1994 - 2007
Treize ans d'Histoire de la Champagne
en vingt-cinq discours du Président Yves Bénard



Yves Bénard
Préface
par Patrick Le Brun
Président du SGV

Pour tous les Champenois, qu’ils soient d’hier, d’aujourd’hui ou encore de demain, le témoignage d’Yves Bénard est essentiel, certes du point de vue de l’histoire de notre région, mais plus encore des enseignements qu’il nous livre sur ce merveilleux produit qu’est le champagne dont la finesse et la complexité gustatives n’ont rien à envier au doigté et à la diplomatie avec laquelle il convient de piloter la région.

Au travers des discours ici rassemblés, nous parcourons presque quinze vendanges, qui sont autant de naissances : toujours espérées, parfois avec appréhension, et, avec le recul du temps, toujours célébrées. Mais c’est une période complexe qu’Yves nous fait parcourir : de la « gueule de bois » du début des années 1990 à l’explosion du début du nouveau millénaire. Avec lui, nous cheminons, de la terre à la bulle, certains que ces voyages ont formé, et formeront encore, notre jeunesse.


 Yves Bénard est parfaitement à l’image de notre région et de ses produits. Par un clin d’œil de l’histoire, il naît à Boursault, au cœur de la Champagne, l’année même où Jean-Michel Ducellier entre dans la profession champenoise. Il est issu d’une famille de récoltants manipulants, dont il se plaît à rappeler qu’elle a toujours eu la sagesse d’alimenter les Grandes Marques en raisins… Une prémonition ? Plutôt déjà la conscience claire qu’en Champagne, les destins des Maisons et des Vignerons sont indissociablement liés.

Car c’est parmi les Maisons qu’Yves va cheminer, repéré « au berceau » par Robert-Jean de Vogüé, qui l’engage chez Moët & Chandon. Un choix judicieux pour une remarquable fidélité professionnelle. Cette orientation lui fait abandonner la carrière sportive qui, l’espace d’un instant, l’a tenté. Mais finalement, la profession champenoise n’est-elle pas, sous une autre apparence, une carrière tout aussi sportive, mariant la vivacité de l’esprit et de la réflexion à la sagesse du coureur de fond ?

Brillant au sein de son entreprise, qu’il porte au firmament des marques de champagne, Yves Bénard met la même énergie au service de sa profession, que ce soit en Champagne, lorsqu’il succède à Jean-Michel Ducellier, dès 1994, ou lorsqu’il préside Entreprises de Grands Vins de France de 1998 à 2002. Sans jamais oublier son attachement profond à la Champagne et au champagne.

Car la grande force d’Yves Bénard réside peut-être dans sa légitimité indiscutable pour tous ses interlocuteurs champenois : une sorte de droit du sol que ses propos confirment chaque jour auprès de tous ceux qui veulent bien, non seulement l’écouter, mais aussi l’entendre.

Ce recueil de discours qui nous est proposé en est une claire manifestation, presque troublante quand on en parcourt certains fragments en se disant qu’on pourrait presque les reprendre mot pour mot quinze ans plus tard. De l’histoire ? Décidément pas, ou alors une histoire en marche, qui continue chaque jour d’éclairer notre route, si l’on veut bien se donner la peine de la relire.

« La pédagogie, c'est reprendre pour se faire comprendre » disait un ministre québécois. C’est assurément un principe qu’Yves Bénard a mis en œuvre au cours de ses années de présidence. Plusieurs thèmes rythment ses propos, année après année, comme autant de convictions qu’il convient de répéter inlassablement à tous les auditoires, qu’ils soient Maisons ou Vignerons :

- La recherche de la qualité, véritable quête incessante et jamais achevée, car le mythe champagne ne peut se nourrir que d’excellence. Cette qualité est fondatrice de la réputation du champagne. Elle est une condition indispensable dont dépend directement toute la prospérité de notre profession. Cette exigence de qualité se retrouve prolongée dans l’image du produit et sa traduction économique, les efforts de valorisation que tous las acteurs doivent, ensemble mais aussi séparément, mettre en œuvre ;

- L’avenir de la Champagne est dans les mains des Vignerons et des Maisons. Il leur appartient de se positionner comme des partenaires plutôt que des concurrents, avec pour objectif de prolonger ce qu’ils ont reçu, en veillant à assurer la répartition équilibrée des fruits de l’appellation à long terme plutôt que de se déchirer pour leur profit à court terme.

- Enfin, la Champagne n’est pas à l’abri des difficultés que connaissent, périodiquement, d’autres régions ou d’autres secteurs. Sa principale faiblesse est peut-être sa propre inconséquence, que le consommateur pourrait assimiler à de l’arrogance. Les Champenois doivent donc, ensemble, demeurer très à l’écoute des consommateurs.

Cette pédagogie, Yves Bénard l’a toujours exercée sans limite et à l’égard de toute la communauté champenoise. Son calme, soutenant une parole, précise et sans complaisance, n’ont fait que renforcer la justesse de son propos et la force de son discours. Encore aujourd’hui, celle-ci nous frappe et nous entraîne, par la force de conviction qu’il déploie pour la Champagne, pour nous.

 Yves Bénard a porté haut et loin le drapeau de la Champagne. Aujourd’hui, il a accepté de se mettre au service de la cause encore plus vaste du monde du vin, à l’échelle nationale et internationale. Là encore, il nous démontre par ses actes que le succès des vins ne passe ni par la frilosité ni par l’égoïsme mais bien par un engagement collectif au service d’un produit, d’un consommateur, d’une profession.

Merci Yves.