2003 => 2018
Procédure INAO
Révision de l’aire géographique AOC champagne





           Au moins 20 siècles nous séparent de l'introduction des premières vignes en Champagne. Comme les autres régions viticoles, la Champagne s'est longtemps limitée à la production de vins tranquilles, avant de se spécialiser à partir du début du 18e siècle dans la délicate élaboration de vins effervescents. Un arrêt royal de 1728 autorisant la vente des vins de champagne en bouteilles permettra la création des premières Maisons de Champagne dont les vins conquièrent le monde entier.

          Au XIXe siècle, le mythe champagne est extraordinairement puissant. Malheureusement, le vignoble qui dépassait alors 70.000 ha, (soit plus du double de la surface actuelle de 33 542 ha), est dévasté par le phylloxéra dans les années 1890-1920. Les travaux de reconstitution du vignoble par greffage sur pieds américains qui sont les seuls à résister à la maladie, sont interrompus par la première guerre mondiale.

          Dans les années 20, le vignoble ne représente plus que 12.000 ha. C'est dans la période de reconstruction, et malgré les difficultés commerciales, (révolution russe, prohibition aux USA, création des monopoles), que les Vignerons et Maisons de champagne mettent au point la première délimitation viticole fixée par la loi du 22 juillet 1927.

 

          Le critère retenu pour le droit à l'appellation est l'antériorité viticole des terrains et le volontariat du propriétaire. Mais nombreux sont ceux, découragés par la situation économique de l'époque, qui refusent de voir leurs terrains classés alors que la qualité viticole de ceux-ci le justifiait.

           Dans les années 20, le vignoble ne représente plus que 12.000 ha. C'est dans la période de reconstruction, et malgré les difficultés commerciales, (révolution russe, prohibition aux USA, création des monopoles), que les Vignerons et Maisons de champagne mettent au point la première délimitation viticole fixée par la loi du 22 juillet 1927. Le critère retenu pour le droit à l'appellation est l'antériorité viticole des terrains et le volontariat du propriétaire. Mais nombreux sont ceux, découragés par la situation économique de l'époque, qui refusent de voir leurs terrains classés alors que la qualité viticole de ceux-ci le justifiait.



Terroir de craie à Bélemnites
 
          La crise économique des années 30 et la deuxième guerre mondiale confrontent Vignerons et Maisons à des difficultés de toutes sortes et pratiquement aucune vigne n’est plantée sur ces terrains pendant encore une génération. Le CIVC, créé en 1941, a pour mission de faire respecter la loi de 1927 et de garantir le respect des règles de l'appellation dont la notion était née en 1935. Dès 1946, l'INAO est compétente pour étudier les demandes de révision.

          En 1984, une loi donne à l'INAO le pouvoir d'introduire des critères techniques (et non plus uniquement historiques) dans les procédures de révision. Cette possibilité conduit en 1996 à l'intégration de la commune de Fontaine-sur-Ay à la zone de production.

          En 2003, le Syndicat général des vignerons demande à l'INAO de procéder à la révision de l'Aire Géographique de la Champagne. Elle concerne d'une part, la zone d'élaboration (caves) et, d'autre part, la zone de production des raisins à appellation Champagne (vignes).

          Mars 2008, les experts universitaires indépendants mandatés par l'INAO (ministère de l’agriculture) présentent leur rapport sur la nouvelle délimitation de l'Aire Géographique. Ce rapport est soumis à enquête publique et procédure nationale d'approbation entre avril et juin 2008.

          Après examen des réclamations et rapport définitif, le Conseil d'état devrait valider, sous forme de décret, la proposition de cette première étape au début de 2009. Dès lors, la dernière phase concernant la révision du parcellaire pourra commencer. Ce travail devrait durer de 4 à 5 ans.

          C'est donc vers 2015 que les premiers droits à planter de nouvelles parcelles devraient être accordés, permettant à la Champagne de poursuivre une croissance sereine.

