi à l'octave (0,68 m, 200 kg).
La
générosité de John Rockefeller
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