Tract d'appel à la grève diffusé par l'INTERSYNDICAT de salariés du Champagne à la suite de l'arrestation du Comte Robert-Jean de VOGUË au méprit des risques majeurs de représailles des autorités d'occupation nazie pouvant aller de l'emprisonnement à l'envoi en STO ou en déportation.
Reims, le 26 novembre 1943

Camarades,

      Depuis plus de trois années, la Commission Tripartite du Champagne a réalisé des oeuvres dont vous avez, les uns et les autres, profité selon vos besoins.

      C'est ainsi que les familles de nos prisonniers et de nos requis ont été à même de juger de l'efficacité de l'oeuvre entreprise en leur faveur. Cette oeuvre n'a été possible et réalisable que grâce à la compréhension et à l'activité d'un patron qui en tout temps, dans notre région, s'est penché sur les problèmes sociaux ouvriers, et avec lequel nous avions déjà eu de fréquents rapports pour la constitution de notre convention collective.

      S'il vous a été possible d'obtenir, malgré la loi, des augmentations de salaires et des avantages, c'est grâce à l'autorité et à la compétence de ce patron.

      Aujourd'hui encore la Commission Tripartite, sous l'impulsion de cet animateur, examine le projet d'une réassurance garantissant à tous un sursalaire en cas d'incapacité de travail et le paiement d'un capital en cas de décès.

      Ce travail entrepris risque d'être réduit à néant du fait de l'arrestation par les autorités occupantes de ce patron, qui s'est révélé jusqu'à maintenant comme un patron social et compréhensif des aspirations ouvrières, et dont l'action se fait sentir dans toute la Corporation.

      Cette arrestation venant au moment où nous discutions d'une demande d'augmentation des salaires et de l'amélioration du sort des ouvriers cavistes, nous estimons de notre devoir de protester énergiquement contre l'arrestation de Monsieur Robert-Jean de VOGUË, Délégué Général du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne et en même temps Gérant de la Maison Moët & Chandon.

      A cet effet, nous vous demandons, à titre de protestation de cesser le travail à partir de lundi prochain, 29 courant.

      Nous vous prions néanmoins de vous rendre à votre poste habituel, d'éviter toute espèce de manifestation, mais de ralentir la production tant que Monsieur R.J. de VOGUË ne sera pas remis en liberté et qu'il ne nous sera pas possible de reprendre avec lui les discussions en cours.

 
Pour l'Intersyndicat du Champagne
Maurice LEFLOND
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