Tracteur enjambeur Ballu

En 1947, l’AVC (Association Viticole Champenoise) organise un concours doté d’un prix de 500 000 frs (23 000 euros) pour l’invention d’un tracteur adapté aux vignes. Messieurs R. Giraud, Georges Vidal et Vincent Ballu sont en compétition.

…/… Le tracteur Ballu est d’une conception différente et, à première vue et en toute impartialité, plus séduisante. C’est un appareil du type tricycle enjambant deux rangées de vigne. Le chassis est construit en tôle d’acier soudée à l’arc électrique qui donne une parfaite rigidité. Il est équipé d’un moteur Citroën 4 cylindres de 1,6 l de cylindrée, consommant 4 à 5 litres d’essence à l’heure. Il a quatre vitesses en marche avant et une vitesse en marche arrière.
La transmission se fait sur les deux roues arrières, montées sur pneumatiques agraires (900 x 36) d’un diamètre extérieur de 1 m 40, et au moyen de chaînes enfermées dans un carter en tôle d’acier soudée. Le pont a un dégagement de 1 m 20, ce qui permet de passer au-dessus des ceps en toute saison et l’empattement est de 1 m 80. La voie de l’appareil est de 2 m 20, mais pourra varier suivant les modèles adaptés aux distances de plantation. L’encombrement dans chaque «route» est au maximum de 0 m 40.
A l’avant, se trouvent deux roues jumelées directrices montées sur pneumatiques 250 x 16. Le rayon de braquage est égal à la voie de l’appareil.
Avec sa boîte de vitesse très démultipliée, le déplacement peut atteindre 25 kms à l’heure avec une charge remorquée de 6 tonnes.
Tous les travaux de labour peuvent être exécutés sur trois routes à la fois, ce qui donne un rendement jusqu’ici inconnu. Dans les conditions des essais (vigne plantée à 1 m 10, longueur des rangées 300 m), l’appareil permet le débuttage d’un hectare en 1 heure ½ et les façons superficielles en un temps encore moindre. Le constructeur s’est efforcé d’adapter les instances de culture au tracteur, aux terrains et aux travaux. C’est une condition essentielle pour que le tracteur soit utilisable. La mise au point est très délicate, l’outillage présenté à été fort bien conçu, mais doit être encore amélioré. Dans les deux «routes» extérieures, il est adapté immédiatement derrière chaque roue enjambeuse et dans la route médiane, le système d’attelage reporte en avant et au-dessous du moteur le point de traction, ce qui contribue à donner de la stabilité.
L’ensemble est relevé par un treuil commandé par une prise de force placée sur la boîte de vitesse.
Un appareillage porté pour les sulfatages a été conçu. Un réservoir de 400 litres se plaçant à l’avant et en dessous de l’appareil, n’exige aucun encombrement et augmente la stabilité. L’installation permet de traiter 5 rangs de ceps simultanément. En harmonisant la pression avec la vitesse, il sera possible de réaliser une bonne pulvérisation à 7 et 8 kms à l’heure, c’est-à-dire de traiter 3 hectares à l’heure.
En résumé, le tracteur Ballu est d’une conception nouvelle et hardie. Le constructeur a le grand mérite d’avoir cherché et réussi dans les grandes lignes à adapter véritablement un appareil et ses instruments de culture au vignoble champenois et aux conditions de travail. Ce prototype, avec les quelques améliorations qu’il est appelé à subir, aura une aire d’utilisation assez étendue. En coteau, il semble qu’il puisse travailler la vigne sans risque jusqu’à 20 % de pente ; il peut faire tous les charrois. Son prix ne dépassera pas vraisemblablement la valeur de 2 à 3 chevaux. C’est un appareil qui sera donc rentable, même dans les petites exploitations. ../…

Extrait du journal de l’AVC « Le Vigneron Champenois » mai 1947