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Sans la cathédrale
de Reims, l'image des Champagnes ne serait pas ce qu'elle est devenue
aujourd'hui.
Avant d'être reconnu
comme le Roi des vins, les Champagnes se contentent longtemps de
n'être que le vin des Rois. Il coulait à flots à l'occasion des
sacres depuis le couronnement en 1374 de Charles VI de Valois. C'était
là un bon départ. Avec cette prestigieuse référence, il s'avéra
facile d'en gagner d'autres. Les Champagnes pouvaient, dès lors,
sortir de leurs frontières régionales et entamer une expansion qui
s'est poursuivie au fil des siècles.
Présentant cette
complicité à venir entre la cathédrale
et notre grand vin, les artistes du Moyen-Age ont rendu un hommage
appuyé à la vocation viticole de notre province. Des
pampres de vigne décorent chapiteaux et balcons du plus célèbre
des monuments gothiques, pendant que l'ange du porche
gauche de sa face ouest contemple avec un attendrissement gourmand
la coupe de vin qu'il s'apprête à consommer.
Puisque la cathédrale
a donné au Champagne ses lettres de noblesse, nous avons contracté
envers elle une reconnaissance que le temps ne peut éteindre. Aussi
n'est-ce que justice si, en maintes occasions, Vignerons et Maisons
sont venus ajouter leur pierre à l'oeuvre des premiers bâtisseurs.
Paul Valéry a écrit
de la mer qu'elle était "sans cesse recommencée". Ainsi en
est-il de la restauration de la cathédrale,
tâche permanente qui, à chaque génération, sollicite notre aide.
Non contents de
venir verser leur sang pour nous libérer des occupants, nos
alliés américains ont
fait preuve de générosité en finançant
les recontructions. Notre gratitude va plus particulièrement
vers la Fondation Rockefeller à laquelle la Cathédrale
actuelle doit tant !
Vignerons et Maisons
de Champagne sauront suivre ce bel exemple. En contribuant à la
préservation d'un des biens les plus précieux de notre patrimoine
national, ils permettent que l'on y chante avec force la gloire
de Dieu et, pourquoi pas, "mezza voce", celle des Champagnes
?
Claude
TAITTINGER
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