Communes proposées par les experts INAO

Toutes les communes des zones actuelles de production et d’élaboration ont été examinées par la commission d’experts de l’Inao au regard des critères de délimitation, ainsi que des communes situées à proximité de ces zones.
Toutes les communes de la zone de production de raisins actuelle sont proposées pour rester, sauf deux (Germaine et Orbais l’Abbaye).
En revanche 40 nouvelles communes pourraient intégrer la zone de production de raisins :

Aisne : Marchais-en-Brie.

Aube : Arrelles, Bainot-la-Grange, Bossancourt, Bouilly, Etourvy, Fontvannes, Javernant, Laines-au-Bois, Macey, Messori, Prugny, Saint-Germain-l’Epine, Souligny, Torvilliers, Villery.

Marne: Baslieux-les-Fismes, Blacy, Boissy-le-Repos, Bouvancourt, Breuil-sur-Vesle, Bussy-le-Repos, Champfleury, Courlandon, Courcy, Courdemanges, Fismes, Huiron, La-Ville-sous-Orbais, Le-Thoult-Trosnay, Loivre, Montmirail, Mont-sur-Courville, Peas, Romain, Saint-Loup, Soulanges, Ventelay.

Haute-Marne: Champcourt, Harricourt.


La révision de l’aire délimitée Champagne
Questions/Réponses

La volonté de produire plus n’est-elle pas la vraie motivation de la révision de l’aire de l’appellation Champagne ?

          La demande mondiale est actuellement forte mais telle n’est pas la principale motivation de la procédure de révision. Rappelons 3 points : 1) le vignoble s’étendait sur 75 000 hectares au 19e siècle, 2) la révision a été officiellement lancée en 2003, période pourtant difficile en Champagne, 3) la première loi de délimitation (1927) a défini l’aire AOC sur la base de critères historiques. Ce cadre juridique donnait en outre la possibilité à toute commune de l’Aire Géographique d’obtenir une délimitation parcellaire pour produire l’appellation. De nombreuses demandes provenaient de communes excentrées du cœur du vignoble, menaçant ainsi la typicité, l’identité et la cohérence de l’appellation.

         L’actuelle procédure de révision est menée sur la base de critères historiques, mais aussi techniques : prouver l’antériorité viticole est donc nécessaire, mais pas suffisant. Cette révision a pour objectif de préserver l’unité de l’appellation. Il est probable qu’elle conduira à un agrandissement net (classements moins déclassements) de l’aire de production.

          Enfin, rappelons que la part du champagne par rapport à la production mondiale de vins effervescents a plutôt tendance à se réduire un peu plus chaque année. Elle se situe actuellement à 12 %, ce qui est loin d’être hégémonique !

Qu’est-ce que l’Aire Géographique ?

          Cette aire, fixée en 1927 rassemble 634 communes. Elle est composée de deux zones : la zone d’élaboration des vins et la zone de production des raisins.

          La zone d’élaboration comprend toutes les communes dans lesquelles l’élaboration du champagne est autorisée. On y trouve donc de nombreuses caves. Les vins ne peuvent quitter cette zone qu’en bouteilles habillées prêtes à la consommation. Toute fabrication de vins effervescents, autres que du champagne, est bien sûr interdite dans cette zone.

          La zone de production comporte les 319 communes, situées dans la zone d’élaboration, dont des parcelles précises peuvent être plantées en vignes destinées à l’élaboration du champagne. On compte actuellement près de 300.000 parcelles classées en appellation Champagne qui représentent 35.208 hectares, qui sont maintenant presque totalement plantés.

Qui conduit la procédure de révision et comment se compose la commission d’experts ?

          L’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), établissement public placé sous la tutelle du ministère de l’agriculture, est chargé de la révision des délimitations en France.
Une commission d’enquête, composée de membres de l’INAO, a été désignée en 2004.

          L’INAO a nommé ensuite des experts indépendants (une historienne, un géologue, un géographe, un ingénieur agronome et un phytosociologue) chargés de définir des critères et de présenter des propositions de révision de l’aire de l’appellation Champagne.

Quand la nouvelle Aire Géographique sera-t-elle définitivement arrêtée ?

          Suite à la validation du rapport d’expertise par le comité national de l’INAO, une enquête publique et une procédure nationale d’opposition sont ouvertes. La commission d’experts examinera les réclamations déposées et élaborera un rapport définitif. En 2009 le Comité National susvisé devrait approuver la nouvelle Aire Géographique comprenant la liste des communes de la zone d’élaboration et celle de la zone de production.
          S’ouvrira ensuite la procédure de révision parcellaire qui ne s’achèvera pas avant 2015. Chaque commune de la zone de production sera examinée pour déterminer ses parcelles aptes à porter de la vigne.

Quels sont les critères justifiant l’intégration ou l’exclusion d’une commune dans la zone de production de raisins ?

          La commune doit d’abord être incluse dans la zone d’élaboration, ce qui suppose une appartenance à la Champagne historique et le témoignage d’une vocation viticole. Pour intégrer la zone de production de raisins, cette commune doit en plus appartenir à l’une des grandes structures géomorphologiques supportant le vignoble et combiner au mieux des caractères environnementaux favorables : coteaux suffisamment développés (pente, dénivelé, ampleur), exposition favorisant une insolation optimale, sols et sous-sols calcaires ou comportant une fraction significative d’éléments calcaires, et présentant un bon drainage et une réserve en eau suffisante.

Y aura-t-il des déclassements de parcelles ?

          Le territoire de chaque commune de la nouvelle zone de production sera étudié par les experts, qui ne retiendront que les parcelles répondant aux critères de délimitation qu’ils auront définis, qu’elles soient actuellement plantées en vigne ou non. Il n’est donc pas exclu que des parcelles, même actuellement viticoles, soient écartées du projet de délimitation parcellaire. Une enquête publique spécifique sur la révision de l’aire délimitée sera néanmoins organisée par l’INAO le moment venu pour recueillir les éventuelles réclamations.

Combien d’hectares supplémentaires peut-on attendre de cette révision de délimitation ?

          Actuellement, il est impossible de donner une simulation de la nouvelle surface parcellaire délimitée tant que les experts n’ont pas effectué ce travail, mais il est peu probable que l’on arrive aux 75 000 hectares qui existaient aux 18e et 19e siècles compte tenu des exigences des critères techniques.

Quelle sera l’incidence de la révision sur le prix du foncier ?

          La surface supplémentaire apportée par la révision constituera une réserve de terres à planter qui pourrait diminuer la pression enregistrée actuellement sur le prix du foncier viticole. Toutefois, ce prix dépend d’autres facteurs comme la demande ou la situation économique des marchés du champagne, notamment à l’exportation.

La révision va-t-elle entraîner une baisse générale du tarif des bouteilles ?

          La révision n’entraînera pas une extension brutale et massive des surfaces plantées. Les nouvelles plantations devraient, comme c’est le cas depuis 60 ans, être autorisées à hauteur de 1 à 2 % des surfaces actuelles, de façon à éviter les deux effets négatifs suivants : 1) une déstabilisation de l’économie Champenoise que causerait une arrivée massive et brutale de nouvelles surfaces, 2) une déstabilisation qualitative que causerait une grosse proportion de raisins issus de jeunes vignes. (Chacun sait que la qualité est meilleure quand ils proviennent de vignes adultes, âgées de plus de 7/8 ans).

La révision n’entraînera-t-elle pas une baisse de la qualité moyenne du champagne ?

          Au contraire, l’objectif poursuivi par cette révision rigoureuse, fondée notamment sur des critères techniques, est de préserver la typicité des vins de champagne et d’améliorer la qualité moyenne des vignes de l’appellation. En excluant deux villages de la zone de production de raisins, les experts ont montré qu’ils entendaient adopter une démarche qualitative.

Quelles pourraient être les contreparties offertes aux exploitants des parcelles déclassées ?

          Le maintien des droits de plantation, l’utilisation de plantations anticipées et la possibilité d’une tolérance à produire l’AOC (durée à fixer) sont des outils qui pourront être mis en place.

Quand les premières bouteilles issues de la révision arriveront-elles sur le marché ?

          Il est difficile d’évaluer avec exactitude la fin des travaux. Toutefois, si la deuxième phase concernant la délimitation parcellaire était achevée en 2015, les premières bouteilles issues de la révision pourraient apparaître sur le marché dans les années 2020.

 

Document CIVC, le 11 juin 2008